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	<title>Cousu Mouche</title>
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		<title>Samedi</title>
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		<pubDate>Wed, 19 Jun 2013 14:40:05 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Marie Hayoz</dc:creator>
				<category><![CDATA[Textes]]></category>

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		<description><![CDATA[Tout le monde est là. Ou presque, mais même les absents y pensent, ça revient au même.

Elle est là, aussi, bien sûr, puisque c’est elle qu’on entoure. La femme, la maman, la belle-mère, ma grand-mère. La nôtre, aux petits, qui sont, certains, devenus tellement grands qu’ils ont fait d’autres petits.

On était là hier, elle ne dormait pas encore. Elle a fait ses adieux, elle nous a remerciés, pour tout. Puis elle s’est endormie. Ils l’ont endormie. Elle va bien. Grand-maman Morphine fait quelques dernières brasses dans une brume que je lui espère colorée.]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>Tout le monde est là. Ou presque, mais même les absents y pensent, ça revient au même.</p>
<p>Elle est là, aussi, bien sûr, puisque c’est elle qu’on entoure. La femme, la maman, la belle-mère, ma grand-mère. La nôtre, aux petits, qui sont, certains, devenus tellement grands qu’ils ont fait d’autres petits.</p>
<p>On était là hier, elle ne dormait pas encore. Elle a fait ses adieux, elle nous a remerciés, pour tout. Puis elle s’est endormie. Ils l’ont endormie. Elle va bien. Grand-maman Morphine fait quelques dernières brasses dans une brume que je lui espère colorée.</p>
<p>Les chaises en rond autour du lit, nous, maladroits, tanguons dessus. Pas grand-chose à dire, ou rien de très approprié. Dans un hôpital, on pèse ses mots. On les pèse tellement qu’on finit par les trouver un peu lourds. Alors on se raconte sa journée.</p>
<p>Elle, c’est sa dernière.</p>
<p>Elle est toute maigre, Grand-maman gâteau, elle est belle quand même, Grand-maman cadeaux. Elle avait tout un univers avant, un jardin, des robes en laine, des parties de cartes et des permanentes. Maintenant son monde est un oreiller. Seul le grand-père ne parle pas, il la regarde juste, il doit encore avoir des choses à lui dire.</p>
<p>Moi, j’arrive tout juste, je lui tiens la main. Sa petite main si fine qu’on dirait un moineau. Je n’avais pas réalisé à quel point j’aimais ses mains. Ou peut-être que j’ai oublié, est-ce que c’est pire ? Je ne l’ai redécouverte que tard, je la connais moins que ce que j’aimerais. Je ne savais pas que vingt ans ça ne suffisait qu’à esquisser quelqu’un. C’est long pourtant. Mais les grands-parents, on n’y pense pas trop, ils sont toujours là, depuis la nuit des temps, et quand on réalise qu’on les aime, ils s’en vont. C’est vrai ça, qu’est-ce qu’ils ont tous, ces vieux, à mourir alors qu’on commençait tout juste à les connaître ?</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Certains partent, la chambre se vide. Les deux fils emmènent le père, ma tante suit grand-papa, un dernier baiser, on ne s’attarde pas trop. Pas de drame, pourquoi faire ? C’est paisible, c’est comme ça.</p>
<p>Ne reste que ma sœur et moi, des deux côtés du lit, un peu perdues entre tous ces câbles et toutes ces machines qu’on ne comprend pas.</p>
<p>– Et ta journée, alors, ça a été, l’uni ?</p>
<p>On papote, on se retrouve. Ordinaire. Presque. « Oui Plutôt bien et toi ? Et ton copain alors ? Pas trop de travail ? » Juste quelques silences un peu plus denses que d’ordinaire.</p>
<p>– Elle a l’air tranquille, elle a l’air bien.</p>
<p>C’est vrai qu’elle a l’air bien, notre grand-maman, du coup je ne comprends plus trop pourquoi elle devrait s’arrêter là. Il le faut vraiment ? Je veux dire, pas moyen de s’arranger ? Une petite exception de temps à autre, ça devrait pouvoir se faire.</p>
<p>Et puis on se fige. Et on se regarde. On sait tout de suite.</p>
<p>On parlait, on vivait, on ne s’y attendait plus, mais voilà.</p>
<p>Discrètement,</p>
<p>Elle s’est éteinte.</p>
<p>Vraiment, comme un interrupteur. J’aurais juré entendre un clic léger, ténu. Comme une bougie que quelqu’un a soufflée. Un peu cliché, ça fait lieu commun, c’est pourtant vrai.</p>
<p>Les gens ne meurent pas, ils s’éteignent et soudain sont tout vides. Vides de quoi ? Je ne sais pas. Toujours est-il que les vieux se mettent en veille au fin fond des hôpitaux et finissent par ne plus avoir de batterie. Et cette vieille-là, c’est la mienne, c’est la nôtre.</p>
<p>– Je crois qu’elle est partie.</p>
<p>Alors on a les yeux qui brillent mais on ne pleure pas, parce qu’elle n’a pas eu l’air plus fâchée que ça de mourir, notre grand-maman.</p>
