Nouvelles du mois – 2007

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Germaine

Germaine avait l’esprit meurtrier. Elle avait besoin de tuer comme elle avait besoin de respirer.

Germaine vivait dans une belle maison campagnarde avec sa riche grand-mère. Elle éprouvait un profond mépris pour les êtres humains. Elle ne supportait pas leurs concessions, leur manque d’audace, leur rancœur, leur fierté, leur hypocrisie, leur combat à couper le souffle pour survivre. Son attitude glaciale dérangeait parfois les autres. Elle s’en fichait. Elle vivait sa vie et se faisait plaisir quand l’envie de tuer la dévorait.

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Un coeur fidèle

De tout temps, j’ai su que Valérie était la femme de ma vie. La première fois que je l’ai vue, elle n’était encore qu’une enfant, je n’étais guère plus âgé. En tenue d’équitation, elle fouinait partout dans le commerce de mes parents, qui tenaient alors un magasin de sport, et se plaignait de ne rien trouver pour elle, ni pour son cheval. Cette gamine gâtée, à la moue dédaigneuse, m’est apparue comme une figure emblématique de l’idéal féminin : fière, jolie, exigeante, sachant tenir son rang. Un jour, me suis-je dit, elle sera ma femme et partout où nous irons, rien ne sera jamais assez bien pour elle. Quelle classe !

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Lève-toi et marche

– Il a bougé, maman, papa a bougé !

Céline sentit les larmes se remettre à couler le long de ses joues. Elle prit une profonde inspiration et s’essuya le visage avec le dos de la main. Calme-toi, pour les enfants, calme-toi…

– Non, Jérémy, papa n’a pas bougé. Comme je t’ai expliqué, papa ne bougera plus. Il va partir rejoindre sa maman dans les étoiles.

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Courant d’air

Mireille haïssait cette maison qui l’ancrait dans la région, alors qu’elle aurait aimé voyager, découvrir des pays lointains, vivre des odeurs, des couleurs, des sons que les reportages télévisés lui montraient, mais qu’elle ne pouvait ressentir. Les restaurants exotiques dans lesquels ils allaient parfois lui hurlaient tout ce dont elle était privée, tout ce que cette vie de retraité lui refusait. Elle s’assit et soupira en se servant une tasse de café. Mais Georges était trop content ; elle n’avait pas le droit de lui dire qu’elle regrettait leur départ de la ville, il n’aurait pas compris.

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Dérivations

Newton plongea le nez dans son verre et aspira bruyamment la dernière lampée de bourbon. Le japonais dans lequel il prenait ses quartiers fermait et les garçons accomplissaient prestement leurs derniers gestes du jour. La décoration était sobre, chic et bercée de musique. Il opéra un tour du bassin sur la gauche, puis sur la droite, puis stratégiquement, soupesa l’attention des serveurs pour gagner sa poche d’une de ses mains. Il en sortit une petite fiole qu’il vida discrètement dans son verre, le descendit d’un trait et se dirigea vers la sortie, en balançant une poignée de monnaie sur une table proche de la caisse.

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Alcootest

Il est enfin cinq heures. En sortant du bureau, un vent d’automne s’engouffre sous ma veste. Il fait beau, il fait doux, les feuilles mortes crissent mollement sous mes pieds. Je presse le pas, Diane n’aime pas être seule à la maison ; depuis le déménagement, elle a constamment peur. Ça lui passera sans doute une fois qu’elle se sera un peu habituée, qu’on aura enfin fini de déballer tous les cartons.

Minuit, Diane s’endort, sa tête sur mes genoux et sa main contre mon ventre. J’ai toujours aimé sa façon de s’endormir avant la fin des films, me bombardant de questions une fois réveillée. J’attrape la vieille couverture de laine et enveloppe son joli corps d’adolescente. Aucune femme n’est aussi belle qu’elle lorsqu’elle dort et que ses longs cils cadenassent ses yeux.

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Hypocondrie

Merde. Je vais mourir.

Bon, vous pensez « Ben comme tout le monde », déjà distant, vous vous attendiez à un scoop, un truc sortant de l’ordinaire, et là il n’y a guère plus banal, en sorte. Vous vous trompez, parce je vais mourir bientôt. Je suis malade, et c’est pas bénin, si vous voyez ce que je veux dire.

Je suis romancier, d’habitude j’écris mes fictions à la troisième personne, mais là c’est plus délicat, et vous admettrez que commencer par « Merde. Il va mourir. » réduit nettement la portée dramatique.

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Sismondi m’était contée

1984, rue terrain de jeux. Slalom entre les tables de l’Aiglon, cache-cache entre les voitures, patin à roulettes sur les trottoirs, première gamelle, genoux qui saignent, larmes qui coulent, gentille dame aux longues bottes qui souffle sur la plaie. Premier amour pour une infirmière à moitié nue serrée dans un latex rouge. Mes pieds grandissent, mes semelles bouffent de plus en plus de surface de cette rue belle, de cette rue chaude. 1990, mes yeux d’adolescent se forment à la pénombre d’établissements peu respectables, le nez collé à la vitre, guignant sous les rideaux, espérant percer le secret de la mauvaise réputation de mon quartier, les Pâquis, berceau des rumeurs les plus folles, des légendes les plus sulfureuses, des femmes les plus belles.

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Meurtre à petit feu de Madame S.

Les semelles de Marc avaient de la peine à résister. À deux reprises déjà, le privé avait dû les rappeler à l’ordre. Du calme, ce n’est pas le moment… conjurait-il mentalement. Mais dès qu’il leur laissait une seconde de liberté, elles se remettaient au pas du plus fort. Or le plus fort, ici, c’était la samba. Elle donnait le tempo à toute la cuisine, régnant sans partage. Les quatre hommes assis autour de la table s’étaient visiblement eux aussi soumis corps et âme. Pas une fibre de leur corps qui ne vibrât avec la batucada. Seul Marc, le pauvre, devait surveiller ses semelles.

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Au piano

Je ne sais pas à quoi il ressemblait d’habitude, mais là, cela n’avait rien de très engageant. Son visage se cherchait dans une expression de brouillard hivernal et ses yeux tiraient sur le rouge, le même que celui des tours/minutes dans un cadran de contrôle. Il était proche de la zone d’implosion. Ses mains tremblaient sans même qu’il s’en aperçoive. Je présageais un sale moment. J’ai pris l’air le plus neutre possible :