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| Grand-père |
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Installée à la fenêtre du rez-de-chaussée, je regardais la neige tomber sur les arbres dépouillés par l'hiver. Il faisait très froid depuis une semaine et la santé de Grand-père s'était détériorée. Il dormait là, derrière moi, sur un lit aussi vieux que lui. Même les fleurs sur la petite chaise de bois n'arrivaient pas à égayer la pièce. Je m'approchai tranquillement du pot pour retirer une marguerite, brunie par le temps et l'effort de vivre. Tout comme les hommes, les fleurs ne sont belles que lorsqu'elles vivent. J'avais appris la maladie de Grand-père quelques jours auparavant. « Il va mourir sans ton pardon, Hélène, m'avait dit ma mère. Après neuf années de silence tu pourrais faire un effort, non ? » Je m'étais contentée de sourire avant de disparaître dans ma chambre. Je pris la main de Grand-père qui commençait à s'agiter. Il sourcilla au contact de ma main froide. S'il avait pu atteindre mon cœur, il aurait touché ma glace. Grand-père méritait de mourir, la vie l'avait épargné trop longtemps. Mon silence et ma rancune n'avaient pas réussi à l'achever. J'attendais sa fin avec impatience car je savais que je ne pourrais aimer qu'une fois son cœur éteint. Grand-père ouvrit faiblement les yeux pour regarder en souriant la petite-fille avec qui, jadis, il était possible de jouer. Cette même petite-fille qu'il avait, un jour, beaucoup trop aimée. Ma main se crispa sur celle de Grand-père. Ses yeux se voilèrent alors de tristesse et de colère. Il essaya de parler, mais je l'empêchai : « Taisez-vous ! Je ne vous pardonnerai pas. Jamais ! » Il avait tout tenté pour que je lui pardonne et, à deux pas de la mort, il se butait encore à ma rancune. Je voulais qu'il souffre autrement, durement, jusqu'à ce que son cœur meurtri tire sa révérence sans l'ombre d'un applaudissement. Je voulais qu'il souffre autant que moi. Alors que Grand-père pleurait difficilement, je retournai m'installer à la fenêtre. Son cri du cœur ne m'avait pas atteinte. Une heure a passé avant que je daigne me retourner. La chambre était redevenue silencieuse. Je regardai Grand-père expirer son dernier souffle et mon cœur se remit à battre. |
Québec, août 2007 |
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