L’Anguille

« …après le vol, presque toute la bande a été arrêtée grâce à un courageux témoin. Le chef, connu uniquement sous le surnom de “l’Anguille”, et le butin restent introuvables. Le juge devra décider demain, après comparution des malfrats si, malgré la gravité des faits, le jugement reste de la compétence du Tribunal des mineurs. En effet, aucun des comparses ne dépasse l’âge de dix-sept ans. Tout porte à croire que l’affaire des “Ados flingueurs” ne fait que commencer… »

 

– Charles-Hubert ! pourquoi diantre avez-vous découpé cet article dans le journal ? Votre père est furieux.

– Excusez mon étourderie, Mère, mais je voulais le lire en détail et le conserver. J’oubliais que Père n’avait pas encore consulté le journal.

– Et en quoi ces délinquants peuvent‑ils vous intéresser ?

– Laissez-moi vous expliquer, Mère…

 

« Le premier d’entre eux s’appelle Samir. Kosovar d’origine par ses parents, il est né dans notre ville. Il est doué d’un sens de la négociation hors du commun et ce don lui permet de se procurer ce que vous désirez, quand vous le désirez et où vous le désirez (pour certaines marchandises comptez un ou deux jours de délais). Dans le casse de la banque, c’est grâce à Samir que tous se sont vus équipés de pied en cap (surtout les armes et les cagoules).

« Ensuite il faut étudier le cas de Bachir, cousin de Samir. Plus agressif et plus costaud que les autres, il fut chargé de maîtriser les clients récalcitrants. Sa simple présence fut suffisante pour convaincre les plus audacieux de se tenir tranquilles.

« Youssef l’Égyptien força la portière et fit démarrer la fourgonnette qui servit au casse. Il sait repérer les bons véhicules. Son père, mécanicien sur voiture, le regrette, mais il lui a enseigné les rudiments de mécanique qui lui permirent d’emprunter la fourgonnette. Toutefois, sa petite taille l’empêchant de conduire, c’est l’Anguille qui se chargea de prendre le volant durant toute l’opération.

« Les jumeaux Dimitri et Vladimir sont en principe spécialisés dans les stupéfiants. Bien qu’ils se disputent fréquemment, ils sont inséparables et se comprennent sans se parler. Ajoutez à cette complicité, une fiabilité hors du commun, et vous obtenez deux hommes de mains précieux.

« Reste Massumba, nigérienne, qui traîne en permanence avec les précédents. Elle n’a pas de compétences particulières si ce n’est la fidélité au groupe. Elle procure de temps à autre une copine afin que chacun puisse passer aux travaux pratiques après les cours d’éducation sexuelle de l’école (individuellement ou en groupe, c’est selon l’humeur du moment). C’est elle qui tira un coup en l’air afin d’informer les clients et les employés de la banque que le casse se faisait à main armée.

« L’opération fut menée de main de maître. L’avant-dernière semaine du mois, la succursale remplit ses caisses pour disposer des liquidités nécessaires aux clients qui veulent faire leurs paiements ou retirer leur salaire. C’est donc d’une banque pleine à craquer (au niveau du tiroir-caisse) que la fourgonnette a défoncé l’entrée en marche arrière. Une fois dans les locaux, l’équipe a pratiqué à l’ancienne : Samir : “haut les mains, ceci est un hold-up !”, Massumba : “Pan !” et Bachir : “Tous à terre !”. Toute l’équipe s’est précipitée sur les employés, a vidé les caisses et fait les poches des clients. À peine la fourgonnette chargée, les premières sirènes de police se sont fait entendre, mais l’Anguille démarrait avec son butin.

« Ils ont pu être arrêtés car l’un des clients à reconnu la voix de Samir. Seule grosse erreur : cambrioler dans leur quartier ! L’interrogatoire fit rapidement tomber les têtes sauf celle de l’Anguille. Personne ne connaissant son vrai nom, le portrait-robot ne fut d’aucune utilité. Les jeunes appréhendés ne trahirent jamais leur chef incontesté qui a disparu avec le butin. »

 

– Mais Charles-Hubert, pourquoi me racontez-vous tout ça ?

– Pour répondre à votre question Mère.

– … Comment connaissez-vous aussi bien cette bande de, de…

– Sales jeunes, est-ce là l’expression qui vous échappe ? Mais, à l’exception de Youssef, tous fréquentent mon école, le noble et vénérable « International Institute for High Studies », Mère !

– Je suis choquée d’apprendre que votre école accueille d’aussi sinistres individus. Ils méritent tous l’échafaud. Et leurs parents avec. Un tel manque d’éducation ! Je suis vraiment surprise que vous fréquentiez de telles personnes. Charles-Hubert vous me ferez le plaisir de… Mais pourquoi souriez‑vous donc ainsi ?

 

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Né sur la Riviera vaudoise, il passe une enfance et une adolescence presque sans histoire. Émigré dans un paradis fiscal national, il en revient pour se perfectionner professionnellement. Ce séjour outre-Sarine laissera des traces indélébiles mais fort utiles dans son travail et ses loisir : oui, il aime bien le suisse-allemand ! De fil en aiguille, il s’établit à Lausanne, se marie, et tente d’élever correctement deux enfants magnifiques. Jusqu’à ce jour, il était convaincu de ne pas être créatif, mais il a fini par essayer de rédiger quelques lignes à l’orthographe chaotique (merci aux correcteurs). Il dit avoir toujours de bons débuts mais doute toujours pour les fins. Finalement…

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