Inévitable ?
 

Alors qu’enfin les armes semblent se taire, on assiste à un vent de justification de l’intervention israélienne qui sent mauvais la désinformation et la rhétorique faisandée. De BHL à Elie Barnavi, les plumes qui se veulent raisonnées nous expliquent que la guerre était inévitable. Inévitable ? Inévitables, les ponts coupés, les stations services bombardées, les infrastructures laminées ? Inévitable un assaut qui ne touchera pas le Hezbollah au cœur, à peine à l’arsenal, puisque, chacun en convient, les ressources du mouvement viennent de Damas ou plus sûrement de Téhéran ?

Pourquoi un assaut maintenant ? Le Hezbollah est-il plus dangereux aujourd’hui qu’il y a dix ans ? L’argument massue en faveur du oui vient des imprécations peu glorieuses de Mahmoud Ahmadinejad, pantin vociférant que l’ostracisme envers le modéré Khatami a grandement contribué à mettre en place. L’occident a perdu ses chances d’améliorer ses contacts avec l’Iran à force de ne pas voir ce qui s’y passait. L’automne 2001 aurait pu donner lieu à un grand tournant diplomatique avec le monde chiite ; elle n’a été que le prélude d’un pathétique bourbier où les relations internationales n’ont pas fini de s’ébattre.

Après Saddam Hussein, après Ben Laden, l’aveuglement de la politique américaine au Moyen-Orient vient de façonner un nouveau monstre. Et, une fois encore, le Liban ramasse nos errances diplomatiques dans les dents !

Quelle malhonnêteté intellectuelle d’oublier le mois de mars 2005, quand après plus d’une décennie de tutelle syrienne, Beyrouth proclamait haut et fort une indépendance réelle vis-à-vis de Damas ! Quelle honte d’oublier les âpres discussions sur la présence de l’armée au Liban-Sud et le désarmement du Hezbollah qui, certes loin d’être gagnées, démontraient l’existence d’une envie forte de Liban uni !

Ce que le Liban tentait de faire politiquement, démocratiquement, Israël est venu le lui arracher par la guerre, sans mesurer les risques d’une seconde guerre civile, sans songer l’immense claque, l’incroyable mépris adressé aux Libanais

Le Liban a été longtemps réduit à un rôle de pantin de Damas ou de Téhéran, rôle contre lequel il se bat depuis des années. Et aujourd’hui, c’est à une nation renaissante qu’on a dénié le droit de faire ses preuves. C’est au premier gouvernement représentatif d’une volonté nationale, avec ses élans et ses contradictions inhérentes à la démocratie, que l’on a claqué le museau, sans sommation, avec un orgueil démesuré.

Car, oui, il convient de le répéter sans fin ; la question des armes du Hezbollah avait des chances réelles de se régler dans les mois à venir par des moyens politiques. Le méconnaître, c’est contester au Liban son statut d’État souverain et c’est une insulte de plus à l’infinie patience des Libanais.

La défiance et le perpétuel choix des armes ne sont pas une solution à long terme et le doigt sur la gâchette, Israël ne cesse d’assombrir son avenir. Un Liban affaibli, et un Hezbollah renforcé, voilà le gain de cette sale guerre parfaitement évitable. Et ce pauvre Kofi Annan doit s’arracher les cheveux en voyant les dîners de cons qu’il convoque jour après jour dans un Conseil de Sécurité où les considérations humaines ne sont pas légions !

 
 
Michaël Perruchoud
Genève, 14 août 2006
 
 
 
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