<p>On se tait, on a presque honte de respirer. Il y a quelque chose dans cette pièce, un instant qu’il ne faut pas abîmer. L’œil du cyclone.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Qu’est-ce qu’il faut faire maintenant ? Chercher une infirmière ? Allons-y. On s’excuse, bizarrement, finalement, il n’y a plus d’urgence. Et finalement, ça semble une peu déplacé. Un peu trop pour être vrai. Elle est douce, l’infirmière, en même temps, elle peut. Ça doit lui sembler normal à elle, tout ça. On n’en sait rien. Elle se penche au-dessus du lit :</p>
<p>– Madame, madame Hélène ! Vous dormez ?</p>
<p>Elle la secoue un peu. Je regarde ma sœur, on se marre en douce.</p>
<p>– Réveillez-vous, Madame !</p>
<p>Tu as raison, secoue-là encore, c’est en leur tapotant sur le bras que les gens ressuscitent.</p>
<p>Elle palpe, elle écoute, elle sait très bien mais elle vérifie pour être sûre. Elle annonce le verdict : un corps creux. Alors une autre petite infirmière déplace la voisine de lit, toute ridée elle aussi, mais encore là. Pas qu’elle se dise que la mort est contagieuse.</p>
<p>On nous demande de sortir. Elles doivent préparer le corps. Pourquoi faire, je me demande. Elle est très bien comme ça, elle s’est assoupie pour de bon, laissez-la dormir enfin !</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>C’est l’heure des téléphones. Ma sœur et moi, on se répartit les numéros. Oiseaux de mauvais augure, tristes cigognes. Toi le cousin, moi l’oncle, toi Maman, moi Papa. Oui, allô, oui c’est fini, oui elle allait bien ne t’en fais pas. On ne leur savait pas cette voix-là aux autres de la famille. On ne les connaît pas si bien. On les côtoie.</p>
<p>–Vous pouvez venir, mesdemoiselles, c’est bon.</p>
<p>D’accord.</p>
<p>Elles ont mis le rideau autour, on n’ose déjà pas toujours montrer les vivants. On passe timidement de l’autre côté, mais on passe quand même. Je le regrette.</p>
<p>On sait bien que les morts sont blancs.</p>
<p>Il n’empêche, ils sont blancs.</p>
<p>Et rigides.</p>
<p>Allongée comme un bâton, avec des draps qui ne sont même plus froissés, une rose entre les mains. Une rose, putain ! Une putain de rose. Ça me met hors de moi. On l’a tournée, on l’a raidie, on l’a changée. Tout ça pour lui coller une fleur entre ses belles mains fines. Personne ne meurt une rose à la main, merde ! Vous y croyez, vous ? Un fleuriste à la rigueur, mais là, cette insolente rose rouge est vulgaire au milieu du vert terne et du blanc sale de l’hôpital. Un nez de clown, pendant que vous y êtes !</p>
<p>On entend les pas des autres qui reviennent, ils n’étaient pas partis loin.</p>
<p>Je panique, je flippe. Parce que je veux qu’ils sachent qu’elle s’est endormie sur le côté, qu’elle s’est fait happer par les couvertures et qu’elle a arrêté de respirer quand elle s’est mise à rêver. Surtout, je ne veux pas qu’ils croient qu’elle s’est faite enlever, froide, une rose à la main. On essaye de la lui prendre, ma grande sœur surtout. Ma grande sœur prend soin de moi. On n’y arrive pas, ni l’une ni l’autre. Déjà raides les mains, déjà crispés les doigts. Et les pas se rapprochent, et cette rose ne bouge pas.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Cette tranchante seconde. Les premiers regards, je ne sais pas les décrire. Ils se rendent compte, plus moyen de ne pas savoir. Quelques larmes sur des moustaches. On craint pour le grand père, il tient debout pourtant. Et mon père, mon Papa; mon Papa pleure. Il faut le comprendre, il n’a plus de Maman. Arrête de tourner monde ! Arrête-toi, putain ! Tu vois bien qu’il est triste, tu ne comprends donc rien ?</p>
<p>On reste en silence. Ma sœur raconte, je confirme. Tout était bien. Une belle vie jusqu’à la dernière seconde. Ça nous rassure. Mourir d’accord, mais mourir bien.</p>
<p>Petit à petit, mot à mot, le cours des choses revient. On parle cérémonie, on parle cailloux et fleurs. Certains déposent un baiser sur le front clair, d’autres effleurent la main.</p>
<p>On pense à la suite, on va manger chez le grand-père, on l’aidera à trier les affaires. Les fils se le répartissent discrètement, veuf mais pas seul, ça non.</p>
<p>Rien d’exceptionnel ensuite, rien que des vies qui continuent. On sort, adieu, on se perd dans le parking, on s’installe sur les sièges des voitures, on mange, on boit un peu, on finira par parler d’autre chose. On n’oublie pas ceux qui partent, on y tiendra toujours. On sera triste sans désespoir, parce qu’on a beau dire mais nous, on est encore vivants pour quelques jours.</p>
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		<title>Dédicaces à Sion avec Lamon, Perruchoud et Favre &#8211; Librairie Payot &#8211; 22 juin 2013</title>
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		<pubDate>Mon, 17 Jun 2013 14:58:35 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Webnestrel</dc:creator>
				<category><![CDATA[Événements]]></category>

