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Nouvelles du mois – 2003
Marie tout court
1/12/03
Le café s’est mis à hurler et j’ai remarqué que je ne sifflotais plus. Rien, un soupir comme un désir. Il y a des matins comme ça : le cœur papillonne, léger et volatile, léger et serein, léger mais muet. J’ai bu mon café dans un rayon de soleil, derrière les carreaux. Je savais que je n’arriverais pas à grand-chose. Par principe, je suis quand même retourné au piano, mais vraiment je tapotais avec la grâce d’un ours en tutu. J’ai tiré le grand drap indien sur ce silence et j’ai lacé mes souliers.
Dormir devenait fatigant
1/10/03
À l’école, je regardais mes camarades de classe quand ils faisaient des grimaces ou se mettaient les doigts dans le nez. Je guettais le moment où ils allaient rester figés, parfois la grimace durait si longtemps que je me disais : ça y est, il est figé ! Puis la maîtresse grondait, et le vilain garçon ou la vilaine fille retrouvait son visage habituel. Mais tout de même, grand-mère ne mentait jamais, alors il devait bien y avoir des enfants qui étaient restés figés. Coralie et moi on a regardé tous les enfants à la récré, les plus petits et aussi les plus grands. On a regardé aussi les adultes dans la rue, parce que si un vilain enfant reste figé pour toute la vie en faisant une grimace, il devait quand même grandir et devenir un adulte.
Jean-Noël de la Bâtie
1/09/03
Bien qu’il fut ce que l’on pourrait couramment appeler l’imbécile heureux de sa lignée, celui qui noierait la réputation de ses ancêtres, Jean-Noël de la Bâtie pouvait compter sur une immense fortune amassée par ses glorieux prédécesseurs. Il y avait eu des de la Bâtie dans tous les domaines courants de la vie genevoise : un célèbre chirurgien maladroit, un piètre politicien engourdi et aviné, quelques humanistes frileux, deux ou trois historiens oubliés, un botaniste rêveur et une dévouée maîtresse d’école. Bref, ce que toute bonne famille traditionnelle se doit d’être, elle le fut.
La Terrasse des oubliés
1/01/03
C’est une minuscule terrasse coincée entre le trottoir et l’angle du bistrot. Il n’y a de place que pour deux tables en fer, un banc, une ou deux chaises. Ombragée du printemps à l’automne, ceux qui s’y attablent, négligeant la grande et belle terrasse ensoleillée bordant l’avant du bistrot, risquent bien de ne jamais voir arriver leur bière ou, dans le meilleur des cas, de ne jamais avoir à la payer. Elle porte bien son nom, la terrasse des oubliés.

