Les Quotidiennes – Laure Lugon raconte les coulisses de la guerre, de sa guerre

Laure Lugon raconte les coulisses de la guerre, de sa guerre

Son livre, «Au Crayon dans la Marge», vient d’être réimprimé. Joli succès pour cette journaliste romande qui aspire désormais à passer à la fiction.

Marie-Claude Martin

Elle a comme l’impression d’une erreur de casting. «Je suis invitée à des tas de conférences pour parler des organisations humanitaires, de leurs actions souvent inefficaces et de leur rôle ambigu sur le terrain, mais mon livre n’est pas du tout un livre à thèse.» Ce serait même le contraire. S’il y a une leçon à retenir d’Au Crayon dans la Marge, c’est qu’il n’y a pas de vérité universelle, que le monde n’est ni blanc ni noir, seulement chaotique.

Laure Lugon doute trop d’elle-même pour s’ériger en avocat général. Son désir de publier était plus simple: raconter les coulisses des reportages qu’elle a réalisés pour L’Illustré entre 1997 et 2002, dans les Balkans, en Irak et en Afrique. Revenir sur les notes qu’elles avaient prises, et dont elle n’a pas pu faire usage à l’époque. Parce que hors propos ou trop personnelles.

Ses giboulées intérieures

Mais pourquoi maintenant? «Quand on est sur le terrain, on reçoit tout en pleine figure: on n’a pas le temps de laisser les choses se décanter. Mais surtout, c’était ma manière de rendre hommage à celles et ceux que j’ai croisés dans mes voyages et que je n’ai plus revus depuis. Certains m’habitent toujours.»

Les lecteurs ont été sensibles à sa démarche: Au Crayon dans la Marge vient d’être rééimprimé aux éditions Cousu mouche. Il faut dire que Laure Lugon, actuellement journaliste à Bilan, y révèle une plume élégante, un sens aiguisé du portrait et des situations, avec cette ironie constante qui lui sert de gilet pare-balles. Car Laure Lugon, valaisanne d’origine mais slave dans l’âme, est une hyperémotive. «Je suis faite d’excès», dit-elle. Son visage en témoigne qui trahit toutes ses giboulées intérieures. Moqueur quand elle évoque les fins de soirée des journalistes étrangers, tous logés au même hôtel; désenchanté quand elle se souvient de George le pragmatique pour qui «l’éthique est le luxe des nantis»; mélancolique à l’évocation de ce vieil homme qui aurait pu vivre tranquille en Suisse mais qui a préféré mourir en Serbie.

Le doute qui ronge

Si ces voyages lui ont permis de surmonter ses peurs, sauf sa phobie de la nourriture – «Quitte à me charger, j’ai toujours pris une valise pleine de bouffe avec moi» - ils ne lui ont pas encore apporté la sérénité. Le doute la ronge toujours autant. Sauf sur une question: c’est décidé, elle va faire le grand saut. Laure Lugon est en train d’écrire son premier roman.

Pour en savoir plus, lisez ses réponses au grand Questionnaire des Quotidiennes:

Comment finiriez-vous cette phrase «La plupart des gens ont»?

Peur de l’autre, de la différence, de ce qu’ils ne connaissent pas.

Comment finiriez-vous cette phrase «La plupart des gens sont»?

Fiers de leurs origines, quand bien même il n’y pas plus grand hasard que celui du lieu de naissance.

Quelle femme n’aimeriez-vous pas avoir à combattre?

Angela Merkel.

Quel homme n’aimeriez-vous pas avoir à combattre?

Nicolas Sarkozy.

Quelle femme n’aimeriez-vous pas avoir à serrer dans vos bras?

Nadine de Rothschild.

Quel homme n’aimeriez-vous pas avoir à serrer dans vos bras?

George W. Bush

Le plus grand préjugé sur les hommes?

Ils manqueraient de sensibilité.