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		<description><![CDATA[Dédicaces à Sion avec Philippr Lamon, Michaël Perruchoud et Guillaume Favre - Librairie Payot - 22 juin 2013]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<h3><a href="http://www.cousumouche.com/wp-content/uploads/2013/06/2013-06-22_dedicaces_sion.jpg"><img class="alignleft size-medium wp-image-3519" alt="2013-06-22_dedicaces_sion" src="http://www.cousumouche.com/wp-content/uploads/2013/06/2013-06-22_dedicaces_sion-211x300.jpg" width="211" height="300" /></a>Samedi 22 juin 2013<br />
de 13 h 00 à 15 h 00</h3>
<h3>Librairie Payot<br />
Avenue du Midi 14<br />
1950 Sion</h3>
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		<item>
		<title>Vernissage de &#171;&#160;Le garçon qui ne voulait pas sortir du bain&#160;&#187; &#8211; Le Gavroche (Genève) &#8211; 13 juin 2013</title>
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		<pubDate>Tue, 04 Jun 2013 10:01:34 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Webnestrel</dc:creator>
				<category><![CDATA[Événements passés]]></category>

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		<description><![CDATA[Michaël Perruchoud vernit son dernier roman au Gavroche à Genève. Venez découvrir la part sombre de cet auteur dans ce joyau ajouté à la collection NOIRE de Cousu Mouche. Solide apéro et lecture sont au menu.]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<h2><a href="http://www.cousumouche.com/wp-content/uploads/2013/06/2013-06-13_vernissage_gavroche2.jpg"><img class="alignleft size-medium wp-image-3514" alt="2013-06-13_vernissage_gavroche" src="http://www.cousumouche.com/wp-content/uploads/2013/06/2013-06-13_vernissage_gavroche2-192x300.jpg" width="192" height="300" /></a>Michaël Perruchoud vernit son dernier roman au Gavroche à Genève. Venez découvrir la part sombre de cet auteur dans ce joyau ajouté à la collection NOIRE de Cousu Mouche. Solide apéro et lecture sont au menu.</h2>
<h3>Jeudi 13 juin 2013<br />
de 18 h 00 à 21 h 00</h3>
<h3>Café Gavroche<br />
Boulevard James-Fazy 4<br />
1201 Genève</h3>
<p>&nbsp;</p>
<p>Suivez cet événement sur Facebook :<a href="https://www.facebook.com/events/207702676044171/"><img class="alignleft size-full wp-image-3435" alt="Facebook-04" src="http://www.cousumouche.com/wp-content/uploads/2013/03/Facebook-04.png" width="64" height="64" /></a></p>
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		</item>
		<item>
		<title>Vernissage de Comment j&#8217;ai vengé ma ville &#8211; Le Montelly (Lausanne) &#8211; 30 mai 2013</title>
		<link>http://www.cousumouche.com/?p=3494</link>
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		<pubDate>Mon, 27 May 2013 10:36:37 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Webnestrel</dc:creator>
				<category><![CDATA[Événements passés]]></category>

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		<description><![CDATA[Vernissage du premier roman de Philippe Lamon "Comment j'ai vengé ma ville". Bistrot de Montelly, Chemin de Montelly 1, 1007 Lausanne - Jeudi 30 mai de 18 heures à 19 h 30.]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<h2><a href="http://www.cousumouche.com/wp-content/uploads/2013/05/2013-05-30_vernissage_lamon.jpg"><img class="alignleft size-medium wp-image-3495" alt="2013-05-30_vernissage_lamon" src="http://www.cousumouche.com/wp-content/uploads/2013/05/2013-05-30_vernissage_lamon-211x300.jpg" width="211" height="300" /></a> Philippe Lamon vernit son premier roman dans un sympathique bistrot de Lausanne. Venez vivre une découverte littéraire, avec ces excellent premier ouvrage, et gustative, avec une dégustation des bières de la Brasserie des Franches Montagnes.</h2>
<h3>Chemin de Montelly 1<br />
1007 Lausanne<br />
021 624 1668</h3>
<p>&nbsp;</p>
<p>Suivez cet événement sur Facebook :<a href="https://www.facebook.com/events/551581288227177/"><img class="alignleft size-full wp-image-3435" alt="Facebook-04" src="http://www.cousumouche.com/wp-content/uploads/2013/03/Facebook-04.png" width="64" height="64" /></a></p>
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		<title>Ce ne sont que des pierres</title>
		<link>http://www.cousumouche.com/?p=3478</link>
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		<pubDate>Tue, 07 May 2013 07:40:06 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jérôme Rosset</dc:creator>
				<category><![CDATA[Textes]]></category>

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		<description><![CDATA[– Ce ne sont que des pierres, des pierres à perte de vue. Il n’y a rien à faire ou à entendre, ici. Tu parles d’une île ! C’est le bord du monde ! Les fondations même de l’ennui !

