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| Coup de vieux |
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Il suffit parfois d'un détail pour vous clouer le bec, si ce n'est vous foutre un sacré coup de blues ! Par exemple tenez, l'autre jour, je papotais avec une vieille tante, quasi neuf décennies, plutôt bon pied, œil de lynx – pas de lunettes pour lire – qui me racontait combien il était difficile de dégotter des produits de maquillage que sa peau fragilisée par les années en goguette tolère sans rougeurs et autres plaques qui gratouillent. Je trouvais ça plutôt vivifiant, ma tantine passionnée par le polar anglais, se préoccupant de sa gueule et de son look chaque fois qu'elle affronte le regard extérieur. Une séductrice, à n'en pas douter. Elle me planta là, me souhaitant « bonne continuation, passe à l'occasion, pas d'urgence, j'ai le temps », ajouta-t-elle en filant cahin-caha, son petit sac mauve sous le bras. Je me demandai un instant si elle ironisait, mais non, elle avait vraiment tout le temps. Il y en a ainsi qui flirtent allégrement avec l'idée du siècle sur les épaules, expériences en bandoulière. La journée avait mal débuté, une sale migraine me taraudait la tête, cette rencontre me ragaillardit, je me persuadais sans trop y croire qu'il me restait peut-être encore quelques longues décennies à égrener entre mes chats, mes livres, les voyages et quelques fameux gueuletons. Néanmoins, une aspirine s'imposait, j'avais vraiment trop mal. Hélas, j'étais loin de mon bled, et donc de ma pharmacie préférée, pas de contre-douleurs dans mon sac, ce qui est exceptionnel, et l'heure galopait vers la fermeture des magasins. L'infidélité à ma conseillère médicamenteuse se précisait. La première pharma clignotant à l'horizon m'attira donc comme le miel et l'ours. Je passai commande, la gentille dame tout sourire me posa une question idiote à laquelle je répondis poliment et je reçus en échange d'un billet de dix balles une boîte verte et blanche et un verre d'eau. J'étais dans le coltard, pas assez cependant pour passer sous silence les deux francs manquant à la monnaie de retour. J'en fis la remarque, elle se confondit en excuses, bafouilla, rouvrit sa caisse et me fila le pognon qui ne suffirait pas à payer une demi-bière. Elle voulut se faire pardonner et, sournoise – je ne vis pas passer le puck – me tendit en guise de cadeau un échantillon de la nouvelle crème machin et blabla, excellente pour l'épiderme, je songeai un instant à ma tante, empochai en remerciant et m'en allai, le plot toujours aux prises avec les tenailles de la migraine. Arrivant à la maison, après avoir nourri la féline qui me jetait un regard accusateur, je me fourrai au lit, le temps que l'aspirine finisse de tisser sa toile autour du point le plus douloureux qui résistait encore. Me relevant, je rangeai les courses telle la bonne ménagère suisse qui sommeille en moi, et passai une soirée laborieuse, le nez sur mon ordi qui ne comprend toujours pas que j'attends de lui qu'il écrive mes papiers en cas d'urgence comme ce soir. Minuit sonnant au clocher du village, je me glissai avec ivresse sous la douche, tandis que la chatte entamait un Camel Trophée à travers l'apparte. Puis, je m'essuyai, me lavai les dents, me démaquillai et… idée : attrapai le mini tube de la crème machin afin de m'en barbouiller la tronche – la gentille dame avait souligné que c'était un baume de nuit. C'est alors que je déchiffrai la vérité, là sur le minuscule tube qui trônait à la salle de bains : « pour peau très mature », affirmait l'échantillon. Tout était dans le TRES. La garce : elle s'était vengée pour le larcin éventé, voire la simple maladresse… ou alors, terrible doute : ma gueule paraît-elle donc si usagée ? Une question à… deux balles… |
mai 2008 |
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