{"id":485,"date":"2002-09-01T12:22:10","date_gmt":"2002-09-01T11:22:10","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cousumouche.com\/?p=485"},"modified":"2013-07-10T12:11:37","modified_gmt":"2013-07-10T11:11:37","slug":"la-place-ideale-de-broselide-volpurnet","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cousumouche.com\/?p=485","title":{"rendered":"La place id\u00e9ale de Broselide Volpurnet"},"content":{"rendered":"<p>L\u2019homme en costume gris, ce petit homme \u00e0 la moustache fine, \u00e0 l\u2019expression de veau mal assomm\u00e9 au sortir de la camionnette qui le m\u00e8ne \u00e0 l\u2019abattoir, allait et venait d\u2019un regard consternant entre le curriculum et le faci\u00e8s de Broselide Volpurnet, tout en faisant nerveusement rouler son alliance trop grande pour ses doigts boudin\u00e9s\u00a0:<\/p>\n<p>\u2013\u00a0Volpurnet\u00a0?\u00a0!\u00a0? Mais ce n\u2019est pas un nom, c\u2019est un sobriquet\u00a0!\u00a0!\u00a0! gloussa en s\u2019\u00e9touffant le responsable du personnel entre deux sanglots de rire. Comment voulez-vous que je vous engage comme commis de guichet\u00a0? Imaginez vous un seul instant les fortun\u00e9s clients de notre ancestral \u00e9tablissement de renomm\u00e9e quasi internationale levant les yeux sur votre badge dor\u00e9, finement ouvrag\u00e9 aux armoiries de notre banque, avec ce loufoque \u00ab\u00a0Broselide Pourpoulain-Mons-Volpurnet\u00a0\u00bb en dessous\u00a0? Je ne vous engagerais m\u00eame pas comme clown \u00e0 la soir\u00e9e des enfants du personnel\u00a0!<\/p>\n<p>Broselide Volpurnet sentait bien que toute sa bonne volont\u00e9 et le bel habit neuf emprunt\u00e9 \u00e0 son cousin Josephas Alondret, croque-mort de son \u00e9tat, ne suffiraient pas \u00e0 convaincre ce rondouillard personnage de sa bonne foi et de ses capacit\u00e9s de gestionnaire. Certes, sa chevelure rousse indescriptiblement anarchique, sa dent manquante et ses lunettes en culs de bouteille n\u2019am\u00e9lioraient en rien sa prestance, mais on insultait ici le nom des Pourpoulain-Mons-Volpurnet, et s\u2019il n\u2019avait \u00e9t\u00e9 saoul comme une barrique il en aurait port\u00e9 ombrage.<\/p>\n<p>Broselide Volpurnet n\u2019avait fondamentalement besoin de rien\u00a0; la fortune colossale des Volpurnet amass\u00e9e au fil des g\u00e9n\u00e9rations gr\u00e2ce au commerce des fameuses pastilles laxatives \u00ab\u00a0Le Fleuve\u00a0\u00bb \u00e9tait en quelque sorte \u00e0 sa disposition, mais Elisabeth-Jos\u00e9phine Pourpoulain-Mons-Volpurnet n\u00e9e Bloubard, sa m\u00e8re adoptive, d\u00e9sirait voir son grand b\u00eata de Broselide se r\u00e9aliser dans le monde des affaires, devenir un homme et trouver une \u00e9pouse au lieu d\u2019errer dans les couloirs du ch\u00e2teau en robe de chambre\u00a0; l\u2019oisivet\u00e9 ne trouvait nulle part sa place sur les armoiries pourtant ridicules des Volpurnet\u00a0: un bouc \u00e0 trois pattes, louchant, travers\u00e9 d\u2019un balai, le tout gisant sans grand bonheur sur un fond bleu turquoise garni de morceaux de saucisse \u00e0 r\u00f4tir rappelant les origines allemandes de ses anc\u00eatres.<\/p>\n<p>Broselide, d\u00e9\u00e7u, s\u2019en retourna \u00e0 la terrasse du \u00ab\u00a0Bon g\u00e9sier de Cognac\u00a0\u00bb, son repaire, son fief. Ce charmant petit bistrot aux toiles vertes et rouges cern\u00e9es de fausses briques en plastique bleu avaient deux avantages pr\u00e9cieux\u00a0: il \u00e9tait l\u2019un des caf\u00e9s qui servaient le Bourgogne Passe-tout-grain du clos Arbossoire 1973, son pr\u00e9f\u00e9r\u00e9, et Mireille Pinchard, incroyable Mireille, l\u2019amour inavou\u00e9 et secret de sa vie, \u00e9tait la serveuse de ce lieu o\u00f9 il venait passer ses apr\u00e8s-midi quand le soleil daignait poindre le bout de son nez et qu\u2019il s\u2019\u00e9tait enfin d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 troquer sa robe de chambre pour l\u2019un de ses deux complets verd\u00e2tres \u00e9lim\u00e9s.