{"id":1349,"date":"2018-02-10T00:11:38","date_gmt":"2018-02-09T23:11:38","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cousumouche.com\/plusbellechanson\/?p=1349"},"modified":"2018-02-06T00:15:17","modified_gmt":"2018-02-05T23:15:17","slug":"napule-e-pino-daniele","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.cousumouche.com\/plusbellechanson\/?p=1349","title":{"rendered":"Napule \u00e8 &#8211; Pino Daniele"},"content":{"rendered":"<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Comment dire cette ville-volcan\u00a0? Sa violence, sa folle tendresse, ses exc\u00e8s, sa beaut\u00e9 ind\u00e9cente, sa laideur sordide, la mer, le soleil, les ruelles sales et riantes? Et, tant qu\u2019\u00e0 faire, en profiter pour balayer tous ces clich\u00e9s et fouiller en profondeur pour y chercher le c\u0153ur? Il faudrait un dictionnaire, une encyclop\u00e9die, des ann\u00e9es \u00e0 respirer ses rues poussi\u00e9reuses.<\/p>\n<p>Il lui a suffi de 3 minutes 47. Tout y est et bien plus, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e2me de cette ville \u00e0 nulle autre pareille.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>D\u00e9j\u00e0, il ne dit pas <em>Napoli<\/em>, mais <em>Napule<\/em>, pas <em>piano piano<\/em>, mais <em>chianu chianu<\/em>, pas <em>nessuno<\/em>, mais <em>nisciuno<\/em>. Et \u00e7a change tout. Ce dialecte un peu tra\u00eenant, cet accent indolent apporte avec lui tout un monde, toute une histoire. On y voit les mimiques de Tot\u00f2, on y entend le rire d\u2019Eduardo de Filippo, les vibratos de Roberto Murolo et Renato Carosone. On y sent une mani\u00e8re de ne pas trop prendre au s\u00e9rieux les malheurs et les coups du sort, parce qu\u2019il faut faire avec et que tout finira pas s\u2019arranger. Une fa\u00e7on de s\u2019amuser de la vie, m\u00eame si elle n\u2019a rien de dr\u00f4le.<\/p>\n<p>Pino Daniele est des leurs. Il a ce sourire dans la voix, cette voix qui ne peut venir que de l\u00e0-bas, du Sud, comme br\u00fbl\u00e9e par trop de soleil, \u00e9raill\u00e9e par trop de rires, haut perch\u00e9e parce qu\u2019il faut bien trouver le moyen de se faire entendre, quand tout le monde parle en m\u00eame temps.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Naples, son Naples, il le dit en douceur. Petite intro m\u00e9lancolique, air tendre de mandoline. \u00abNaples est mille couleurs \/ Naples est mille peurs\u2026\u00bb En version originale\u00a0: <em>\u00abNapule \u00e8 mille culure, Napule \u00e8 mille paure\u2026\u00bb<\/em> Tout y est. Le bruit sans fin de ces rues? Des cris d\u2019enfants qui montent \u00abet tu sais que n\u2019es pas seul\u00bb (<em>\u00abe tu sai ca nun si sule\u00bb<\/em>)<em>.<\/em> Et le \u00absoleil amer\u00bb, l\u2019\u00abodeur de la mer\u00bb, la promenade dans les ruelles, les papiers sales \u00abet personne ne s\u2019en inqui\u00e8te\u00bb et \u00abtout le monde attend son destin\u00bb. Il fallait ce regard du Napolitain D.O.C. pour dire ainsi, en deux vers, l\u2019acceptation fataliste de son sort, d\u2019autant plus bouleversante que ce destin s\u2019\u00e9tend au pied du volcan le plus dangereux du monde.<\/p>\n<p>La chanson a plus de 40 ans et l\u2019on ne pourrait en changer une ligne. Pino Daniele avait 18 ans quand il a compos\u00e9 <em>Napule \u00e8<\/em> et 22 quand est sorti son premier album, <em>Terra mia<\/em>. Un titre qui, avec son m\u00e9lange de simplicit\u00e9 et d\u2019ambition, renvoie \u00e0 une chanson tout aussi d\u00e9chirante. Sa terre, \u00abtriste et am\u00e8re\u00bb, il la chante avec sa superbe de jeune homme et la lucidit\u00e9 d\u2019un vieux sage. L\u2019enfant pauvre, \u00e9lev\u00e9 par ses tantes parce que ses parents n\u2019arrivaient pas \u00e0 le nourrir, regarde sa ville avec une fiert\u00e9 tranquille. Conscient que Naples est un r\u00eave connu dans le monde entier, mais que personne ne sait la v\u00e9rit\u00e9 <em>(<\/em><em>Napule \u00e8 tutto nu&rsquo; suonno \/ e a sape tutto &lsquo;o munno \/Ma nun sann&rsquo; a verit\u00e0<\/em><em>)<\/em>.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Il faut \u00eatre au moins fan d\u2019Obispo ou militant de la Ligue du Nord pour ne pas frissonner \u00e0 cette merveille devenue un classique, un incontournable, un hymne. Le 4 janvier 2015, quand le c\u0153ur trop g\u00e9n\u00e9reux de Pino Daniele l\u2019a l\u00e2ch\u00e9, \u00e0 59 ans, <em>Napule \u00e8<\/em> a r\u00e9sonn\u00e9 dans toute la ville, dans le m\u00e9tro, dans la rue, partout, tout le monde la chantait, ne s\u2019arr\u00eatant que pour sangloter. Le dimanche suivant, 60000 personnes la reprenaient en ch\u0153ur au stade San Paolo, alors que le Napoli recevait la Juventus, le club honni des bourgeois du nord. Ce jour-l\u00e0, face \u00e0 cette communion sublime, les Juventini aussi pleuraient.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Eric Bulliard<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=zeLb-G8GXfk<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Comment dire cette ville-volcan\u00a0? Sa violence, sa folle tendresse, ses exc\u00e8s, sa beaut\u00e9 ind\u00e9cente, sa laideur sordide, la mer, le soleil, les ruelles sales et riantes? 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