menu
 
Correspondance
 

Ils étaient deux. Tout seul. Autour, ils auraient pu être mille. Ça n’aurait rien changé. Car autour d’eux, tout compte fait, rien n’existe.

Ils ne se connaissaient pas.
Ou si peu.
Une intuition tout au plus.

Ils s’étaient croisés dans la rue, dans un ascenseur, dans un autre pays, dans une autre vie, sur une autre terre, ou ailleurs. Ils ne s’étaient pas reconnus.

Elle avançait, marchant sur des cailloux, un rocher dans sa chaussure.
Il cuisinait, des épices à la soupe, des épices au gâteau, des épices au ragoût.

Ils aimaient tous les deux les mots qui commencent par une consonne.

Quand elle se réveillait, il essuyait des cuillers.
Quand il dormait, elle faisait la liste des choses qu’elle ne ferait jamais.

Ils sont sur une plage.
La sienne est de sable.
La sienne est de galets.

Elle n’était pas tellement belle.
Il n’était pas tellement vieux.

Entre eux, il y a une distance.
Aléatoire.
Tout dépend de la forme que prend le monde.

Elle a des mots dans la tête.
Il a des casseroles dans les mains.

Elle aime écrire au singulier.
Il conjugue ses verbes au présent.

Depuis qu’il y a de l’eau dans les océans, ils s’écrivent.

Des histoires rouges et d’amour.
Des histoires rouges et de voyage.

Ils glissent leurs feuillets dans des bouteilles.
Et plouf.

Et la distance.
Et la magie.

Elle reçoit ses messages dans son assiette.
Elle ne les mange pas avant de les avoir lus.
Il reçoit ses messages dans sa poche.
Il ne les lit pas avant de les avoir cuisinés.

Parfois elle s’impatiente.
Souvent il s’ennuie.

Leurs émotions sont douces.
Rien de trop latin.

Ils s’imaginent un peu.
Ils se renoncent beaucoup.

C’est une histoire simple.
Ils étaient deux.

 
 
Paule Mangeat
Genève, 1er février 2006
 
 
menu