Nouvelles du mois – 2009

tissot_tatiana

Retrouvailles

Pour moi, l’omble chevalier est un poisson noble. Et quand je dis noble, je suis sérieux. Je ne veux pas signifier par là que l’omble est un poisson classé, qui se promènerait dans les fonds sous-marins vaseux avec un monocle et une canne dorée sous le bras gauche, pardon, la nageoire. Je dirais plutôt qu’il s’agit d’un animal absolument fascinant, avec ses hauts, ses bas, un caractère en somme.

hatem_caroline

Akram

Je ne voulais pas participer, je l’ai dit à Majida, elle a besoin d’un danseur, comme d’habitude, ces théâtreux me demandent de me rouler, de sauter, pendant qu’un acteur hurle son texte, au final je danse très peu, et je m’ennuie à crever aux répétitions. Ceci dit, je n’en sais rien, Majida a fait ses études à Londres, elle doit savoir des choses, elle parle plusieurs langues, elle connaît les chorégraphes, les metteurs en scène.

fattore_daniel

Grain d’encens

Les garçons se rendent au fond de l’église. Tels de braves soldats du Christ, ils prennent la tête de la procession qui ouvre l’office par une marche vers l’autel. Jacques s’occupe de la navette, Paul tient l’encensoir dûment préparé par François. Faute d’enfants de chœur en nombre suffisant, c’est du reste ce dernier qui porte la croix, suivant le prêtre, qui lui-même brandit le Saint-Sacrement, soleil rayonnant au cœur de l’église. Alors que tout ce monde est en marche, on entend l’organiste qui, prélude avant fugue, écrase quelques bémols orageux signés Jean-Sébastien Bach sur un instrument en faux vieux.

richard_bernadette

Plein soleil

Elle avance. Déjà les pieds réduits en cendres effleurent à peine le sol. Le corps flotte, virevolte, danse au rythme des ergs. Mouvements grotesques, elle le sait, elle s’en moque. Elle ne sent plus la piqûre du scorpion, encore moins celle du verre acéré, le sable du désert.

charles_david

Muller

Il s’assit au bar. Le patron l’accueillit d’un: « Salut Muller! », les « Monsieur » n’étant plus à sa portée. On ne reçoit pas du « Monsieur » quand on n’a pas de prestance. Une serveuse maghrébine posa l’habituel verre de rouge devant lui. Il y avait du monde ce soir. Ça riait, ça gueulait, ça racontait sa semaine avec des commentaires gras, l’esprit échauffé par la bière, le vin, la fumée. Muller ne disait rien, il n’entendait pas grand-chose non plus. Il était habitué et puis, ce genre d’âneries ne l’intéressaient plus depuis bien des années.