{"id":1507,"date":"2020-06-22T07:11:28","date_gmt":"2020-06-22T06:11:28","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cousumouche.com\/plusbellechanson\/?p=1507"},"modified":"2020-06-17T17:12:08","modified_gmt":"2020-06-17T16:12:08","slug":"suzanne-ou-linvitation-au-reve","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.cousumouche.com\/plusbellechanson\/?p=1507","title":{"rendered":"Suzanne, o\u00f9 l&rsquo;invitation au r\u00eave"},"content":{"rendered":"<p>Il y a surtout des chansons fran\u00e7aises sur ce site, et je le comprends (NB\u00a0: mais aussi du Cohen\u2026 et d\u00e9j\u00e0 Suzanne\u00a0! Je ne ferai pas dans l\u2019original, tant pis). Moi-m\u00eame, fran\u00e7ais et parlant moyennement l\u2019anglais, un beau texte en fran\u00e7ais me touche toujours plus. Sauf pour Leonard Cohen. Tout le monde le connait, mais personne ne le connait. C\u2019est un musicien pas trop mauvais \u00e0 ses d\u00e9buts, mais surtout un po\u00e8te g\u00e9nial. Et Hallelujah !, sans le sou et \u00e0 trente ans pass\u00e9s, il se d\u00e9cide \u00e0 sortir un album. C\u2019est une guitare, une voix qui ne demande qu\u2019\u00e0 se d\u00e9velopper (dans les graves surtout), quelques accords jou\u00e9s en arp\u00e8ge. Et c\u2019est beau. Ses mots\u00a0: trop beaux. Mon amour pour la guitare, la po\u00e9sie, la chanson, tout me vient de cet album. Et je n\u2019ai pas h\u00e9sit\u00e9 une seconde sur la chanson dont ce billet allait faire l\u2019\u00e9loge\u00a0: la premi\u00e8re chanson du premier album du plus grand po\u00e8te-chanteur de tous les temps. Suzanne, c\u2019est l\u2019invitation \u00e0 r\u00eaver, l\u2019invitation au voyage de l\u2019amour spirituel (et toujours un peu christique avec Leonard), un rythme ent\u00eatant, des ch\u0153urs enchanteurs (invariablement), un riff \u00e0 faire p\u00e2lir les Rolling Stones et AC\/DC\u2026 Tout pour faire une chanson pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e. Bien s\u00fbr, son ode \u00e0 Dieu, \u00e0 la vie et \u00e0 l\u2019orgasme ultra reconnue et partout reprise aurait fait mille fois l\u2019affaire. Mais dans l\u2019affaire, justement, il y a toujours un peu plus que l\u2019objectivit\u00e9. Leonard et sa Suzanne sont arriv\u00e9s dans ma vie peu apr\u00e8s une relation amoureuse magnifiquement difficile, joyeusement platonique, fameusement fondatrice \u2013 et ma premi\u00e8re, pour pimenter le tout. Je n\u2019ai jamais v\u00e9cu d\u2019amour aussi beau, et Suzanne en incarne les derniers souvenirs.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Avant tout, il y a le pr\u00e9nom. Co\u00efncidence certaine, la fille vers qui tous mes beaux mots sont adress\u00e9s se pr\u00e9nomme en sept lettres, majuscul\u00e9es de ce m\u00eame gracieux S. La ressemblance est troublante\u00a0; l\u2019histoire aussi. Suzanne, c\u2019est l\u2019histoire d\u2019une discussion transcendante entre un brave homme et cette femme, chez elle, qui est \u00ab\u00a0\u00e0 moiti\u00e9 folle\u00a0\u00bb, mais qui \u00ab\u00a0laisse la rivi\u00e8re r\u00e9pondre que tu as toujours \u00e9t\u00e9 son amant\u00a0\u00bb. Le d\u00e9cor est pos\u00e9. Une maison pr\u00e8s de la rivi\u00e8re, cela fait terriblement \u00e9cho \u00e0 la rivi\u00e8re de Bruce Springsteen, \u00e9crite quelques ann\u00e9es plus tard (la chanson pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e de mon p\u00e8re\u00a0; les chiens et les chats\u2026). On y trouve du th\u00e9, des oranges. On y trouve J\u00e9sus, dans un couplet central qui m\u2019a toujours questionn\u00e9, faisant fourmiller mon imagination. Il y est question de \u00ab\u00a0p\u00eacheur\u00a0\u00bb (la proximit\u00e9 avec un nom \u00e0 connotation religieuse rend la traduction encore plus fameuse), de \u2018pierres\u2019 et de \u2018bois\u2019, de \u2018tour\u2019, \u2018d\u2019oc\u00e9an\u2019 et de \u2018ciel\u2019. Tout un vocabulaire mystique et d\u00e9licieux qui fait de l\u2019\u0153uvre d\u2019art un chef-d\u2019\u0153uvre, qui fait de mon attrait musical une obsession.