– Au contraire, tout est là. On va enfin pouvoir opposer nos préoccupations, nos misères intellectuelles, à ce vide. Tu sais à quel point le vide est parfois révélateur ?

– Tu dis ça pour moi ?]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>– Ce ne sont que des pierres, des pierres à perte de vue. Il n’y a rien à faire ou à entendre, ici. Tu parles d’une île ! C’est le bord du monde ! Les fondations même de l’ennui !</p>
<p>– Au contraire, tout est là. On va enfin pouvoir opposer nos préoccupations, nos misères intellectuelles, à ce vide. Tu sais à quel point le vide est parfois révélateur ?</p>
<p>– Tu dis ça pour moi ?</p>
<p>– Je dis ça pour tout. On n’a même pas de réseau de téléphone, ici. Y’a même pas Internet ! Je me demande si le début de la liberté c’est de ne pas avoir Internet…</p>
<p>– Il revient quand, l’autre, avec son bateau ?</p>
<p>– Ah, c’est une bonne question… J’ai oublié de le lui demander.</p>
<p>– Tu veux dire qu’on ne sait même pas quand on va repartir ?</p>
<p>– C’est important ?</p>
<p>– Important ?!?  Mais j’ai mon boulot, des échéances… C’est pas important, c’est primordial !</p>
<p>– Tout le monde se fout de tes échéances et de ton boulot, ici. Tu n’as pas entendu ? Il a dit : « Vous êtes ici chez vous, vous faites ce que vous voulez, il y a à manger pour tous, tous les jours : c’est une île de bonté et d’opulence. »</p>
<p>– Je vais finir par m’emmerder, je m’emmerde toujours au bout d’un moment.</p>
<p>– Parce que tu devrais penser au lieu de réfléchir…</p>
<p>– Tu délires ?</p>
<p>– Je pense. C’est ça, <i>délirer</i> ?</p>
<p>– Mais tu veux que je pense à quoi ? Hein ?</p>
<p>– Vu comme ça, c’est vrai qu’à ta place je me poserais aussi la question. Tu n’as pas de rêves inachevés ? Des idées en suspens ? L’envie de ne rien maîtriser, de laisser flotter tes envies secrètes, tes idées ?</p>
<p>– Plein ! D’ailleurs, avant de te suivre dans ce coin débile, j’avais des dossiers d’idées en suspens sur lesquels je voulais me pencher. Des trucs qui marchent, tu vois ?</p>
<p>– Un truc qui marche, c’est un truc qui t’aurait rapporté plein de ressources, mais ici c’est inutile… Si tes idées ne rapportent plus rien, tu les laisse tomber ?</p>
<p>– Je ne sais pas… J’imagine que oui. Je ne sais pas… À quoi bon se casser la cervelle si c’est pour rien ?</p>
<p>– C’est vrai, ça doit te sembler absurde, mais tu n’as jamais essayé de prolonger un rêve, une idée, juste pour la beauté du texte, juste pour la simple jouissance de l’esprit, juste pour… <i>décoller</i> ?</p>
<p>– Maintenant que tu m’en parles, non. Il faut une utilité, un projet, une vision de réalisation derrière une idée ou un rêve.</p>
<p>– Jamais de rêve fou, de choses absurdes, interdites ?</p>
<p>– Tu veux dire des choses perverses ?</p>
<p>– Ah, je te retrouve bien là ! Mais non, pas forcément.</p>
<p>– Juste des trucs avec des anges et des nuages, du bordel éthéré, vaporeux ?</p>
<p>– Les rêves ne connaissent pas de limite, pas de frontière, pas de morale. Si ton truc c’est les anges vaporeux, pourquoi pas ! Libre à toi d’y coller des caniches et du merlan frit, de la bière et des nanas à poil. Libre, tu vois ?</p>
<p>– Ça me fout la trouille, tes histoires. Tu veux dire que tu ne rêves pas forcement utile ? Que tes rêves sont sans but précis ? Sans cadre ?</p>
<p>– Absolument. Pour tout t’avouer, les miens sont inavouables et totalement incohérents, ils sont inutiles et désordonnés, truffés d’inconnus, d’inconnues, de coins perdus et d’un milliard de choses que je serais bien empruntée si je devais les nommer.</p>
<p>– Tu rêves de moi, des fois ?</p>
<p>– Jamais, on peut dire que c’est une constante, tiens.</p>
<p>– Bon, il revient quand déjà l’autre avec son bateau ?</p>
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		<item>
		<title>Comment j&#8217;ai vengé ma ville</title>
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		<pubDate>Tue, 07 May 2013 07:07:40 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Philippe Lamon</dc:creator>
				<category><![CDATA[Livres]]></category>

