Chassez le ministre, il lui reste l’ego
 

Loin de moi l’idée de jeter la pierre à ces braves Fernand Cuche et Christian Grobet (parfaitement respectables bien que fort différemment sympathiques), mais leur obstination à s’imaginer un avenir radieux alors que tous les signaux les concernant clignotaient en rouge vif m’a laissé quelque peu pantois. N’ont-ils pas appris les règles de base du système démocratique dont ils sont les ardents serviteurs? L’électeur qui détourne la tête quand on veut l’embrasser au premier tour d’une élection ne tendra plus la joue... ni au second tour ni jamais.

Celui que l’on a séduit et perdu ne vous reviendra plus. La plupart des dragueurs moyens s’en persuadent après quelques vestes bien senties entre dix-huit et vingt-cinq ans; même les plus ardents pensionnaires de fond de disco finissent par ranger leur costume clinquant de beau gosse lorsque la Migros data est trop manifestement atteinte... Il faut croire que l’homme politique transcende rarement son acné, que le fait de recevoir, un jour de gloire, l’onction du suffrage de ses concitoyens développe tant l’orgueil, que la perception du réel s’en trouve à jamais altérée. Car l’homme politique croit à sa force de conviction même quand la rue renâcle et que les soutiens s’évaporent. Cet aveuglement tout amoureux pose question. Nos représentants ou ex-représentants ou pseudo représentants, sont-ils si avides de séduction que les signes de rejet sont impropres à pénétrer leur lumineux cortex? Faut-il les traiter au Prozac, à la Ritaline, aux deux?

Messieurs, les urnes ont dit qu’elles ne veulent plus de vous, et il est rare qu’elles se contredisent. Car les oracles ne changent d’avis qu’une seule fois: à l’heure de la disgrâce. Miroir, mon bon miroir, dis-moi qui est le plus beau! Ce n’est plus vous, Cuche, Grobet et consorts, et ce ne sera plus jamais vous! Même si vous vous échinez à serrer des mains, servir le méchoui, mettre un nez de clown pour plaire aux enfants, apprendre le point de croix, tenter la chirurgie esthétique, le one man show érotique, l’achat d’un club sportif ou la poésie lyrique, ça ne marchera pas. Vous aurez beau jouer de votre influence pour représenter votre parti, en créer un autre, avancer masqués, jouer avec la précision d’un violoniste des subtilités du système, vous vous prendrez les pieds dans le tapis et vous vous vautrerez sans guère de grâce.

Bien sûr, il est triste de partir tête courbée un soir de pluie, en entonnant Le Mal aimé de Claude François, sous les quolibets de ses adversaires… surtout quand ceux-ci n’ont ni votre envergure ni votre force de conviction. Mais si la politique consiste, un peu quand même, à faire triompher des idées plutôt qu’à se construire une statue, il convient de les laisser vivre, ces idées, et de s’éclipser lorsqu’on devient, par obstination, par lassitude ou par malchance, le fossoyeur de son propre parcours.

Savoir se retirer avant la curée est quelquefois signe d’élégance.

 
 
Michaël Perruchoud
Genève, 29 avril 2009
 
 
 
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