![]() |
![]() |
| menu |
| Blaise |
|
Mon dieu s’appelle Blaise. Il est grand, il est beau, il est tout. Il a les bras qui touchent le ciel et les pieds bien sur terre. Il inspire la confiance, l’amour et mes confidences. On me dit qu’on ne peut pas être amoureux de son dieu ; on peut seulement avoir de la gratitude. Mais moi, je suis amoureuse de lui. Je rêve de lui jour et nuit. Je prie pour qu’il puisse rester auprès de moi pour toujours, pour l’éternité. Il est brave. Il est fort. Les saisons ne parviennent pas à l’abîmer. Plus il prend de l’âge, plus il devient solide. Sa peau âpre et rude défie le soleil, la pluie et les intempéries. La peau fine de ma paume le frôle souvent avec délicatesse. Blaise sait mieux que personne apaiser ma solitude. Il est différent des autres dieux. Il est vivant, il est palpable, il est accessible. Je lui parle. Il m’écoute. Je lui confie mes sentiments, mes détresses, mes péchés, mes bonheurs. Il s’incline pour me montrer sa tendresse. Je le serre dans mes bras avec toute mon affection. Je lui écris des poèmes. Des poèmes que lui seul peut apprécier, peut comprendre. Il est muet. Entre nous, il n’y a qu’un monologue. Tant mieux. Moi, j’aime lui parler. Lui, il aime m’écouter. Deux printemps que je suis à ses côtés. Deux printemps que j’admire ses métamorphoses. Devant lui, j’enlève mes protections. Devant lui, je me suis mise à nu. À chaque visite, je lui amène quelques bouts de papier sur lesquels j’écris mes vœux. Je les lui lis à voix basse, puis les déchire. Je sais qu’il sait tout, qu’il absorbe tout. Tu aimerais savoir ce que je lui demande ? Pas grand-chose ! Je lui demande de m’aimer comme tu ne m’as jamais aimée, de m’écouter comme tu ne m’as jamais écoutée. Pas grand-chose, n’est-ce pas ? Quand je parle avec toi, tu ne fais qu’attendre ton tour. Tu avais dit un jour : pourquoi a-t-on tant besoin de parler à quelqu’un, même quand on sait qu’il ne nous écoute guère ? Pourquoi ne pas simplement parler à un arbre ? Moi, j’ai rencontré Mon arbre que j’ai baptisé dieu. J’ai gravé « BLAISE » sur son tronc. Il trône fièrement dans un vieux parc. L’herbe au-dessous des ses branches est toujours humide et ses feuilles embrassent la végétation verdoyante. Je viens m’asseoir à son pied, après mes journées ordinaires. Il reçoit mon salut, ma confession. Je lui parle de toi. Tout doucement, il parvient à me guérir de toi.
|
Genève, octobre 2006 |
| menu |
![]() |