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| Panem et circenses ! |
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Eh bin on y est, soirées devant le petit écran – de plus en plus grand d’ailleurs, c’est un ravissement pour les mirettes – silence dans les rangs. Hormis, autorisé et même souhaité, le retour au langage rudimentaire, décriptable par tous, pratique quand on n’est pas polyglotte : les borborygmes qui ponctuent les humeurs du ballon rond sur gazon ligné. Lequel ballon baguenaude de pied en pied, jusqu’à refuser ou accepter de rentrer dans la cage du gardien… C’est alors que fusent les ouaiaiaiais, ahhhhh, nonnnnnnn, mêêêêêêrde, et gooooool… Les primates sont furieux ou heureux, certains y laissent leur cœur… donc leur vie. Si, si… c’était un sujet du journal télévisé. Alors, si la télé l’a dit… J’avoue que le chamboulement de la paisible Helvétie au moment des grandes rencontres footballistiques me laissent aussi perplexe qu’un entomologiste découvrant dans son jardin une bataille entre insectes inconnus de son répertoire. Et puis, elle n’est pas la seule, la Suisse, à s’aplatir devant 22 quidams galopant après une petite balle. J’ai vu, lors de précédentes éditions du Mondial, des mégapoles vidées de leur substance, toute circulation suspendue le temps des matches, les populations scotchées aux écrans. Sidérant. Mais je tire mon chapeau aux génies qui sont parvenus à formater l’esprit de la planète : La Coupe du Monde arrive, tous à votre télé si vous n’avez pas eu l’ineffable bonheur de vous déplacer dans les stades, fourmi laborieuse autorisée à s’amuser sous la garde de dizaines de milliers de flics… Elle est pas belle la vie ? Et ça marche, c’est une bonne recette, Panem et circenses , les Romains avaient tout compris ! D’un seul homme, d’une énergie unique dirigée vers un but, si je puis me permettre ce terme sacré en cette époque bénie pour les dieux du stade, on prie afin que ce foutu ballon rentre dans les filets de l’adversaire. Très fort, la manipulation : parvenir à coller le museau de milliards d’individus, toutes cultures, niveau socioculturel et religions confondus devant un rectangle lumineux, en flattant l’âme patriotique de chaque entité, vraiment fortiche. Et, comme un bonheur n’arrive jamais seul… le business y a semé ses graines à millions. Alors, durant des semaines – avant pendant après –, les royalties tombent dru : le foot à toutes les sauces. Ça va des sapes à la bouffe – mille-feuilles et savoureux gâteaux surmontés d’un ballon en massepain – en passant par la vaisselle, les parures de lit, le papier d’emballage, les bougies, les albums où les mômes collent les images des idoles, le savon aux couleurs des équipes participantes, les stylos et autre matériel de bureau, les auto-collants à saloper les murs, les bagnoles, les sacs d’école, les fenêtres, les frigos, les portes, les meubles, les ordinateurs, les photocopieuses et j’en passe. Ceci n’étant pas une liste à la Prévert, elle pourrait s’allonger. Passons. Et, comme le microcosme est un reflet bonzaï du macrocosme, du côté individuel, j’assiste à des scènes pittoresques. Côté dialogues : “alors, France-Suisse ?”, demande madame rentrant de sa leçon de yoga. “Egalité”, répond le doux demi en se renfonçant dans son fauteuil… à “C’est bientôt fini ? ça refroidit ”… Pas de réponse en provenance du salon. Les ados y trouvent leur compte, qui en profitent pour rentrer à des heures impossibles, leur père n’entendant plus rien que “Corner, remise en jeu, faute de machin, il a raison l’arbitre, passe au fond, faute ! faute ! et goooooool !”. Dans le meilleur des cas, on a profité de la fête pour louer ou acheter une deuxième téloche pour mamie et les enfants. La paix dans les ménages n’a pas de prix. Côté vie quotidienne, le frigo ne désemplit pas, on ne grignote plus que chips, viande séchée, sandwich vite fait, pâté à la rigueur, accompagné d’une bouteille vidée au gré des émotions… et des buts. Le téléphone sonne aux abonnés absents, rappelez dans un mois. Même au boulot, il y a une télé qui traîne dans un coin. C’est pas autorisé, mais pas complètement banni, le patron est tellement accro… Dehors, à la pleine lune qui décroît lentement, tandis que les klaxons s’égosillent pour un résultat qui vient de tomber, les chats vaquent à leurs occupations, indifférents à la Coupe du Monde… J’ai dû être chatte dans une vie précédente ! |
18 juin 2006 |
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