Nous sommes tous
des nageuses est-allemandes
 

Je n’aime pas Lance Armstrong. Je n’aime pas son histoire à l’américaine qui pue le « rien n’est impossible à celui qui le veut », je n’aime pas son mépris de la légende du sport qui l’a fait roi et son agaçante manie de n’être présent qu’en juillet, à l’air du sacro-saint Tour de France qui cannibalise son sport de sa trop grande importance médiatique. Je suis intimement persuadé depuis longtemps que sa Seigneurie est dopée jusqu’à la moelle. Et son règne, prévisible et faisandé, a fini par tiédir quelque peu mon enthousiasme pour un sport qui me fascine depuis l’enfance.

Je n’aime pas Lance Armstrong, mais il n’est que je sache ni un truand ni un assassin. On le traite pire pourtant. Confidentialité des données, présomption d’innocence, mon cul ! Un procès équitable pour un sportif ? Et puis quoi encore. Parlez-en à Marco Pantani, qui n’avait jamais été contrôlé positif en course, et dont on a fait, grâce à un dossier médical datant de son accident à Milan-Turin, le chantre du dopage et de la tricherie.

Ainsi donc, un laboratoire nous sort, six ans après, des éprouvettes contenant l’urine diabolique de Lance Armstrong. Bravo ! La contre-expertise est impossible. Prouver que les échantillons sont bien ceux « fournis » par Armstrong et que, durant tout ce temps, aucune confusion, erreur d’éprouvette ou encore esprit malin n’est intervenu, me semble un peu illusoire.

Mais Dieu vit au laboratoire, ces temps-ci, vous aviez remarqué ? La vérité absolue sort bien évidemment d’une éprouvette et les humains qui la manipulent sont forcément irréprochables...

Armstrong ne pourra jamais se défendre et, quoi qu’il ait fait, les articles le mettant en cause laisseront des traces. Certains s’en réjouiront, je ne le peux. Parce que la méthode utilisée est vraiment trop dégueulasse.

Comment voudriez-vous qu’un sportif qui sert de chair à canon aux médias en mal de sensation, d’images de marques à des entreprises parmi les plus fortunées de la planète puisse conserver un poil d’indépendance et de libre arbitre ?

Je crois que, dans ce genre d’affaires, j’aurai toujours plus d’empathie pour celui qui pédale que pour celui qui cherche à le faire tomber de sa selle avec, au front, la bonne conscience de ceux qui mènent une propre croisade. La propre croisade porte un petit nom : un scoop. Elle a aussi un moteur, le même moteur que le dopage : le pognon !

 
 
Michaël Perruchoud
Genève, 30 août 2005
 
 
 
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