<\/p>\n<p>Avant toute chose et pour \u00e9viter de se disperser dans d\u2019infructueuses directions, Broselide Volpurnet s\u2019enquit du menu. En effet, il lui semblait \u00e9vident que rien ne servait de courir les offres et les places vacantes le ventre vide. Broselide avait la certitude qu\u2019une fois la panse emplie des merveilles de la cuisine du \u00ab\u00a0Bon G\u00e9sier de Cognac\u00a0\u00bb, la chance lui sourirait. Il fallait positiver et oublier ce faquin matinal, cet abruti bancaire au cheveu gras et au sourire carnassier qui n\u2019avait su d\u00e9celer en lui les qualit\u00e9s inestimables de la lign\u00e9e des Pourpoulain-Mons-Volpurnet, m\u00eame si Broselide n\u2019\u00e9tait en fait que le fils d\u2019une des jeunes filles de maison que le comte Eustache avait d\u00fb reconna\u00eetre et adopter sous la menace d\u2019une r\u00e9v\u00e9lation \u00e0 la presse, ce qui aurait peut-\u00eatre nuit au commerce alors florissant des pastilles laxatives \u00ab\u00a0Le Fleuve\u00a0\u00bb, fleuron de la production des entreprises pharmaceutiques Pourpoulain-Mons-Volpurnet.<\/p>\n<p>Afin de mieux discerner et analyser toutes les subtilit\u00e9s de la carte des mets ,et pour c\u00e9l\u00e9brer comme il se doit l\u2019arriv\u00e9e de Roger La Mite et de son fr\u00e8re Beno\u00eet La Mite dit \u00ab\u00a0La Fraise\u00a0\u00bb, compagnons d\u2019absorption \u00e9thylique de Broselide, il fut convenu de commander un bon litre du pr\u00e9cieux Passe-tout-grain et de lui faire honneur sans tarder. De d\u00e9bat en d\u00e9bat, de vocif\u00e9rations en beuglements, d\u2019apologies en m\u00e9disances, en silences admiratifs au passage de la merveilleuse Mireille Pinchard, l\u2019heure tournait, et c\u2019est \u00e0 quelques minutes de la cl\u00f4ture de la cuisine qu\u2019ils se d\u00e9cid\u00e8rent pour un gigantesque plat de moules \u00e0 la proven\u00e7ale servies avec de petites pommes de terre, le tout accompagn\u00e9 d\u2019un blanc de pays tout \u00e0 fait honorable.<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019instar de Monsieur Piccard qui fit le tour du monde en ballon, nos comp\u00e8res refirent le monde autour d\u2019un ballon, voire m\u00eame de plusieurs ballons en fait. Les bouteilles se succ\u00e9d\u00e8rent sur la table \u00e0 la vitesse d\u2019un bon attelage et ce n\u2019est qu\u2019\u00e0 la tomb\u00e9e de la nuit qu\u2019ils se d\u00e9cid\u00e8rent maladroitement \u00e0 lever le camp apr\u00e8s avoir apport\u00e9 maintes solutions d\u2019une logique \u00e0 toute \u00e9preuve \u00e0 l\u2019ensemble des probl\u00e8mes terrestres, mais surtout au plus crucial de ceux-ci\u00a0: l\u2019\u00e9coulement du stock des invendus des vignobles de Bourgogne.<\/p>\n<p>Il fut d\u00e9cid\u00e9, au vu de l\u2019\u00e9tat d\u2019\u00e9puisement g\u00e9n\u00e9ral provoqu\u00e9 par la teneur des d\u00e9bats, de remettre au lendemain les recherches indispensables \u00e0 la r\u00e9alisation de la vie d\u2019adulte qui s\u2019offrait \u00e0 ce personnage sans \u00e2ge apparent\u00a0; Broselide Pourpoulain-Mons-Volpurnet.<\/p>\n<p>Volpurnet s\u2019\u00e9tait donc lev\u00e9, non pas de bon matin, certes, juste un peu plus t\u00f4t que d\u2019habitude, aux environs des quatorze heures. Un copieux petit d\u00e9jeuner accompagn\u00e9 d\u2019un grand bol de Sancerres l\u2019avait remis de ses \u00e9motions de la veille. Il \u00e9tait r\u00e9tabli dans sa splendeur et dans son importance, bref, il tenait presque debout.<\/p>\n<p>Il d\u00e9ambula jusqu\u2019\u00e0 la terrasse du \u00ab\u00a0Bon g\u00e9sier de Cognac\u00a0\u00bb afin d\u2019y trouver l\u2019inspiration et de pouvoir, confortablement attabl\u00e9, y consulter les journaux. L\u00e0, au milieu de ces multiples annonces se trouvait son destin, sa carri\u00e8re, la place de choix, sa mission. Tant de visions d\u2019avenir lui avaient amen\u00e9 une certaine \u00e9motion, directement suivie d\u2019une imperceptible s\u00e9cheresse du palais.