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Il y a un dernier couplet\u00a0: on revoit Suzanne, sa maison, sa gr\u00e2ce, cet amour intense et spirituel, cette connexion orgasmique. Et Suzanne finie par \u00eatre plus grande que le grand amour lui-m\u00eame\u00a0: les h\u00e9ros, les enfants, tous regardent, et c\u2019est Suzanne qui porte le miroir. Ouha. Rien \u00e0 dire. Sur ce dont on ne peut parler, il faut garder le silence. Last but not least, il y a cette phrase qui me touchera encore et toujours\u00a0: \u00ab\u00a0tu lui feras confiance, car tu as touch\u00e9 son corps parfait de ton esprit\u00a0\u00bb. Ce m\u00e9lange savoureux entre sensible et intelligible sera vari\u00e9 et repris jusqu\u2019\u00e0 la derni\u00e8re phrase, dernier rebondissement de cette \u00e9pop\u00e9e po\u00e9tique, en renversant les r\u00f4les\u00a0: Suzanne t\u2019a touch\u00e9 de son esprit tout autant. Pour moi, ce \u2018tu\u2019 de Leonard n\u2019\u00e9tait adress\u00e9 \u00e0 moi et rien qu\u2019\u00e0 moi, cette Suzanne ne pouvait \u00eatre que cette S******. Alors m\u2019est venu tout naturellement une traduction-variation-arrangement du texte, de mes plus intenses \u00e9gards po\u00e9tiques\u00a0:<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>S****** t&#8217;emporte<br \/>\nSur les routes,<br \/>\nPr\u00e8s de la rivi\u00e8re, sur le port,<br \/>\nTu peux entendre les oiseaux vivre<br \/>\nSentir les vagues remuer<br \/>\nTu peux passer la journ\u00e9e pour toujours.<br \/>\nEt tu sais qu&rsquo;elle est \u00e0 moiti\u00e9 folle<br \/>\nMais c&rsquo;est pour \u00e7a que tu es l\u00e0<br \/>\nEt elle te nourris de songes et d&rsquo;histoires<br \/>\nQui viennent tout droit de son c\u0153ur.<br \/>\nEt seulement quand tu veux lui dire<br \/>\nTout l&rsquo;amour que tu veux lui offrir<br \/>\nElle t&#8217;emporte sur sa voix p\u00e9ninsulaire<br \/>\nBlonde, refaire le monde encore une fois<br \/>\nEt elle laisse le clapotis de l&rsquo;eau remplir ta voix.<\/p>\n<p>Et tu veux t&rsquo;en aller, juste avec elle<br \/>\nEt tu veux voyager aveugl\u00e9ment<br \/>\nEt tu sais qu&rsquo;elle te fera confiance<br \/>\nPour toucher son corps parfait<br \/>\nDe ton esprit<\/p>\n<p>Et J\u00e9sus \u00e9tait un p\u00e9cheur<br \/>\nPour n&rsquo;avoir pas pu nous pr\u00e9server<br \/>\nTu passas longtemps<br \/>\nDans ta grande tour d&rsquo;ivoire<br \/>\nEt elle perdit longtemps<br \/>\nDans son ch\u00e2teau de chrome brut<br \/>\nCassant et dur, fragile et peureux.<br \/>\nMais J\u00e9sus avait dit que nous serions p\u00e9cheurs<br \/>\nEt elle p\u00eacha promptement tes entrailles<br \/>\nFatigu\u00e9e de croire en un Dieu juste<br \/>\nQui d\u00e9truit chacun de ses espoirs&#8230;<br \/>\nMais elle aussi \u00e9tait d\u00e9chir\u00e9e<br \/>\nDepuis bien avant que le ciel ne s&rsquo;ouvre.<br \/>\nPerdu, \u00e0 moiti\u00e9 humain, tu t&rsquo;enfonces<br \/>\nDans le lac de sagesse, aupr\u00e8s d&rsquo;elle.<\/p>\n<p>Et tu veux t&rsquo;en aller, juste avec lui<br \/>\nEt tu veux voyager aveugl\u00e9ment<br \/>\nEt tu penses pouvoir lui faire confiance<br \/>\nCar il caressa ton corps parfait<br \/>\nDe son esprit<\/p>\n<p>Maintenant S****** se prend de tes mains<br \/>\nEt elle t&#8217;emm\u00e8ne pr\u00e8s de la rivi\u00e8re<br \/>\nHabill\u00e9e de fleurs et de mots en tout genre<br \/>\nEt de musc et de l\u00e8vres \u00e0 ton go\u00fbt<br \/>\nEt le Soleil s&rsquo;\u00e9coule comme du miel<br \/>\nGouttant de ses cheveux divins<br \/>\nEt le ciel nage si bien dans ses yeux rieurs<br \/>\nQue la Lune en devient envieuse.