| Sexe, drogue, rock’n’roll et fricassée genevoise | ||||
| MARC GAUDET | ||||
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Nicolas Pinguely est un trader avide, bourré de drogues blanches et de rouge genevois. C’est du moins le portrait du héros que nous trace, à grands coups d’un phrasé incisif, l’auteur homonyme de « La théorie du cocker »*. Un bon petit premier roman, paru aux Éditions Faim de siècle & Cousu Mouche, qui n’a rien à voir avec l’univers canin. Sans prétention de se poser en bombe littéraire, le livre s’ouvre pourtant sur une déflagration meurtrière. Un attentat à Genève, gare Cornavin ! À l’heure où le bon peuple rejoint son turbin. Des morts, des blessés. Parmi les victimes, l’auteur-narrateur salement touché attend le grand saut et fait le point. Le décor d’abord : bien planté sur la place financière genevoise. Les boîtes de trading surtout, qui écopent du ressac boursier. Un monde de coups fourrés en « open space » et de machiavélisme de cafétérias, dans lequel notre Candide bien dessalé croit crawler pour mieux se noyer. Au cours de sa traversée, il va distancer d’autres naufragés. Il y a le copain Joseph, délégué CICR, qui revient de loin et un peu de tout. Pour faire bonne chère, c’est avec Massimo, l’ami-trader-qui-a-réussi, que Pinguely s’attable. Nos joyeux drilles commentent la Bourse, la politique intérieure, extérieure et l’entre-deux. |
Quelques donzelles, dont l’usage hygiénique qu’il en fait ne pose pas l’auteur en Ronsard des temps modernes, mais fera plutôt loucher le lecteur du côté de Bret Easton Ellis ou Houellebecq. Appétit bâclé de la chair. Pas si triste, pourtant : c’est son style jambon cru. Comme les mots pour le dire. Mais entre deux lignes – de coke – la véritable héroïne qui se dessine, c’est… la Suisse. Un clodo intello qui trimballe sa viande avinée et ses pamphlets tout au long du récit tire de l’Helvétie nouvelle un portrait peu reluisant. C’est bien simple : depuis la chute du Mur de Berlin en 1989, tout fout l’camp, mon bon monsieur ! Secret bancaire façon Polichinelle ; le social qui s’dilate et la foi qu’est pas droite ; les Bourses en berne… et Berne sous la coupe d’un certain Christoph Clocher et d’une non moins certaine Micheline Calamar. Tout cela vaut bien un petit braquage pour renflouer les comptes d’un financier saoudien !
*Nicolas Pinguely, La théorie du cocker, éditions faim de siècle & cousu mouche. |
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