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Ainsi donc le Tribunal fédéral tend le briquet aux Genevois qui se gelaient les arpions sur les trottoirs en leur indiquant la porte d’entrée. Fumer est à nouveau permis dans les lieux publics. À l’écoute de cette (pourtant prévisible) nouvelle, on pourrait disserter à loisir sur la criarde incompétence de nos élus, orateurs besogneux, agités congénitaux, avides de lumière plus que de connaissance, mais qui se laissent dicter le rythme de notre vie publique par un tartuffe poujadiste gominé qui n’a pourtant rien d’un visionnaire et qui brandissent la victoire contre la clope comme un dernier étendard. On pourrait également s’effrayer de ce besoin d’appliquer des règles dans l’urgence, de surréagir à toute poussée de fièvre populaire et rappeler à nos chers amis parlementaires qu’une lecture de Tocqueville, et particulièrement des pages décrivant la tyrannie de la majorité, aurait pu les éclairer à peu de frais sur la conduite à tenir.
Mais à quoi bon ? La bonne conscience hygiéniste reprendra bien vite ses droits et d’ici quelques mois l’obstacle judiciaire aura été contourné grâce à une loi en bonne et due forme, rendant ainsi justice au 80% de votants persuadés, en glissant leur oui dans l’urne, de vivre l’un des grands moments de leur carrière citoyenne.
Alors, songeons plutôt à observer ce qui se passera dans les estaminets genevois ces prochains mois. On peut parier que bien des patrons de restaurants et bistrots, pas trop mécontents de respirer un air meilleur, et convaincus par l’évolution pas si négative de leurs recettes, continueront à s’affirmer non-fumeurs. On peut se dire aussi que quelques troquets de quartier, dans lesquels la présence d’un clopophobe est un événement comparable à une visite papale, renonceront à demander à la TOTALITÉ de leur clientèle d’aller faire le trottoir à intervalles réguliers.
Ainsi, ceux qui souhaitent respirer à pleins poumons un air exempt de nicotine avant de reprendre leur 4 x 4 pourront jouir à plein droit de leur bonne santé, et les engoudronnés convaincus trouveront asile en quelques établissements où on ne les traitera plus en parias... N’est-ce pas là le règlement équilibré, respectueux de tous dont nous aurions pu rêver ? N’est-ce pas de cela qu’une démocratie adulte aurait dû accoucher ? Profitons donc de cette parenthèse enchantée où chacun trouvera une atmosphère agréable à son nez !
Et, en attendant l’inévitable réabolition de la cigarette, suggérons à nos aimés députés une mesure de santé publique urgente en ces temps de bourse basse : l’interdiction de l’usage massif d’antidépresseurs qui ne manquera pas de provoquer, ces prochaines années, des lésions cérébrales irréversibles dans les milieux financiers.
P.S. : Non-fumeur épidermique, j’avoue avoir rarement éprouvé une telle envie de m’en griller une parmi les paumés hilares de mon bistrot à poivrots quotidien.
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