Sans rire
 

On peut rire de tout mais pas avec n’importe qui , disait Desproges. Vrai, encore et toujours. À chacun ses faiblesses, ses susceptibilités, ses sujets tabous. On peut être fier de la liberté d’expression et comprendre que notre droit à l’humour choque ou soit parfaitement incompris de l’autre côté de la planète.

Est-il légitime de passer le monde musulman à la moulinette de l’humour occidental ? Oui, si l’on accepte le fait que nos sociétés sont désormais mélangées. L’Islam est la deuxième religion de nos contrées, elle est donc devenue, de fait, une part de la culture occidentale. La religion musulmane est désormais constitutive de nos nations. C’est une réalité qui impose de bannir toute discrimination frappant les croyants en Allah et Mahomet, mais qui permet aussi au franc tireur de l’humour de poser un regard incisif sur l’Islam, tout comme il le pose sur la religion catholique !

Il est des journaux à grands qui ciblent des publics différents et plus ou moins avertis. Chacun a le droit d’être ou de ne pas être client. On peut changer de chaîne quand passent les Guignols, comme on peut ne pas acheter Charlie Hebdo. Ce sont les règles de la consommation de l’information. La liberté de la presse et de parole sont ancrée dans nos vies et, bon gré mal gré, toute minorité écornée doit faire avec.

Voilà pour l’Occident. Mais la diffusion par Internet du moindre dessin fait exploser la logique géographique. L’image traverse le monde en trois clics, et beaucoup peuvent à bon droit se sentir agressés par ce bombardement dit humoristique qui fait feu sur leurs valeurs.

Alors nous voilà face à dilemme de la pire espèce. Car il est vain de vouloir renoncer à un souffle salutaire dans nos sociétés où le rire est une thérapie ; mais il est tout aussi vain de vouloir expliquer que nos petits amusements, le plaisir d’un calembour ou d’une caricature, nous permettent de nous essuyer les pieds sur les valeurs les plus sacrées des autres.

Ajoutons qu’il nous est impossible de comprendre, nous les tenants d’une société de l’image, nous dont l’histoire se nourrit des représentations de l’histoire de Jésus, ce que peuvent ressentir, des hommes et des femmes qui vivent dans une tradition où Dieu et son prophète ne se représentent pas. Essayer de rationaliser la réaction à ces caricatures n’est d’aucune utilité ! Peut-être faut-il quelques chocs de ce genre pour apprendre les uns des autres et pacifier le débat ? Je ne sais pas. Par contre, je sais qu’il n’est pas acceptable de laisser la protestation s’étendre à l’ensemble des représentants d’une nation. Un pays n’est pas responsable dans son ensemble de la libre expression de ses ressortissants. La France devrait-elle s’excuser pour Le Pen ? Et l’Arabie saoudite pour Ben Laden ? On n’en sortirait plus.

Cessons de lapider tout et n’importe qui au nom d’appartenances nationales ou religieuses ! Le monde musulman nous dit assez fort qu’il n’a pas et ne veut pas être confondu avec une minorité qui tue sans discernement, pour que ce message soit compris. Les généralisations sont nos pires ennemies. Et elles sont de plus en plus dangereuses !

 
 
Michaël Perruchoud
Genève, 6 février 2006
 
 
 
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Les opinions présentées dans ce texte n’engagent que leur auteur et ne reflète
en aucun cas une quelconque position de Cousu Mouche, association
de personnes diverses et variées, aux idées tout aussi diverses et variées.

 
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