![]() |
| L’esprit sportif |
|
Le foot… vous savez, ballon rond, beaux machos dégoulinants, coups de sifflets… c’est le panem et circenses des temps modernes. Autrefois, au peuple, histoire de lui changer les idées, on lui offrait dans les arènes des lions et des pauvres bougres, parfois des cathos, à déchiqueter et dévorer. Du vrai spectacle, vivant, saignant, à point. Aujourd’hui, on lui balance dans les stades vingt-deux gulus qui courent après une petite balle et tout le monde est content. Et ça siffle, ça hurle, ça tape des pieds des mains, ça s’arrache les cheveux de bonheur, ça chiale un coup, ça pique une crise de rage… parfois même ça lynche son voisin… ça en vient aux poings. Dans le meilleur des cas, les tribunes s’effondrent, les hooligans cognent et tuent… Youpi ! La fête fut belle ! Comme on n’arrête pas le progrès, le prochain Mondial — du 9 juin au 9 juillet — a été pensé et planifié « pour séduire et permettre aux supporters de se sentir comme chez eux », sic Franz Beckenbauer, président du Comité organisateur… entendez : laissez mamie à ses casseroles, une putain dévouée vous ouvre son sexe entre les matches et même pendant si les équipes vous branchent pas trop. Eh oui, c’est ça le foot aujourd’hui : 32 pays sur les pelouses de 12 villes, des millions de visiteurs et… 40 000 prostituées forcées de bosser pendant la fiesta. Une affaire en or pour les macs. C’est bien sûr sans compter les professionnelles qui rappliquent pour leur compte. Interpellés par des assoces de défense de la femme, des capitaines d’équipes de foot allemandes n’ont même pas daigné répondre. D’ailleurs, l’avocat du nouveau mégabordel de Berlin, érigé à deux pas du principal stade de la Coupe du Monde — 3000 m2 sur quatre niveaux pour 650 clients à la fois —le dit tout net : « Le football et le sexe vont de pair ». Alors, qu’est-ce qu’on vient chochotter sur l’exploitation de dizaines de milliers de filles jetées à l’abattage du cul dans un pays démocratique dirigé par une rombière nommée Angela, où de toute façon la prostitution a été reconnue officiellement comme « travail indépendant ou salarié avec contrat de travail » ? Un boulot qui remplit les caisses de l’État, celles des souteneurs, des passeurs, jamais celles des victimes le plus souvent enlevées en Afrique, en Asie et dans les ex-pays de l’Est, transportées comme du bétail avant d’être vendues dans des marchés juteux, manière traite des Noirs en des temps éloignés qu’on estime barbares. Merveilleuse époque. À la délicieuse clientèle qui s’en ira brailler sur les stades et tirer son coup dans les « petites cabines de prestation » mises à disposition, on offre parking, capotes, douche, sauna, piscine, bouffe, cinéma porno… Le tout pour 70 euros plus 60 euros la demi-heure de consommation d’une esclave. C’est propre en ordre et l’anonymat est garanti. Qui eût songé que le plus vieux métier du monde ajouterait le sport à ses lettres de noblesse ? |
Lausanne, avril 2006 |
![]() |
| menu | ||
Les opinions présentées dans ce texte n’engagent que leur auteur et ne reflète |
||
| Vous souhaitez réagir sur ce texte ? | ||
| Commentaires : | ||