Aslan Maskhadov,
énième symbole d’une impossible cause
 

Aslan Maskhadov n’a pas su gouverner la Tchétchénie. Trop mou, trop conciliant, il n’avait pu imposer sa loi aux chefs de guerres qui faisaient du rapt et de la terreur le terreau de leur sale fortune. Mais terroriste, islamiste, assassin ? Non !

Il faut rappeler bien haut qu’à l’heure de la surenchère, des camps de filtrages russes et des grands raids terroristes des chefs de guerre tchétchènes, Maskhadov a toujours laissé une porte ouverte à Moscou. Le massacre de Beslan n’est pas de son fait. Certes, il défendit Grosny comme il défendit sa cause : les armes à la main. Mais le confondre avec les fêlés de la mitraillette qui préparent de méchants lendemains à la Russie, et aux civils de préférence, est une offense à ce qu’il fut.

Nul à Moscou ne voulut entendre sa voix lorsqu’il condamna les actions terroristes. Duplicité du chef de guerre caché dans ses montagnes ? Basse hypocrisie d’un terroriste qui voulait se laver les mains à peu de prix comme le laissaient entendre les Russes... L’explication est un peu courte. La guérilla désespérée que menait Maskhadov dans les montagnes le contraignait à combattre aux côtés d’hommes moins mesurés, ses adversaires politiques, qu’il eut peut-être le tort, hier, avant la seconde guerre, de trop ménager. Mais qui pourrait lui reprocher de ne pouvoir imposer sa ligne à tous dans une Tchétchénie exsangue, victime d’une guerre sanglante et d’une occupation d’une violence rare ? La communauté internationale s’empressera au berceau de l’État palestinien, y aura-t-il un officiel aux funérailles du rêve tchétchène ? Nul à la place de Maskhadov n’aurait pu naviguer sans erreur !

Alors, à qui comparer Maskhadov ? On peut raisonnablement le situer quelque part entre Massoud et Arafat, plus proche sans doute de Massoud, un peu de charisme en moins. Maskhadov fut un combattant opiniâtre, énième héritier d’une cause vieille de plus d’un siècle et demi. À qui profite sa mort ? À la propagande du Kremlin, guère à la Russie, et encore moins à la Tchétchénie, qui se retrouve avec pour représentant le plus légitime, un Chamil Bassaïev, qui, lui, ne proposera pas de trêve et transportera le combat partout où il le pourra, sans se soucier de la casse.

Poutine en sourit presque. Le fait du prince a encore quelques beaux jours devant lui. Il est facile, au fond, de traîner un tyran déchu à La Haye, il est facile de clouer des Serbes ou des Rwandais au pilori pour l’exemple. Mais l’opprobre de la communauté internationale s’arrête à la porte du Conseil de Sécurité. Qui pour arrêter les massacres en Tchétchénie, qui pour juger les responsables ? Personne. Et les Tchétchènes de rejoindre les Kurdes au rang des martyrs dont la cause fait trop peu vendre pour émouvoir le monde... Maskhadov, dans ce sale conflit, était le seul homme encore capable de décréter une trêve, le seul à croire peut-être que l’avenir de la Tchétchénie passerait un jour par la table des négociations. Rien que pour cela, il mérite le respect. Maskhadov mort, se dresseront plus fiers encore le tsar impassible et les chefs de clan sans peur. Les ralliements et les vérités se trouveront dans les extrêmes et les temps prochains s’écriront dans le sang.

Le peuple épuisé de Tchétchénie pleure encore une fois et les enfants de Beslan n’en sont pas vengés.

 
 
Michaël Perruchoud
Genève, 9 mars 2005
 
 
 
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