Le plus grand préjugé sur les femmes?

Elles manqueraient de rationalité.

Devise préférée?

Je sais que je ne sais rien.

Trois choses que vous ne savez pas faire (et qui vous handicape)?

Etre diplomate. Ne pas parler couramment l’anglais. Ne pas parvenir à faire voler correctement un cerf-volant (pour mon fils).

Trois traits de caractère marquants?

L’agressivité, la lucidité, la sensibilité.

L’horreur pour vous, ce serait?

Vivre dans une société fermée, dogmatique, qui prive les gens de leur liberté de penser.

Votre principal phobie?

Etre enfermée dans un espace sans ouverture.

Vous avez une machine à voyager dans le temps, où et quand?

A Paris, au siècle des Lumières. Mais je suis un homme, aristocrate de surcroît (pour réussir son voyage dans le temps, ces deux conditions préalables sont indispensables pour toutes les périodes passées et, je le crains, à venir. On pourra alors remplacer le terme aristocrate par élite, riche, oligarque, top-leader, à votre convenance).

Ce dont vous êtes la plus fière?

Mes deux enfants.

Ça vous irrite à chaque fois?

Les femmes voilées.

Comment aimeriez-vous mourir?

J’ai bien trop peur de la mort pour souhaiter une forme plutôt qu’une autre.

Croyez-vous en quelque chose?

En la raison, en l’esprit critique.

En quoi aimeriez-vous être réincarné?

Je n’ai aucune disposition pour cette croyance. Si je suis agnostique, j’assume en revanche ma culture judéo-chrétienne.

Si vous étiez un objet?

Un stylo, doué de mémoire.

Le don de la nature que vous voudriez avoir?

La sérénité.

Qui admirez-vous?

Les sages indulgents.

Quel genre de lecteur êtes-vous?

Exigeante, passionnée, vorace.

Le pouvoir magique que vous aimeriez avoir?

Un antidote à l’ignorance.

Votre péché mignon?

Café et chocolat.

Vous avez le droit d’inviter trois personnages illustres et disparus à votre table?

Voltaire, Albert Camus, Simone de Beauvoir.

Et trois personnages illustres et bien vivants?

Nelson Mandela, Mikhaïl Gorbatchev, John Le Carré.

Enfant, vous rêviez de devenir?

Cow-boy. Je n’envisageais pas le «cow-girl». Puis, lorsque j’ai grandi un peu, mon rêve était de voyager et d’écrire.

Vous ne pourriez pas pardonner…

Qu’on fasse du mal à mes deux petits.

Un truc que vous adorez faire mais dont vous avez un peu honte?

Du shopping.

Un rêve d’enfant déjà réalisé?

Un premier livre.

Vos deux dernières lectures?

Le chant de la mission, de John Le Carré; Les belles choses que porte le ciel, de Dinaw Mengenstu.

Les deux prochaines?

La pute et l’insomniaque, de Michaël Perruchoud; Un anthropologue en déroute, de Nigel Barley.

Trois choses que vous aimeriez apprendre?

L’indulgence, la sérénité, le lâcher-prise.

Qu’est-ce que la vie a fait de vous?

Une femme que les autres considèrent comme forte mais qui se considère elle-même comme faible.

Deux boulots que vous avez eus dans votre vie?

Magasinière à la Coop et hôtesse pour la promotion de cigarettes, à une époque qui n’avait pas encore fait du commun des mortels des ayatollahs du bien social et qui n’avait pas érigé l’hygiénisme en dogme.

Trois endroits où vous aimeriez vivre?

Au coeur d’une petite ville médiévale italienne; dans un riad à Essaouira, dans un mas provençal.

Trois films que vous pourriez regarder encore et encore?

Vas, vis et deviens, de Radu Mihaileanu, Gladiator de Ridley Scott, La liste de Schindler, de Steven Spielberg.

Article sur :

Au crayon dans la marge

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *