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| Cœur à Berlin |
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Des étudiants bariolés, punkisés, des vieillards longilignes perdus derrière leur lunettes qui avancent à lentes et longues enjambées, des mères à vélos et des enfants sur leur porte-bagages, un parfum de repos même au cœur de la ville. Nous sommes à Berlin, en Allemagne, et j’en ai foutre marre des images noires télévisées, teintées par la guerre et la fureur. Je ne supporte plus cette vision brutale et gutturale qui insulte un pays. Même la langue allemande est précautions ; les mots y prennent place avec soin, la phrase attend patiemment de dévoiler tout son sens… Je me rappelle ce vieillard juif à qui l’on demandait pourquoi il n’avait pas quitté le pays dans les années 30, quand il était encore temps, et qui répondait : « Parce que je ne voulais pas y croire ; pas en Allemagne, pas dans le pays de Goethe et de Schiller... Ce n’était pas possible. » Si. C’était possible. Même en Allemagne. Crime contre l’humanité, cela signifie par essence que chacun en ce monde peut se sentir victime, que chacun doit porter la douleur, le poids de l’holocauste. Et cela veut dire aussi que le crime n’appartient plus à personne et qu’il ne peut en aucun cas faire l’objet d’un argumentaire politicien. Cela nous dit enfin que les criminels ont, eux aussi, œuvré contre l’humanité, qu’ils soient nés là ou ailleurs, et qu’ils n’appartiennent plus à une nation en particulier. Car le moustachu sinistre n’est pas et ne doit pas être le symbole d’une quelconque Allemagne. Il est la part la plus sombre de nous tous. Hitler est une tache sur l’histoire ; il aurait pu naître n’importe où, bétonné au traité de Versailles, triste dérive de l’orgueil des vainqueurs, ciselé dans un sentiment national qui fut le germe des plus grandes tragédies du vingtième siècle, un sentiment national avec lequel nous devrions nous torcher d’urgence au lieu de nous obstiner à l’exhiber en hymnes et en drapeaux ; Alors gardons Goethe quand nous pensons à l’Allemagne ; Goethe et quelques enfants, quelques mères, traversant tranquillement leur ville à vélo. |
Berlin, 20 mai 2005 |
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