Le Désir de la culpabilité

– Cette ampoule que vous enfonciez délicatement dans le culot avec vos doigts fébriles et impatients…, susurra le praticien.
– Visser, docteur, visser. On n’enfonce pas une ampoule, ce n’est pas un suppositoire, précisai-je.
– Oui, enfin, je m’exprimais au niveau du symbole, s’emporta-t-il. Est-ce que cela vous a apporté du plaisir, évoqué du désir, porté à frémir ?
– De la lumière surtout, docteur, de la lumière, en fait, simplement, car l’ampoule était foutue.
– Une forme d’explosion lumineuse, un jaillissement, une émergence protubérante, un phare au milieu de vos doutes et de vos angoisses, de vos attentes… ?
– Euh… non. Juste de la lumière, je vous assure.
– Une forme de banalité éclairante mais non transcendante… Avez-vous été déçu ?
– De la lumière qui éclaire ce qu’on regarde, on peut dire de manière banale, oui. Banalement éclairé de simplicité éclairante, et c’est tout.
– Dans la banalité, il y a une forme de lassitude. Étiez-vous repu, blasé de cet éclairage ?
– Docteur, je changeais juste l’ampoule… Vous ne changez jamais d’ampoule ?
– Oui, mais jamais sans arrière-pensée.

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Jérôme Rosset n’est pas un écrivain sérieux.
Il habite Genève où il est né en 1963.
Il lui arrive parfois de finir des nouvelles, malgré ce qu’en pense Cousu Mouche.

Jérôme Rosset a assumé avec brio et loyauté la fonction de konopsoproctotrype du Comité Cousu Mouche. Il a donné sa démission en août 2006 pour se vouer corps et âmes à l’écriture de loufoqueries.

En 2009, il publie aux éditions cousu mouche son premier recueil de nouvelles : Nobles Causes.

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