{"id":1351,"date":"2018-02-12T00:18:30","date_gmt":"2018-02-11T23:18:30","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cousumouche.com\/plusbellechanson\/?p=1351"},"modified":"2018-02-06T00:20:46","modified_gmt":"2018-02-05T23:20:46","slug":"sorrow-the-national","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.cousumouche.com\/plusbellechanson\/?p=1351","title":{"rendered":"Sorrow &#8211; The National"},"content":{"rendered":"<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Au lieu de trois, nous ne sommes finalement plus que deux \u00e0 nous rendre \u00e0 ce festival de musique \u00e0 Arras au c\u0153ur d\u2019une magnifique citadelle de Vauban. L\u2019avant-veille, j\u2019ai merd\u00e9 encore une fois et fait du grand n\u2019importe quoi. Alors que nous roulons en direction du Nord, je ressens une profonde tristesse. Cette \u00e9motion m\u2019habite depuis toujours, mais ce jour-l\u00e0, elle est exacerb\u00e9e par les circonstances. La m\u00e9lancolie me transcende de part en part, alors que je devrais plut\u00f4t ressentir de la joie, car je suis enfin libre. J\u2019ai retrouv\u00e9 une libert\u00e9 perdue depuis plus de dix ans. Il s\u2019agit d\u2019une situation d\u2019autant plus paradoxale, que je me sens en s\u00e9curit\u00e9 entre les murs ocres de la fortification et gr\u00e2ce \u00e0 la pr\u00e9sence rassurante de mon amie \u00e0 mes c\u00f4t\u00e9s. J\u2019ai presque oubli\u00e9 le grand fiasco que j\u2019ai moi-m\u00eame organis\u00e9 l\u2019avant-veille et nous attendons le grand feu d\u2019artifice du concert d\u2019Arcade Fire, un verre de bi\u00e8re \u00e0 la main. Impatience, tension. Nous voguons de sc\u00e8ne en sc\u00e8ne, un peu au hasard de la musique et de l\u2019inspiration. Soudain, sur la grande sc\u00e8ne, \u00e0 la tomb\u00e9e du jour, un groupe que nous ne connaissions pas, entame les premiers accords d\u2019une chanson qui m\u2019hypnotise. Je fixe la sc\u00e8ne, immobile. Mon corps est parcouru de frissons., mes poils se h\u00e9rissent. La musique m\u2019enveloppe, des larmes coulent. Je laisse cette tristesse que j\u2019ai emmen\u00e9e avec moi s\u2019exprimer. Matt Berninger de The National chante :<\/p>\n<p><em>You know I dreamed about you, <\/em><br \/>\n<em>For twenty-nine years before I saw you<br \/>\nYou know I dreamed about you<br \/>\nI missed you for, for twenty-nine years\u201d<\/em><\/p>\n<p>J\u2019identifierai ce morceau plus tard. <em>Slow Show. <\/em>Il sera li\u00e9 \u00e0 tout jamais \u00e0 l\u2019avant-veille de ce concert, au d\u00e9but, \u00e0 la fin et \u00e9videmment au commencement et au renouveau. De retour d\u2019Arras, j\u2019ach\u00e8te les albums de The National, puis j\u2019oublie, \u00e9coutant leur discographie d\u2019une oreille distraite. Je ne suis pas encore pr\u00eate \u00e0 affronter mes d\u00e9mons. Il est trop t\u00f4t pour me confronter \u00e0 cette tristesse, et \u00e9galement \u00e0 ces ann\u00e9es pass\u00e9es en tant que prisonni\u00e8re de ma propre vision erron\u00e9e de moi-m\u00eame, que j\u2019ai \u00e9galement r\u00e9percut\u00e9e sur d\u2019autres. De cette v\u00e9rit\u00e9 qui cr\u00e8ve les yeux mais que j\u2019ai mis trop longtemps \u00e0 accepter. L\u2019omnipr\u00e9sence de cette tristesse \u00e0 tout moment de mon existence et ma cohabitation obligatoire avec elle. Il faut que je passe \u00e0 autre chose, l\u2019espace de quelques ann\u00e9es, le temps de tourner symboliquement une page, ou pas, de faire le vide, de fuir, comme je l\u2019ai souvent fait.