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		<description><![CDATA[Benjamin Mercey est un dilettante vaguement mélancolique qui laisse sa vie sombrer peu à peu, sans opposer grande résistance. Entre une vie intime tributaire des exploits tennistiques de Roger Federer, et un métier de correcteur dans un quotidien de boulevard, il ne s’imagine guère d’avenir.]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<table border="0" cellspacing="0" cellpadding="0" bgcolor="#ffffff">
<tbody>
<tr>
<td><a href="http://www.cousumouche.com/wp-content/uploads/2013/05/2013_comment_venge_ville.jpg"><img class="alignnone size-medium wp-image-3472" alt="2013_comment_venge_ville" src="http://www.cousumouche.com/wp-content/uploads/2013/05/2013_comment_venge_ville-192x300.jpg" width="192" height="300" /></a></td>
<td valign="top">
<h3>de Philippe Lamon</h3>
<h4>Faim de siècle et Cousu Mouche<br />
2013<br />
202 pages</h4>
<h6>Prix : CHF 20,00</h6>
<p><a title="Boutique en ligne" href="http://www.cousumouche.kingeshop.com/Comment-j-ai-venge-ma-ville-cbcaaaaUa.asp" target="_blank"><img title="bouton_commander" alt="" src="http://www.cousumouche.com/wp-content/uploads/2011/11/bouton_commander.jpg" width="95" height="20" /></a><br />
(Cliquez sur ce bouton pour<br />
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</tr>
</tbody>
</table>
<h3>Le livre</h3>
<p>Benjamin Mercey est un dilettante vaguement mélancolique qui laisse sa vie sombrer peu à peu, sans opposer grande résistance. Entre une vie intime tributaire des exploits tennistiques de Roger Federer, et un métier de correcteur dans un quotidien de boulevard, il ne s’imagine guère d’avenir.</p>
<p>Et pourtant, le classement de sa ville d’origine, La Rotte, au titre de «cité la moins attrayante de Suisse», va faire naître en lui un curieux élan. Avec le concours de son colocataire, Dédé, adepte de la régression adolescente et des déguisements de Casimir, Benjamin Mercey va se lancer dans une quête absurde qui révélera en lui quelques qualités insoupçonnées.</p>
<h3>L&rsquo;auteur</h3>
<p>Philippe Lamon est né le 15 décembre 1978 à Sion. Il vit à Lausanne, ville où il a obtenu une licence en sciences politiques. Il travaille dans l’administration de l’EPFL.</p>
<p>Pour ses nouvelles, il a reçu le prix des écrivains valaisans, mais aussi un accessit au concours littéraire du magazine Femina. Il y laissait déjà poindre, une certaine inclination pour la satire et le burlesque. Appréciant Paasilinna autant que Jim Harrison, il cite toutefois un indétrônable livre de chevet : Don Quichotte.</p>
<p>Il pense que l’angoisse de la trentaine fut le déclencheur de la rédaction de ce présent (et premier) roman.</p>
]]></content:encoded>
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		</item>
		<item>
		<title>Le garçon qui ne voulait pas sortir du bain</title>
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		<pubDate>Tue, 07 May 2013 06:57:17 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Michaël Perruchoud</dc:creator>
				<category><![CDATA[Livres]]></category>

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		<description><![CDATA[Pourquoi ce respectable père de famille est-il cueilli dans son jardin, un samedi après-midi par deux inspecteurs de police? Son passé est-il celui d’un coupable ou d’une victime? Ou se pourrait-il que les deux rôles se mélangent?]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<table border="0" cellspacing="0" cellpadding="0" bgcolor="#ffffff">
<tbody>
<tr>
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<td valign="top">
<h3>de Michaël Perruchoud</h3>
<h4>Faim de siècle et Cousu Mouche<br />
2013<br />
160 pages</h4>
<h6>Prix : CHF 20,00</h6>
<p><a title="Boutique en ligne" href="http://www.cousumouche.kingeshop.com/Le-garcon-qui-ne-voulait-pas-sortir-cbfaaaaTa.asp" target="_blank"><img title="bouton_commander" alt="" src="http://www.cousumouche.com/wp-content/uploads/2011/11/bouton_commander.jpg" width="95" height="20" /></a><br />
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</tr>
</tbody>
</table>
<h3>Le livre</h3>
<p>Pourquoi ce respectable père de famille est-il cueilli dans son jardin, un samedi après-midi par deux inspecteurs de police? Son passé est-il celui d’un coupable ou d’une victime? Ou se pourrait-il que les deux rôles se mélangent?</p>
<p>Une randonnée en vélo qui mène au pire, une asphyxie au gaz, un corps enterré à l’aube dans les montagnes, bornent le parcours d’un tueur qui ne se conçoit pas comme tel et qui ne rêve, au fond, que d’un petit-déjeuner en famille.</p>
<p>Ce monologue haletant permet de creuser au plus profond de la vie d’un homme et de percevoir toute la vacuité de la vengeance. Un éclairage détonant sur les notions de bien et de mal et leur fragile frontière.</p>
<h3>L&rsquo;auteur</h3>
<p>Michaël Perruchoud, originaire de Chalais, a vécu trois décennies et demie dans la cité de Calvin avant de s’établir à Fribourg.<br />
Auteur de huit romans (pour la plupart publiés aux éditions l’Age d’Homme) il est également cofondateur des éditions Cousu Mouche.</p>
<p>Chanteur, compositeur, scénariste de bandes dessinées ou encore spécialiste de l’histoire du cyclisme, il brille par son éclectisme, mais surtout par sa capacité de travail et son refus de la facilité.</p>
<p>Le Garçon qui ne voulait pas sortir du bain, est un roman noir aux rouages bien huilés et à la plume alerte.</p>
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		<title>Salon du livre et de la presse &#8211; 1er au 5 mai 2013</title>
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		<pubDate>Tue, 30 Apr 2013 09:15:15 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Webnestrel</dc:creator>
				<category><![CDATA[Événements passés]]></category>

