Nouvelles du mois – 2008

hayoz_marie

Somewhere

Samedi soir, bientôt dimanche matin. Les lumières tamisées d’un bar, à l’angle d’une rue, éclairent doucement le trottoir. Juste un endroit sans prétention, à peine un vieux boui-boui qui tente avec espoir de se faire passer pour un café-resto. Plats de pâtes trop cuites à un prix trop élevé, et chaises au vernis écaillé, entreposées soigneusement sur la terrasse, en rond autour des tables de jardin. Le genre de bar où même les vendeurs de roses ne s’aventurent plus. La porte est ouverte, l’été commence à peine, et la nuit est encore chaude.

fattore_daniel

Portrait de bar avec bières

Dorée comme la victoire, pétillante comme les perspectives d’avenir, la bière paraît sourire à Waldo, accoudé au bar noblement boisé de l’établissement guérétois « Le Pub Rochefort ». C’est dans ce café-bar-de-nuit-restaurant-billard-karaoké aux allures respectables, tout de pierres construit, qu’il a choisi de s’arrêter pour fêter son triomphe au jeu télévisé « Objectif Thunes », diffusé en direct de Paris la veille au soir. Tout heureux de le voir débarquer chez lui, Jean, le patron s’est fait un plaisir de lui offrir sa consommation préférée, après lui avoir servi sa fameuse entrecôte au fondu creusois, accompagnée de ses petits légumes du marché.

rosset_jerome

Vive la science !

C’est la fin du monde, un type sérieux l’a dit récemment lors d’une conférence : le truc fumant du CERN, leur expérience, ALICE n’est pas celle du pays des merveilles. Il va y avoir des trous noirs, enfin au moins un. C’est le contraire de la poussière ; on ne peut pas les balayer ou les cacher sous un tapis car c’est le tapis qui s’en va avec la balayette et, tôt ou tard, nous allons disparaître, absorbés comme un petit-beurre trop mou dans un flan au chocolat.

charles_david

Entre deux mondes

D’une main attentionnée malgré elle, Robert mit un peu d’ordre dans ses cheveux ébouriffés. Il eût aimé pleurer, il se retint. Il resta un instant à regarder les meubles de la pièce dont la vie s’était arrêtée en même temps que sa femme avait sombré. Fini ses mains sur les tiroirs de la commode, ces heures interminables qu’elle passait à se maquiller devant la coiffeuse, la recherche fébrile d’un habit dans l’armoire blanche… Il revint à elle, il y reviendrait toujours. C’était un rond-point duquel il ne sortirait plus jamais.

nouvelles

L’Étui à rien

Il traînait sur la banquette du train, le petit objet oublié comme un journal déplié et déjà lu, comme l’emballage de sandwich froissé, la canette de Coca vide. Bondé au départ, le train s’était vidé, au fil des arrêts. Les voix, les rires, les chuchotements avaient diminué pour faire place au silence rythmé des bruits mécaniques. Les allées et les banquettes encombrées de sacs, valises et autre bagage s’étaient vidées, laissant quelques détritus, quelques oublis. La jeune fille pensa un moment que quelqu’un allait venir le reprendre, mais le train entra en gare du terminus, le frein retentit, le choc de l’arrêt se fit sentir, et personne ne vint reprendre l’objet. Alors elle le saisit entre ses mains, le regarda un instant, puis le mit machinalement dans sa poche avant de descendre.

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Froissée

La BMW roulait trop vite. Quand elle est passée en bas des tours, sous les lampadaires, entre le gris et la nuit, les derniers traînards qui fumaient à l’entrée des halls d’escaliers pouvaient entendre les basses qui résonnaient. C’était la première fois qu’ils voyaient cette BMW-là mais ils sifflaient et criaient pour la saluer. La voiture faisait des allers et retours et la voix de Mac Tyer, le rappeur local, s’amplifiait puis disparaissait à nouveau. La BMW roulait trop vite mais personne ne s’en souciait pour l’instant.

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Terrassée par la santé

Toujours clouée au fond du lit. Je ne me lève même pas pour aller aux toilettes, je fais tout sur place, c’est plus simple. Envoyé à Chef de Service à 09:27:31. Parfait.

J’ai bien l’intention de ne jamais guérir, de rester malade jusqu’à ce qu’ils soient obligés de me virer de la grande boîte froide. Enfin, il faudrait d’abord que je trouve une maladie crédible, un simple rhume, ça le fait pas ! Quel délice de rester allongée dans la pénombre vingt-quatre heures sur vingt-quatre, de ne rien faire.