La Liberté – Verbe et voyage : une vraie voix

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Verbe et voyage : une vraie voix

MICHAËL PERRUCHOUD D’origine valaisanne, le Genevois d’adoption est un tourbillon de mots: trois livres publiés cette année, des concerts, un site Internet avec ses potes, un boulot d’éditeur…

BERNADETTE RICHARD

Si vous ne connaissez pas Michaël Perruchoud, foncez sur le site www.cousumouche.ch qui vous dira presque tout sur ce boute-en-train du verbe à l’allure de potache. Si vous n’avez pas Internet, demandez à votre libraire de vous commander ses oeuvres complètes: ça va du roman historique aux bas-fonds des grandes villes, en passant par une révolution au Vatican, une BD politiquement incorrecte, des conversations à revendre – Les six rendez-vous d’Owen Saïd Marko, son dernier roman –, les états d’âme d’une meuf dans un avion en chute libre… ou encore un essai sur la dope dans le sport.

Il y en a donc pour tous les goûts, c’est truculent, inattendu, bien ficelé, éloigné de la littérature romande aux accents de confessions intimistes.

Intelligence voyageuse

Perruchoud a terminé 2007 en sombre beauté, avec un roman hyperréaliste, son sixième, passé quasi inaperçu, La pute et l’insomniaque. C’est dommage, car l’auteur a créé avec ce récit un vrai roman noir, comprenant galerie de personnages sordides, vices étalés dans les lueurs sulfureuses d’un bar de seconde zone, où les putes ne sont pas simples victimes, mais vraies salopes manipulatrices, l’anti-héros franchement couillon, le champagne une piquette à vous bousiller les neurones, les clients plus pervers que le patron et les dames de petite vertu réunis. La fiction de toutes les désillusions, inscrite dans une Suisse pas très proprette mais bien réelle, plus proche du paradis magouille que de l’image d’Epinal à laquelle certains, paraît-il, croient encore. Féroce, cynique, ce roman déconstruit les mythes, les détourne, pour mieux décrire avec empathie les paumés de notre société aseptisée.

Michaël Perruchoud : un boute‑en‑train du verbe à l’allure de potache

Les pages de 2007 à peine tournées, le potache lémanique s’est rué tambour battant sur 2008. On ne sait pas trop quand il dort Perruchoud, imaginez: alors qu’il va souffler ses 34 bougies, le 17 septembre, il fête en même temps la sortie de son troisième livre de l’année, Les Six rendez-vous d’Owen Saïd Marko. «J’avais envie de raconter les histoires d’un collectionneur de conversations, qui change de vie au cours de ses rencontres», précise-t-il. Un roman très abouti, où l’écriture suggère avec pertinence les atmosphères des lieux dans lesquels Owen Saïd Marko débarque et entame des discussions philosophiques avec ses interlocuteurs. Pas un roman facile, le lecteur est appelé à se laisser conduire, séduire, voire déconcerter. Une anthologie d’intelligence voyageuse, de réflexions audacieuses concernant la vie, la géographie, les gens.

Ce livre fait suite au deuxième volume en format oblong des mésaventures de Bébert au bistrot, Le fond du verre est frais, édité en août. Née en 1995 sous la plume de son compère québécois Sébastien G. Couture, cette BD est restée lettre morte jusqu’à sa résurrection en 2004, avec l’aide de Perruchoud et des animateurs de www.cousumouche.ch, un site un brin insolent, bourré de bonne humeur, de musique, de jeux et de textes alléchants. Bébert est l’archétype du sage pilier de zinc, alcoolique et fumeur, qui disserte en quatre cases à propos de tout de rien, donnant de l’actualité une version plutôt sardonique.

Bébert a suivi de peu une odyssée unique en son genre: Bartali sans ses clopes, sorti de presse en juin pour le Tour de France, dont il rappelle les valeureux héros, sans doute tous un peu shootés, mais surtout malmenés par les fanatiques de la propreté dans le sport (voir «La Liberté» du 12 juillet).

Mais encore…

Perruchoud, une oeuvre originale, jamais répétitive. Que l’on se souvienne seulement Le martyre du pape Kevin, qui raconte un adonis de 32 ans, surfeur devant l’Eternel, chargé de ramener la jeunesse au bercail du catholicisme décadent, ou encore les commentaires de La passagère, racontant la chute de l’avion dans lequel elle a pris place. Surprenant exercice de style de la part d’un écrivain mâle se mettant dans l’esprit d’une femme. Là ne s’arrête pas la production perruchoudienne. Editeur très attentif aux manuscrits qui lui sont soumis, chanteur, auteur compositeur, le Genevois crée avec sa propre formation, violon, basse, guitare, et tourne également avec Sébastien Couture. Sorti d’une école de commerce, ayant entrepris des études en sciences politiques, «parce que je n’avais pas envie de travailler l’été», le jeune Michaël avait goûté au plaisir des mots dès l’âge de 9 ans, en «réécrivant la fin du Club des Cinq quand elle ne me plaisait pas, je détestais les livres qui finissaient bien», précise ce tordu du verbe, qui prépare déjà d’autres surprises à ses lecteurs.

Michaël Perruchoud,
Les six rendez- vous d’Owen Saïd Marko,
180 pp.;
Le fond du verre est frais, vol. 2,
dessins de Sébastien G. Couture,
108 pp.,
tous deux aux Ed. Faim de siècle et Cousumouche.

Article sur :

Michaël Perruchoud
Les Six rendez-vous...
Tournée individuelle

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