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		<description><![CDATA[Les éditions Cousu Mouche seront au Salon du livre et de la presse 2013 de Genève du 1er au 5 mai 2013.]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.salondulivre.ch/" target="_blank"><img class="alignleft size-full wp-image-3458" alt="2013-04-01_salon_livre" src="http://www.cousumouche.com/wp-content/uploads/2013/04/2013-04-01_salon_livre.jpg" width="536" height="859" /></a></p>
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		<item>
		<title>Rencontre avec les éditions Cousu Mouche et ses auteurs &#8211; FNAC de Rive (Genève) &#8211; 27 avril 2013</title>
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		<pubDate>Mon, 22 Apr 2013 08:28:58 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Webnestrel</dc:creator>
				<category><![CDATA[Événements passés]]></category>

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		<description><![CDATA[Le Samedi 27 Avril à 15h00 Forum Fnac Rive
Cousu Mouche fait vivre une littérature libre, décapante, troublante, poétique, anachronique ou voyageuse...

Ces éditions construisent leur catalogue avec un plaisir d’artisans et une passion sans cesse renouvelée. Une rencontre pour en savoir plus sur le travail d’éditeur. 2013-04-27_fnac]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<h1>Rencontre avec les éditions Cousu Mouche et ses auteurs</h1>
<h2>Le Samedi 27 Avril à 15h00 Forum Fnac Rive</h2>
<h3>Cousu Mouche fait vivre une littérature libre, décapante, troublante, poétique, anachronique ou voyageuse&#8230;</h3>
<p>Ces éditions construisent leur catalogue avec un plaisir d’artisans et une passion sans cesse renouvelée. Une rencontre pour en savoir plus sur le travail d’éditeur. <a href="http://www.cousumouche.com/wp-content/uploads/2013/04/2013-04-27_fnac.jpg"><img class="alignleft size-full wp-image-3452" alt="2013-04-27_fnac" src="http://www.cousumouche.com/wp-content/uploads/2013/04/2013-04-27_fnac.jpg" width="640" height="960" /></a><br />
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		<title>Divine rencontre</title>
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		<pubDate>Thu, 18 Apr 2013 09:48:09 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Philippe Lamon</dc:creator>
				<category><![CDATA[Textes]]></category>

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		<description><![CDATA[C’est un soir de mai que j’ai rencontré Dieu. J’étais assis dans le métro, pas mécontent de rentrer après une longue journée de travail, quand il pénétra dans le wagon à l’arrêt Bourdonnette. Une apparition inoubliable.

