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| Éloge de la curiosité |
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Je me demande encore aujourd’hui comment j’ai atterri sur cette chaise. Pourtant cette journée n’avait pas trop mal commencé. Comme à mon habitude, j’étais descendu au café du coin. Je ne débute jamais mes journées avant l’heure de l’apéro pour certains, l’heure du repas pour d’autres. Pour moi, c’est l’heure du café, journal et cigarette. Mais aujourd’hui, l’actualité n’arrivait pas à me passionner, le café n’avait aucun goût et la cigarette m’écœurait. La pensée qui m’avait tenu une bonne partie de la nuit, revint dans ma tête comme le sommeil m’avait surpris, subitement. Et pourquoi pas, finalement ? On nous a toujours dit qu’il ne fallait pas… Et puis merde ! Cette frontière, ce grand mur, je n’étais plus sûr de rien et cette pensée étais toujours là, en moi, depuis peut-être trop longtemps. Pourquoi particulièrement aujourd’hui ? Je ne sais pas. Si, je sais ; c’est l’inconnu, le mystère, rien d’autre. Je suis né et j’ai toujours vécu en ces lieux de privilèges où rien ne manque. Les gens se croisent, se côtoient sans se voir, sans se connaître. Ici, tout est aseptisé, rien ne dépasse. Tout dans cette ville est exactement comme les gens qui l’habitent : vide. Nourriture, argent, sexe, tout est à profusion. La connerie aussi. Ce qui m’agace, c’est le manque de curiosité de mes congénères. Les gens non curieux sont d’une connerie et d’un ennui ! Ils sont sûrs de tout savoir, ne posent jamais de questions, ne s’intéressent à rien et à personne et campent sur leurs préjugés. Ils ne bougent jamais de chez eux, ou de si peu. Toujours le même endroit pour les vacances, à la même date, même caleçon de bain, même couille à l’air, la gauche. Les pires, après les non curieux, ce sont les satisfaits. Satisfaits de se qu’ils sont de ce qu’ils dégagent, de leur savoir, de leur situation, de leur petite personne. Satisfaits de leur piété le dimanche à l’église et de leur pouvoir le samedi aux putes. Partagés entre le goût divin du vin de messe et celui du goût amer de l’excitation d’un champagne bon marché. Rien ne pourrait les sortir de leur satisfaction ou, si oui, la mort. Les satisfaits sont d’une bêtise à faire peur. Il y a aussi la naïveté de certains qui peut faire peur, comme ces pseudo-altermondialistes qui s’indignent de notre société de consommation, manifestent sans en connaître la cause avec, dans la poche, un téléphone portable qu’ils changeront dans un an. Pseudo-squatteurs qui ne veulent rien de la société. ou si peu, un logement gratuit et un peu d’argent, de l’aide sociale et beaucoup de compassion. Des cons, quoi ! Moi, je ne suis pas comme eux. Je suis curieux, vraiment curieux. D’ailleurs c’est la curiosité qui m’a poussé. Oui, la curiosité. Pour prouver à tous ces crétins qu’ils ont tout faux et moi raison ? Sûrement. L’ennui, c’est que je ne pourrai rien leur dire, rien leur rapporter, rien leur prouver. Le seul témoin, ce sera la poutre de mon grenier. |
Genève, octobre 2006 |
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