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Janvier 2013 en faisant mes valises pour le Laos et le Cambodge, j\u2019embarque avec moi un Ipod rempli de musique. C\u2019est sur les routes caboss\u00e9es du Laos, en regardant les paysages d\u00e9filer, que je me suis retrouv\u00e9e plong\u00e9e dans la profondeur de l\u2019univers de The National, un univers qui m\u2019a fait exploser le mien en plein visage, en plein c\u0153ur. <em>Impasse khm\u00e8re<\/em> est n\u00e9e de ce voyage. Les \u00e9motions comme la tristesse, la peine, l\u2019empathie, la m\u00e9lancolie se sont alors impos\u00e9es comme moteur \u00e0 ma cr\u00e9ation et comme indissociables avec mon \u00eatre.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Pourquoi donc avoir choisi <em>Sorrow<\/em> plut\u00f4t qu\u2019un autre morceau de The National\u2026 Pourquoi <em>Sorrow <\/em>serait-elle la plus belle chanson du monde et pas une autre\u00a0? Je dirai simplement\u00a0:\u00a0 parce que. Parce que c\u2019est cette chanson qui correspond le mieux en peu de mots \u00e0 ce que je ressens depuis des ann\u00e9es, \u00e0 des \u00e9motions que j\u2019ai fait taire, \u00e0 ce qui m\u2019a finalement terrass\u00e9e, qui m\u2019a ensuite permis de me relever et qui est le moteur de ma cr\u00e9ation. Un sentiment, une \u00e9motion qui m\u2019accompagne depuis toujours. Cette chanson d\u00e9crit en peu de vers, en peu de temps, seulement 2 ridicules minutes et 43 secondes, une \u00e9motion extr\u00eamement complexe avec finesse et justesse.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>Sorrow,<\/em> tristesse, peine, m\u00e9lancolie ou encore d\u00e9pression. Cette hypersensibilit\u00e9 qui m\u2019accompagne depuis l\u2019enfance pour une raison qu\u2019aujourd\u2019hui encore j\u2019ignore. Cette \u00e9motion qui me permet d\u2019\u00e9crire et de cr\u00e9er et qui fait partie de mon quotidien.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>Sorrow found me when I was Young<\/em><\/p>\n<p><em>Sorrow waited, Sorrow won <\/em><\/p>\n<p>Cette tristesse qui parfois devient tellement forte qu\u2019elle me submerge, qu\u2019elle m\u2019envahit, qu\u2019elle impr\u00e8gne chaque parcelle de mon corps et de mon \u00e2me, jusqu\u2019\u00e0 me terrasser. C\u2019est l\u00e0 que la d\u00e9pression intervient, paralysante. Cette tristesse n\u2019est plus un catalyseur, c\u2019est un handicap, un poids. Tout semble trop lourd, trop dur, impossible \u00e0 surmonter. Ne subsistent que le n\u00e9ant et cette infinie tristesse, cet immense sentiment d\u2019impuissance que je ne suis pas capable d\u2019expliquer. Il n\u2019y a plus rien d\u2019autre que la tristesse. Comme cette derni\u00e8re ann\u00e9e que j\u2019ai pass\u00e9e en apn\u00e9e. Une hypersensibilit\u00e9 qui s\u2019est transform\u00e9e en d\u00e9pression suite \u00e0 l\u2019accumulation d\u2019\u00e9v\u00e9nements n\u00e9gatifs et d\u00e9stabilisants, de situations trop difficiles \u00e0 g\u00e9rer, de d\u00e9ceptions, de pertes et la prise de conscience de l\u2019existence de cette relation paradoxale en moi. Aujourd\u2019hui, j\u2019essaie d\u2019apprivoiser \u00e0 nouveau cette tristesse, la remettre \u00e0 sa place et de m\u2019en servir pour poursuivre mon travail de cr\u00e9ation. Quand elle est maitris\u00e9e, c\u2019est une tr\u00e8s bonne alli\u00e9e. C\u2019est elle qui m\u2019inspire quand j\u2019\u00e9cris.