C’était un petit homme râblé, à la barbe brune bifide et aux cheveux crasseux. Il portait un short en jean et un tee-shirt vert sans manche qui moulait sa bedaine. Deux types improbables l’encadraient : un binoclard malingre chargé d’un pack de Heineken et un autre au visage constellé de cicatrices.]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>C’est un soir de mai que j’ai rencontré Dieu. J’étais assis dans le métro, pas mécontent de rentrer après une longue journée de travail, quand il pénétra dans le wagon à l’arrêt Bourdonnette. Une apparition inoubliable.</p>
<p>C’était un petit homme râblé, à la barbe brune bifide et aux cheveux crasseux. Il portait un short en jean et un tee-shirt vert sans manche qui moulait sa bedaine. Deux types improbables l’encadraient : un binoclard malingre chargé d’un pack de Heineken et un autre au visage constellé de cicatrices.</p>
<p>L’irruption de ce trio insolite provoqua une vague de regards torves et de murmures agacés. Après de courtes délibérations, ils commencèrent à faire la quête auprès des passagers.</p>
<p>– C’est pour manger, messieurs dames !</p>
<p>– Et aussi pour boire !</p>
<p>Ils progressèrent dans le wagon sans rencontrer un grand succès.</p>
<p>– C’est honteux ! glapit une dame.</p>
<p>– Et la charité chrétienne, bordel ! Tu connais, vieille bigote ? rétorqua l’un deux en ponctuant son insulte d’un rot sonore.</p>
<p>Des protestations montèrent dans le wagon. Je suivais la scène un brin amusé quand Il s’approcha de moi.</p>
<p>– Une p’tite pièce, mon bon Monsieur, s’il vous plaît !</p>
<p>Il plongea son regard profond dans le mien.</p>
<p>Et là, tout changea.</p>
<p>Ses yeux pétris de bienveillance remuèrent les tréfonds de mon âme d’une façon si fulgurante que des larmes roulèrent sur mes joues.</p>
<p>Comment je sus que c’était Dieu ? La révélation de la Foi ne s’explique pas : elle se vit. Cette certitude tant réprimée – j’étais un athée convaincu – jaillit en moi telle une source d’eau cristalline. Je <i>croyais </i>en Lui. Tout son être irradiait une lumière chaude qui le nimbait d’un halo rassurant. Un besoin irrépressible me poussait à Le suivre où qu’Il aille. À tout abandonner pour Lui.</p>
<p>Je tombai à genoux et me prosternai devant Lui. « Mon Seigneur et mon Dieu ! », soufflai-je d’une voix étranglée. Je baisai ses orteils sales qui s’agitaient dans ses sandales. Comment avais-je pu vivre tant d’années sans Lui ? Comment avais-je pu être si aveugle ? Comment avais-je pu nier l’évidence ?</p>
<p>À cet instant, une horde de contrôleurs firent irruption dans le métro. Dieu et ses apôtres pestèrent : ils n’avaient pas de billets.</p>
<p>– Ces Messieurs sont avec moi, dis-je au contrôleur d’une voix forte. Je paie leurs amendes.</p>
<p>Dieu ferma les yeux en signe de gratitude tandis que le métro s’immobilisait au Flon, la station terminus.</p>
<p>– Le gringalet, c’est Pierre, dit-Il. Et lui, le balafré, c’est Mathieu. C’est quoi ton nom ?</p>
<p>– Benjamin.</p>
<p>– Désormais tu t’appelleras Paul.</p>
<p>– Seigneur, c’est un honneur !</p>
<p>– Pas de ça entre nous. Appelle-moi Robert. C’est mon nom, ici-bas. T’as soif, Paul ?</p>
<p>Comblé par l’invitation, je me joignis au petit groupe. Ils racontaient des blagues grasses et explosaient en rires saccadés. Mais je n’écoutais pas. Mon esprit s’était extrait de son enveloppe charnelle et flottait à quelques mètres au-dessus de ma tête. Dieu guidait son troupeau et j’étais fier d’en faire partie. Pour la première fois, ma vie avait un sens.</p>
<p>Nous fîmes une halte à la place St-Laurent. Une foule dense grouillait en cette fin d’après-midi. Comme à l’accoutumée, des toxicomanes erraient devant le parvis de l’église. Dieu connaissait personnellement toutes ces brebis égarées. Il les embrassa, caressa leurs stigmates avec commisération, et leur distribua des bières. Les sourires fleurirent sur les visages émaciés des miséreux. La vie n’était pas tendre avec eux, mais à ce moment-là, ils respiraient une sorte de douce béatitude. C’était bouleversant.</p>
<p>En bon berger, Dieu donna le signal du départ. Notre petite bande s’était enrichie de deux membres : Simon, un moustachu au teint blafard, et Judas, un homoncule rouquin aux yeux vitreux et au menton fuyant.</p>
<p>Devant la Coop, un vieillard en guenilles faisait la manche. Un bout de carton indiquait qu’il était sourd-muet et qu’il avait faim. Depuis des semaines, je passais devant ce personnage sans éprouver la moindre compassion, accaparé par mes soucis quotidiens.</p>
<p>Dieu s’arrêta devant lui.</p>
<p>Le sourd-muet leva la tête.</p>
<p>Dieu posa un baiser sur son front.</p>
<p>Et le sourd-muet parla :</p>
<p>– Robert, vieille fripouille, tu me filerais une bière ?</p>
<p>Après quelques minutes de marche, Dieu leva le bras. Nous étions arrivés au but de notre pèlerinage, le Roxy Bar, dans la rue de l’Ale. Dieu nous fit signe d’entrer. Il salua le patron du bar et commanda une tournée générale de Fernet Branca.</p>
