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| La Chaise (Variation autour de Francis Ponge) |
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La chaise, du haut de ses quatre pieds, nous envoie une image austère de fierté. Elle reste chaque jour posément ancrée sur le sol et offre le spectacle d’un impassible personnage aux allures revêches. D’où un contraste flagrant avec son ennemi juré : la feuille de papier. La chaise mène une guerre sans merci contre cet exemple de légèreté qui, à travers les âges à su faire vivre les écrits de par le monde. Adversaires, elles le sont ; mais elles proviennent pourtant d’une même source, celle des forêts où chênes, sapins se retrouvent en famille. Mais le plus beau n’en reste pas moins le bouleau avec son écorce parsemée de gouttes d’encre… Pourtant l’une des deux se recroqueville sur elle-même, se craquèle, jaunie et son encre se ternit. Alors elle tombe en poussière pour finir oubliée ou simplement remplacée. Tandis que l’autre surmonte les intempéries du temps, sert toujours avec dévouement et stabilité l’arrière-train de son maître, lui permettant de puiser son inspiration dans une posture où il pourra avec aisance noircir le papier. Et là, la colère de la chaise trouve son apogée devant l’injustice à laquelle elle est soumise. En effet, l’utilisateur prête plus d’attention à la blancheur immaculée d’une feuille de papier qu’au bois vermoulu siège. Mais malgré ce manque d’attention, la chaise n’en reste pas moins impassible et orgueilleuse, jamais elle ne ploie ne serait-ce que par amour propre. Elle reste fidèle et droite. Quels autres objets apportent de si loyaux services à un postérieur ? Vous nous répondrez sans hésitation le fauteuil, voire le tabouret. Mais là encore, la chaise les surpasse. Chacun verra dans le fauteuil un aspect chaleureux, reposant et confortable. Ne serait-ce pas là un signe de paresse? La promesse d’un engourdissement des sens et de l’esprit dans une béatitude proche du sommeil ? Mais ne sombrons pas dans les méandres du rêve et passons directement au tabouret. Allons du sentiment d’allégresse que nous procure le fauteuil à la sensation d’inconfort sans dossier ni accoudoir. La chaise est le juste milieu. Confortable mais non assoupissante, rigide mais non sévère, la chaise est un alliage parfait pour épouser les courbes de notre corps. Nous pensions terminer ce dossier en quatre pieds quand subitement une idée se sculpte petit à petit dans notre esprit et se répand telle la goutte d’encre sur le papier buvard. Transcendons le regard humain pour aborder notre sujet sous un autre angle ; renversons la situation. Un bâtiment sans murs ni fenêtre, siège sur d’immenses colonnes circulaires et avec pour seuls motifs des mystérieuses mosaïques colorées peuplant la voûte céleste. Et justement alors que j’écris, une fourmi passe sous ce qu’elle croit être le Parthénon. Boum ! La chaise tombe… Chute du sujet… |
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