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Le manifeste d’une femme du XXIème siècle
 

Je revendique le droit de ne pas mesurer 1,80 mètres.

Je revendique le droit de ne pas même mesurer 1,70 mètres.

Je revendique le droit aux cheveux ternes.

Je revendique le droit aux ongles rongés.

Je revendique le droit à la cellulite et aux jambes courtes.

Je revendique le droit aux graisses saturées, au sucre raffiné,
au pain blanc, au cassoulet en conserve.

Je revendique le droit de ne pas être en bonne santé, le droit de fumer,
de picoler, de prendre l’ascenseur même pour un étage.

Je revendique le droit de ne pas faire de sport.

Je revendique le droit aux fautes d’orthographe,
le droit de ne pas mettre de « s » au pluriel
et le droit de ne pas savoir accorder les participes passés.

Je revendique le droit à la fesse molle, aux seins tombants,
aux doigts boudinés et aux pieds qui gonflent.

Je revendique le droit de mettre du parmesan sur mon couscous.

Du beurre sous mon Nutella.

De la moutarde sur mon fromage.

Du tabasco dans mon café.

Je revendique le droit de préférer être seule que bien accompagnée.

Je revendique le droit de regarder la télé.

Et d’aimer ça.

Le droit d’aimer Rimbaud autant qu’Agatha Christie.

Je revendique le droit de ne pas faire de choix.

Je revendique le droit de penser qu’un vieux c’est un jeune qui a mal vieilli.

Que les saintes sont chiantes.

Et que les cravates sont des prolongements phalliques.

Je revendique le droit de ne pas faire d’étude.

Et d’être intelligente quand même.

Le droit de porter des chaussettes trouées.

Des jupes trop longues.

Des col roulé trop décolletés.

Je revendique le droit de mentir.

Et d’aimer ça.

Je revendique le droit de ne rien comprendre à la politique.

Et le droit d’avoir des opinions.

Celui d’être en retard.

Et celui de me retourner sur les hommes dans la rue.

Le droit de râler.

Le droit à la mauvaise foi.

À la flemme.

Aux vilains genoux.

Le droit de penser tout bas ce que je ne dirai jamais tout haut.

Le droit de chuchoter.

Le droit d’être intimidée par les femmes.

Le droit d’être trop à l’aise avec les hommes.

Je revendique le droit au silence.

Je revendique le droit à l’imaginaire.

Au superflu.

À l’inutile.

Je revendique le droit à l’utopie.

À la révolte.

Je revendique le droit d’aimer consommer.

Je revendique le droit d’aimer les gens différents.

Et les lieux communs.

Je revendique le droit à la médiocrité.

À la luxure.

À l’irrationnel.

Le droit d’être moins que ce que je pourrais être.

Et mieux que ce que je ne serai jamais.

Le droit à l’insolence.

Le droit de ne pas vous aimer.

Et de me détester.

Je revendique le droit aux grandes phrases.

Et le droit aux petites idées.

Le droit à l’ineptie.

Le droit à l’inertie.

Le droit à la poésie.

Je revendique le droit de regarder le monde à l’envers.

De le trouver beau à Anvers.

Et laid à l’endroit.

Je revendique le droit de changer d’humeur si mes humeurs changent.

Je revendique le droit d’être contre.

Le droit d’être une mauvaise perdante.

Et le droit d’être fabuleuse quand je gagne.

Le droit d’être belle au saut du lit.

Le droit d’être la seule à le penser.

Je revendique le droit de me morfondre.

Le droit de te faire fondre.

Je revendique le droit d’être autre.

À tous moment.

Et sans raison.

Le droit au secret.

À l’indicible.

Au mystère.

À l’absurde.

Je revendique le droit de ne pas croire en Dieu.

Dieu revendique le droit de croire en moi.

Je revendique le droit à l’inachevé.

Au ponctuel.

Au furtif.

À l’incisif.

Je revendique le droit d’avoir des lutins dans mon jardin.

Et le droit de ne pas avoir de jardin.

Je revendique mon droit à la contradiction.

 
 
Paule Mangeat
Genève, le 2 novembre 2004
 
 
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