L’Hebdo – Michaël Perruchoud : Le glamour du boulon

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Michaël Perruchoud : Le glamour du boulon

Bernadette Richard

Trente-quatre ans le 17 septembre, les neurones toujours chauffés à blanc Pour fêter l’événement, ou n’importe quoi d’autre, un roman : Les six rendez-vous d’Owen Saïd Markko. Et, comme l’année est un bon cru, le deuxième volume des aventures de Bébert au bistrot vient de sortir de presse. Perruchoud est l’auteur des bulles, son pote Sébastien G. Couture, musicien québécois, se charge du coup de crayon. Tout cela, précédé en juin d’un essai grinçant sur le Tour de France : Bartali sans ses clopes, qui se veut «un coup de gueule contre la politique du bouc émissaire». Car ce grand amoureux du cyclisme, qui a failli se prénommer Eddy tant son père adorait Merckx, ne supporte plus les procès intentés aux rois de la petite reine, qui seraient les seuls à se shooter pour endurer l’insupportable, Quant à Owen Saïd Markko, «ce collectionneur de conversations qui change de vie au cours de ses rencontres», il témoigne surtout de la géographie éparpillée où Perruchoud plante son regard affûté, afin d’en retenir des images, des parfums, qui suggèrent à ce globe- trotter des rêves littéraires.

LIBERTÉ. Son port d’attache est niché aux Eaux-Vives à Genève. Un trois-pièces sans confort, accessible à celui qui choisit la liberté plutôt que le fric: «J’aime la grande cuisine, parce que j’adore faire à bouffer. Comme les chiottes sont au bout de la cuisine, si je me concentrais, je pourrais pisser tout en retournant mes côtelettes !» Pas romantique, Perruchoud? Ne pas chercher l’émotion à fleur de peau chez un natif de la Vierge. Ça se Situe ailleurs, dans la tristesse du regard et la voix légèrement fêlée quand il raconte la mort de son chat. L’émotionnel chez lui flirte avec une forme de vérité, à déguster dans ses livres, tranchants comme des couteaux pour mieux disséquer les faux-semblants de notre société de consommation: «(…) l’écume purulente de notre humanité, celle qui noie le fond des choses et la douce complexité du monde dans les dangereux raccourcis du profit.» Ainsi parle Owen Saïd Markko/Perruchoud.

SURRÉALISME. D’ailleurs, les objets qu’il apprécie témoignent de son esprit éclectique teinté d’humour: les boulons par exemple. Pas glamour? Alors parlons de snobisme, genre Boris Vian se chauffant au diamant : «Où que j’aille dans le monde, je tombe toujours sur des boulons, c’est surréaliste. Au retour, je les colle sur une immense mappemonde placardée chez moi.»

Quant à la tasse à café du matin, hideuse, exhibant des titres de chansons de U2, alors que le maître des lieux n’aime pas le groupe, elle fait partie des rites. Non qu’elle l’accompagne quand il écrit, puisque Perruchoud rédige au bistrot et dans les trains : il a l’impression que le café est «moins dégueu» dans ce récipient ringard.

«J’utilise des cahiers, avant de travailler à l’écran.» Les cahiers, fidèles compagnons muets qui se laissent conter fleurette, en l’occurrence paroles de chansons, dégrossissage de musique, romans, essais, idées pour le site cousumouche.ch dont il est un des pères fondateurs.

Et déjà, sous des airs de potache cogitant au coin du radiateur, Perruchoud embraie sur un nouveau projet, un autre voyage, le manus d’un jeune auteur à lire avant de l’éditer, peut-être, sous le label Cousumouche.

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Michaël Perruchoud
Les Six rendez-vous...
Tournée individuelle

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