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| Newton |
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Newton, étudiant zélé d’une grande université britannique, n’en demeurait pas moins un vilain chapardeur de pommes. Ses parents ne pouvant lui octroyer qu’une somme modique pour ses études et son entretien personnel, tout festin autre que du pain sec largement arrosé d’eau claire lui était interdit. Bien sûr, il dévorait du regard les succulentes pommes qui mûrissaient dans le verger où il tenait son étude, mais scientifiquement, il demeurait sur sa faim. Ce fait n’a rien d’étonnant en soi.
Or la vivacité du génie de Newton l’amena rapidement à concilier l’action et la méditation. Un jour, n’y tenant plus, il grimpa furtivement dans l’un des pommiers et s’installa confortablement sur une maîtresse branche pour y croquer quelques fruits. Hélas, un faux mouvement lui fit perdre l’équilibre et il apprit à ses dépens les effets de la loi de la pesanteur. C’était pas mal de bruit pour quelques misérables fruits. Son angoisse fut terrible lorsque apparut la maréchaussée. Celle-ci allait coffrer le maraudeur quand il eut une idée de génie. Il s’écria : – Formidable ! Je viens de découvrir la loi de la chute des corps ! Son pauvre séant était bien là qui le lui rappelait. Pour étayer ses dires, il montra aux gens d’armes une pomme parmi tant d’autres, que sa chute avait fait tomber. L’histoire s’empara du fait, la physique aussi. Mais il eût été indécent de présenter l’un des plus grands noms de la science dans sa position réelle. Une omission volontaire autant que pudique offrit à la postérité l’image d’un sage jeune homme admirant une pomme vermeille tombant avec grâce sur le sol. Nous sommes loin du galopin se frottant les reins et demeurant assis pour cacher l’accroc de son pantalon.
– Et la précocité de sir Isaac dans tout cela ? – Le génie de Newton ne fut pas de découvrir la loi de la pesanteur, mais une excuse inédite à la maréchaussée. |
(Illustrations de Gilles Chemin) |
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