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>Sorrow, they put me on the pills<\/em><\/p>\n<p><em>It\u2019s <\/em><a href=\"https:\/\/genius.com\/The-national-sorrow-lyrics#note-38274\"><em>It&rsquo;s in my honey, it&rsquo;s in my milk<\/em><\/a><\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p>Une fois submerg\u00e9e par les vagues de la d\u00e9pression, il m\u2019a \u00e9t\u00e9 impossible de m\u2019en sortir seule. Des b\u00e9quilles chimiques ont \u00e9t\u00e9 indispensables pour prendre le dessus sur la maladie et du recul, pour pouvoir, \u00e0 nouveau, cohabiter en paix avec mes \u00e9motions. Ce n\u2019\u00e9tait pas mon choix de les prendre. J\u2019ai d\u00fb cependant accepter que gr\u00e2ce aux m\u00e9dicaments, j\u2019\u00e9tais \u00e0 nouveau capable d\u2019accepter la tristesse comme un compagnon de route. Un genre de colocataire, d\u2019amant, d\u2019ami un peu sp\u00e9cial. Et finalement, d\u2019entrer avec elle dans un rapport similaire \u00e0 celui d\u2019une relation de couple, o\u00f9 l\u2019amour ou la passion c\u00e8dent parfois place \u00e0 la col\u00e8re et vice-versa, gr\u00e2ce \u00e0 laquelle je me construis et j\u2019apprends. Dans le fond, la tristesse a toujours \u00e9t\u00e9 l\u00e0. Comme si je flottais constamment sur une mer agit\u00e9e, il y a des hauts et des bas. Souvent, cette hypersensibilit\u00e9, cette perm\u00e9abilit\u00e9 aux \u00e9motions, me rend vuln\u00e9rable et m\u2019isole. Je suis ing\u00e9rable, je me mets dans des situations dangereuses et je d\u00e9truis tout. Comme l\u2019avant-veille du concert o\u00f9 j\u2019ai d\u00e9couvert The National, alors que je souhaite plus que tout \u00eatre comprise et accept\u00e9e avec elle, car je ne peux pas me s\u00e9parer d\u2019elle.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/genius.com\/The-national-sorrow-lyrics#note-38279\"><em>Don&rsquo;t leave my hyper heart alone on the water<\/em><\/a><em><br \/>\n<\/em><a href=\"https:\/\/genius.com\/The-national-sorrow-lyrics#note-1792866\"><em>Cover me in rag and bone sympathy<\/em><\/a><em><br \/>\n<\/em><a href=\"https:\/\/genius.com\/The-national-sorrow-lyrics#note-38280\"><em>Cause I don&rsquo;t wanna get over you<br \/>\nI don&rsquo;t wanna get over you<\/em><\/a><em><\/p>\n<p><\/em><\/p>\n<p>Cette \u00e9motion est l\u00e0, elle fait partie de moi et ne me quittera jamais. J\u2019ai mis plusieurs ann\u00e9es \u00e0 l\u2019accepter et aujourd\u2019hui j\u2019apprends \u00e0 vivre avec. Elle appartient \u00e0 mon pass\u00e9, \u00e0 mon pr\u00e9sent et \u00e0 mon avenir. J\u2019ai bas\u00e9 mon exp\u00e9rience sur tout ce que j\u2019ai v\u00e9cu en sa pr\u00e9sence et gr\u00e2ce \u00e0 elle. La tristesse, la m\u00e9lancolie m\u2019ont aussi permis de cr\u00e9er. Aujourd\u2019hui, je la vois comme une force et essaie de m\u2019appuyer sur elle pour avancer. Plus les ann\u00e9es passent, plus elle grandit et s\u2019intensifie. Les \u00e9v\u00e9nements tristes, difficiles ont cela de positifs pour moi qu\u2019ils font parfois na\u00eetre des \u00e9motions qui me poussent \u00e0 cr\u00e9er afin de les exprimer. J\u2019apprends \u00e0 les apprivoiser pour en faire mes alli\u00e9es, plut\u00f4t que de tenter de les combattre.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Merci \u00e0 The National et \u00e0 Matt Berninger pour ce morceau incroyable qui r\u00e9sume ces \u00e9motions complexes dans des vers et une musique magnifique, qui prend les tripes, qui m\u2019a perc\u00e9e \u00e0 jour\u00a0! Merci \u00e0 eux de m\u2019avoir permis \u00e0 travers ce morceau de mieux appr\u00e9hender et \u00e0 comprendre, \u00e0 affronter et \u00e0 accepter ces \u00e9motions\u00a0! Merci d\u2019avoir bris\u00e9 ma solitude face \u00e0 cette tristesse\u00a0! S<em>orrow<\/em> est le miroir de mon \u00e2me.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Olivia Gerig<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Au lieu de trois, nous ne sommes finalement plus que deux \u00e0 nous rendre \u00e0 ce festival de musique \u00e0 Arras au c\u0153ur d\u2019une magnifique citadelle de Vauban. 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