<br \/>\nEt elle te montre o\u00f9 regarder<br \/>\nEntre les fleurs qui ondulent<br \/>\nEt la mer flavescente<br \/>\nIl y a des h\u00e9ros cach\u00e9s parmi les algues<br \/>\nIl y a des enfants pr\u00e8s de l&rsquo;aube aux doigts roses<br \/>\nQui se penchent sur l&rsquo;amour, emprisonn\u00e9s pour toujours<br \/>\nEt S****** en disperse les reflets.<\/p>\n<p>Et tu veux t&rsquo;en aller, juste avec elle<br \/>\nEt tu veux voyager aveugl\u00e9ment<br \/>\nEt tu sais que tu peux lui faire confiance<br \/>\nElle a touch\u00e9 ton corps parfait<br \/>\nGr\u00e2ce \u00e0 son esprit<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Maigre pierre \u00e0 la gigantesque tour bois\u00e9e de Monsieur Leonard. Mais maintenant, Suzanne, d\u00e8s que je ferme les yeux, je m\u2019en vais r\u00eaver avec toi.<\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" title=\"Leonard Cohen - Suzanne (Audio)\" width=\"604\" height=\"340\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/svitEEpI07E?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share\" referrerpolicy=\"strict-origin-when-cross-origin\" allowfullscreen><\/iframe><\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" title=\"Leonard Cohen - Suzanne (Live in London)\" width=\"604\" height=\"453\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/RF3SJerPG7g?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share\" referrerpolicy=\"strict-origin-when-cross-origin\" allowfullscreen><\/iframe><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il y a surtout des chansons fran\u00e7aises sur ce site, et je le comprends (NB\u00a0: mais aussi du Cohen\u2026 et d\u00e9j\u00e0 Suzanne\u00a0! Je ne ferai pas dans l\u2019original, tant pis). Moi-m\u00eame, fran\u00e7ais et parlant moyennement l\u2019anglais, un beau texte en fran\u00e7ais me touche toujours plus. Sauf pour Leonard Cohen. Tout le monde le connait, mais &hellip; <a href=\"http:\/\/www.cousumouche.com\/plusbellechanson\/?p=1507\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">Suzanne, o\u00f9 l&rsquo;invitation au r\u00eave<\/span> <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":467,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-1507","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-non-classe"],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.cousumouche.com\/plusbellechanson\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1507","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.cousumouche.com\/plusbellechanson\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.cousumouche.com\/plusbellechanson\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.cousumouche.com\/plusbellechanson\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/467"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.cousumouche.com\/plusbellechanson\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1507"}],"version-history":[{"count":2,"href":"http:\/\/www.cousumouche.com\/plusbellechanson\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1507\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1509,"href":"http:\/\/www.cousumouche.com\/plusbellechanson\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1507\/revisions\/1509"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.cousumouche.com\/plusbellechanson\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1507"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.cousumouche.com\/plusbellechanson\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1507"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.cousumouche.com\/plusbellechanson\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1507"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}