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| La vie des ados, vue par un romancier | ||||
| MONIQUE LAEDERACH | ||||
| RÉCITS - Michaël Perruchoud signe son troisième livre sous nos latitudes. Un talent qui s’affirme pour évoquer le quotidien de jeunes «auteurs». | ||||
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Il y a eu, en 1998, Crécelle et ses brigands, vaste épopée gaillarde dans une Genève ancienne. En 2000, Non-lieu. Et maintenant, ce Poil au Temps, dont le titre est à la fois militaire et gouailleur, mais le contenu, plus gravement, se révèle un excellent tableau adolescent, plein de soubresauts et de maturités décoiffantes rêvées, comme il se doit à ces âges. Les jeunes ados qui écrivent ici leur «livre» à tour de rôle et racontent leur quotidien, ont quinze ans à la première page, et une sorte d’âge pseudo-adulte à la dernière. Ils sont tout un groupe, garçons et filles, liés par l’amitié, l’amour, ou des liens de famille. Liés surtout par une soif vengeresse de découvrir la vraie vie. Vengeresse: dans la mesure où ils sentent qu’ils reçoivent la réalité pétrifiée d’emblée par des images toutes faites, provoquant forcément des révoltes. Apprendre la vie, c’est donc imiter les adultes, mais avec la distance de la dérision et ils sont bien convaincus qu’eux-mêmes ne vont jamais se faire rattraper par les mêmes dérapages que leurs aînés. RIEN DE SACRÉ, MAIS LA VIE A ce monde odieux et pourtant désirable, ils opposent par conséquent le front insolent d’un groupe d’initiés» pour lesquels rien n’est sacré qu’eux-mêmes, que la vie cependant, l’âge, leurs désirs, vont mettre à mal, malaxer méchamment, blesser - et ramener malgré eux, vaguement piteux, dans une sorte d’ordre établi. «Parler pour ne rien dire ou pour redire la même chose, oui, sûrement, mais nous avions une façon de la dire bien à nous, une manière de rire qui nous enchantait et que nous ne partagions qu’à regret.» CHANGER LES CHOSES... Manifestement, Michaël Perruchoud connaît fort bien ces âges adolescents, et cette farouche nécessité de se convaincre, à chaque nouvelle fournée de jeunes, que «nous, enfin, nous allons changer la face du monde». Et il n’oublie aucun des domaines où peuvent venir échouer, se fracassant ou non, les vagues adolescen- |
tes. Chacun de nous a passé par ces stades, de façon plus ou moins heurtée, avec toutes les variations que les époques et les modes pouvaient imposer en lois et en ukases. Perruchoud nous offre, lui, un aperçu extrêmement récent, et cette fraîcheur, qu’il n’est pas évident de savoir restituer si vite par l’imaginaire, est l’un des atouts d’un livre qui emporte souvent où l’on ne voudrait pas, mais dont la justesse est parfaitement convaincante. LA FORCE DU GROUPE Perruchoud est romancier. Au-delà de certaines maladresses sans gravité, parfois même assez intéressantes, ce livre témoigne sans conteste d’un talent. Ainsi, il renonce, par exemple, à chercher pour chacun des sept «scripteurs» du livre un ton différencié. Pour le faire, il aurait dû avoir recours à des rôles de composition, pour ainsi dire. Mais telles qu’elles sont écrites, ces pages démontrent de façon troublante à la fois la force agglomérante d’un groupe, et la structure interne de ce «on» anonyme qui tend à remplacer le «nous» dans la langue française parlée. Forces centripètes (l’amitié, par exemple) qui répondent aux pressions extérieures perçues, à juste titre souvent, comme destructrices, et dont le clan pourrait ou devrait se protéger. Cependant, même cela n’est pas forcément garanti. Et vient le jour où l’on se console, juste pour un temps, pense-t-on, avec une petite tranche de gâteau bourgeois. LES QUINZE À VINGT ANS... Quinze à vingt: ce n’est pas seulement un âge difficile, c’est un âge de tous les dangers. De ceux-ci aussi, Michaël Perruchoud fait le compte - non pas en plaquant tout à coup une dérive sur quelque page, mais en suivant ses jeunes personnages là où ils peuvent le conduire, même à la mort. Et cette liberté-là, cette discipline-là, sont déjà l’indice d’une vision très sûre de la forme romanesque.
Michaël Perruchoud, Poil au Temps, Ed. L’Age d’Homme, 178 pp. |
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