<p>Je m’assis au bar à côté de Lui. La sono crachait un mauvais rock ; à la télé, Belmondo cabotinait dans un film que j’avais vu cent fois.</p>
<p>– Comment se fait-il que je ne Te rencontre qu’à présent ? demandai-je.</p>
<p>– Ben p’t-être parce que tu ne viens pas souvent au Roxy. Moi j’y suis tous les jours. Avant je bossais à la Generali comme comptable. Mais j’en ai eu marre. J’ai tout balancé.</p>
<p>– Je voulais dire… Comment ai-je pu vivre sans Toi tout ce temps?</p>
<p>– J’avais toujours un œil sur toi, mon p’tit gars !</p>
<p>– Même lors de mon divorce ?</p>
<p>– Attends un peu… (il se tourna vers la serveuse). Putain, Marie-Madeleine, ça arrive cette tournée ? Pas qu’ça à foutre ! Tu disais ?</p>
<p>– T’étais toujours là, à mes côtés, même dans les moments difficiles ?</p>
<p>– Mais ouais, c’est mon job ! À l’enterrement de ta sœur, j’étais au premier rang à l’église…</p>
<p>Je me retins de dire que je n’avais pas de sœur.</p>
<p>Marie-Madeleine nous amena tournée sur tournée à un rythme endiablé. C’était une grande femme assez vulgaire, vêtue d’une jupe en cuir et d’un petit haut léopard. Elle parlait de la voix rauque de ces fumeurs au long cours. Dieu lui mettait la main aux fesses à chaque fois qu’elle passait près de nous.</p>
<p>Le bar était à présent rempli d’ivrognes, de marginaux, d’écorchés vifs – la lie de la société semblait s’être donné rendez-vous ce soir dans le saint lieu.</p>
<p>Une bagarre éclata entre deux poivrots sur la terrasse. Dieu bondit de son tabouret et explosa d’une fureur sans nom. Son visage était cramoisi ; des veines épaisses comme des limaces saillaient au niveau de ses tempes.</p>
<p>– Putain, j’avais dit quoi ? Personne ne se bat ici !</p>
<p>Ma foi vacillait. Dieu avait l’alcool mauvais.</p>
<p>Il empoigna une bouteille et la fracassa sur la tête de l’un. Il assomma l’autre d’un uppercut bien placé, compensant sa petite taille par une agilité diabolique. Au passage, il arracha la seringue du bras de Simon et la jeta au sol.</p>
<p>– Mais c’était rien qu’une p’tite piquouse inoffensive!</p>
<p>– Idiot ! J’en ai plus qu’assez de devoir vous surveiller. Je vous ai pas dit mille fois que c’était moi l’opium du peuple, bande de nazes ? Sniffez-moi plutôt que cette merde blanche ! Le paradis que je vous offre n’est pas artificiel !</p>
<p>Un attroupement bruyant s’était formé pour assister à la scène. Parmi eux, j’aperçus un type bronzé surgi du cabaret d’en face un serpent autour du cou. Il ressemblait à s’y méprendre à Steven Seagal.</p>
<p>Dieu le prit à parti :</p>
<p>– Lucifer, bordel, je t’avais dit de plus te repointer ici.</p>
<p>– Le spectacle en valait la peine, siffla-t-il. Je vois que tu appliques toujours ta conception très personnelle de l’Amour du prochain.</p>
<p>– Ordure, je vais te faire bouffer ton serpent. Dégage de mon royaume !</p>
<p>– Satan bouche un coin que je sois là, pas vrai? Oh oh, elle est bonne celle-là…</p>
<p>C’est à ce moment que la police débarqua.</p>
<p>– Bon Dieu, on vous entend jusqu’à la Pontaise ! dit un flic moustachu avec un accent épais du Gros-de-Vaud. C’est pas des manières, j’entends. C’est qui le responsable de tout ce raffut ?</p>
<p>Une chape de silence tomba sur le bar. Une solidarité nouvelle soudait les pochtrons contre les pandores lausannois.</p>
<p>Une voix aigrelette finit par s’élever.</p>
<p>– C’est lui, dit Judas en pointant Dieu du doigt. C’est ce vilain barbu !</p>
<p>J’étais admiratif. À le voir si frêle, si torturé, je n’aurais jamais pensé qu’il oserait balancer son Maître de la sorte. Les autres étaient eux aussi subjugués.</p>
<p>– T’es mort le rouquin, vociféra Dieu en se jetant sur le traître.</p>
<p>Les policiers eurent toutes les peines du monde à Le maîtriser et à L’embarquer. Je tentai pour ma part de réconforter Judas qui n’était plus qu’une larve pleurnicharde dans mes bras.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Dieu était vraiment un pauvre type. Comment avais-je été si stupide de Le suivre ? Les événements m’avaient aussi vite dégrisé que laïcisé.</p>
<p>Je me sentais trahi, blessé, humilié. Le coup était plus rude qu’une rupture sentimentale. Car cette fois, ça touchait à la métaphysique. C’était plus profond.</p>
<p>Je rentrai chez moi le cœur lourd. Plus seul que jamais.</p>
<p>Trois mois plus tard, Marie-Madeleine me harponna à la Migros de Chauderon.</p>
<p>– Tu sais pas la dernière ? C’est Robert. Il est mort.</p>
<p>Elle ne semblait pas plus affectée que si elle m’avait communiqué la mort du chihuahua de Paris Hilton.</p>
<p>– Comment ça s’est produit ?</p>
<p>– Crise cardiaque.</p>
<p>– T’es sûre ?</p>
<p>– Ouais. C’est Pierre qui m’a dit. Bon j’te laisse.</p>
<p>Le temps d’assimiler cette information, une douce euphorie coula en moi. Dieu était mort. Nietzsche avait donc raison. Il fallait fêter ça.</p>
<p>Je pris la direction du Roxy Bar.</p>
<p>Mais à peine entré, je Le vis.</p>
<p>Assis au coin du bar en train de lire tranquillement <i>Le Matin</i>.</p>
<p>Ce con avait ressuscité.</p>
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