|
Le dernier souffle.
Un pas.
Ainsi on avance encore.
Après.
Deux pas.
Le sol ne s’effondre pas.
Après.
Trois pas.
Son visage, elle ne s’en souvient plus.
Le dernier souffle l’a effacé.
Si léger pourtant.
Quatre pas.
Plus rien n’existe.
Seule la distance résiste.
Cinq pas.
Certains comptent les secondes. Les minutes. Les heures.
Puis les jours. Les mois. Les années.
Elle, elle compte les pas.
Six pas.
Les pas qui la séparent de lui.
Sept pas.
Les pas qui l’éloignent de lui.
Elle n’ira pas à l’église.
Elle n’ira pas se recueillir.
Elle n’ira plus jamais nulle part.
Huit pas.
Elle marchera encore.
Neuf pas.
Ses pieds n’effaceront jamais.
Elle le sait.
Dix pas.
Déjà.
Son fils est mort il y a dix pas déjà.
Elle ne sent plus sa présence.
Onze pas.
Elle ne voit plus son enfance.
Douze pas.
Combien de mètres font douze pas dans une vie sans son fils ?
Bien plus ou bien moins qu’avant ?
Le dernier souffle.
Douze pas depuis le dernier souffle.
Son corps ordonne.
Treize pas.
Elle marchera alors.
Et elle comptera les pas.
À quel pas viendront les larmes ?
Au quatorzième ?
Quatorze pas.
Au quinzième ?
Quinze pas.
Elle avance.
Et rien ne coule.
Et rien ne change.
Seize pas.
Le sol est sec.
Dix-sept pas.
L’air aussi.
Dix-huit pas.
Le dernier souffle.
Elle s’en souvient.
Dix-neuf pas.
C’était il y a dix-neuf pas.
Vingt pas.
Son voyage était il y a vingt pas.
Elle sait la distance.
Depuis vingt pas elle en connaît la valeur.
Dans sa bouche elle en a le goût.
Le goût de vingt pas.
C’est un goût long.
Et court.
C’est un goût en morse : long – court – long.
Depuis vingt pas sa vie s’écrit à l’imparfait.
Vingt et un pas.
Et rien ne change.
|