<\/p>\n<p>Afin de ne pas couper court \u00e0 cet \u00e9lan, il d\u00e9cida donc de commander un petit litre de Passe-tout-grain, son \u00e9lixir favori, ce qui en toute logique allait lui conf\u00e9rer la possibilit\u00e9 de maintenir l\u2019\u00e9lan de bonne volont\u00e9 qui l\u2019emplissait d\u00e9j\u00e0 de bonheur en ce 17 juin, sur la terrasse de son \u00e9tablissement pr\u00e9f\u00e9r\u00e9, alors que Mireille se dirigeait vers lui, incroyable Mireille, son pr\u00e9cieux breuvage \u00e0 la main, et que les fr\u00e8res La Mite, pr\u00e9cieux cong\u00e9n\u00e8res, in\u00e9vitables philosophes des argumentations avin\u00e9es, tentaient vainement de s\u2019extraire des si\u00e8ges d\u00e9fonc\u00e9s de leur vieille Renault quatre-chevaux.<\/p>\n<p>L\u2019instant \u00e9tait magique. Toutes les conditions n\u00e9cessaires \u00e0 son bonheur \u00e9taient en train de se r\u00e9unir, comme une grande conjonction, l\u2019annonce d\u2019un instant d\u2019extatisme absolu. Non seulement Mireille se dirigeait vers lui, le sourire ajust\u00e9 aux l\u00e8vres, la diabolique ondulation riv\u00e9e \u00e0 ses hanches faisait bouger son corps de d\u00e9esse dans cette petite robe rouge \u00e0 gros pois blancs, mais elle tenait l\u2019\u00e9lixir dans sa main droite. En arri\u00e8re plan, le sourire \u00e9dent\u00e9 des fr\u00e8res La Mite se profilait de chaque cot\u00e9 de Mireille. Broselide faillit d\u00e9faillir\u00a0: C\u2019\u00e9tait presque une sainte c\u00e8ne, c\u2019\u00e9tait plus beau qu\u2019un repas de No\u00ebl chez tante Lucilie quand la dinde arrivait sur la belle nappe \u00e0 carreaux rouges et blancs entre les chandelles, plus \u00e9mouvant qu\u2019une biche \u00e0 l\u2019agonie dans un dessin anim\u00e9 am\u00e9ricain quand les violons se mettent \u00e0 g\u00e9mir en ch\u0153ur, plus important que la lecture des aventures de Onk le rebelle en quadrichromie sous les couvertures de son lit \u00e0 baldaquin.<\/p>\n<p>\u2013\u00a0Ben pourquoi vous pleurez m\u2019sieur Volpurnet\u00a0?<\/p>\n<p>Elle avait parl\u00e9, ajoutant soudainement l\u2019apparition d\u2019un ange que m\u00eame Dieu eut \u00e9pous\u00e9 \u00e0 ce tableau d\u00e9j\u00e0 parfait. Il vivait un moment intense\u00a0: les fr\u00e8res La Mite lui tenaient chacun une main en lui susurrant des gentillesses malgr\u00e9 leur haleine de cloportes \u00e9dent\u00e9s tuberculeux et Mireille lui essuyait les yeux d\u2019un geste d\u2019une douceur infinie avec le petit mouchoir qui lui servait \u00e0 r\u00e9ajuster son rouge \u00e0 l\u00e8vres. Il aurait voulu mourir maintenant ou figer le temps pour toujours, transformer cet instant en un tableau ou ils seraient r\u00e9unis tous les quatre pour l\u2019\u00e9ternit\u00e9, enfin tous les quatre\u2026 Surtout lui et Mireille en l\u2019occurrence, mais le moment n\u2019\u00e9tait pas \u00e0 ces basses consid\u00e9rations.<\/p>\n<p>Muet de plaisir et d\u2019\u00e9motion, il ne pouvait articuler la moindre syllabe et ce n\u2019est que quelques verres plus tard qu\u2019il r\u00e9ussit \u00e0 trouver la force de pr\u00e9senter ses salutations aux fr\u00e8res La Mite, entre deux hal\u00e8tements \u00e9gosill\u00e9s, et ses remerciements \u00e0 la serveuse Mireille Pinchard, son amour secret de toujours.<\/p>\n<p>Fort de cette r\u00e9v\u00e9lation soudaine, il fut d\u00e9cid\u00e9 qu\u2019en guise de c\u00e9r\u00e9monie un d\u00eener copieux devait \u00eatre englouti, nos trois comp\u00e8res firent le choix judicieux d\u2019un coq aux c\u00e8pes, le tout accompagn\u00e9 d\u2019un peu de Passe-tout-grain, bien entendu.<\/p>\n<p>Ils se d\u00e9lectaient des restes fumants de ce pr\u00e9cieux volatile lorsque Beno\u00eet La Mite, entre deux petits rots, lui demanda\u00a0:<\/p>\n<p>\u2013\u00a0Alors donc, de quoi que tu va t\u2019affairer tant\u00f4t pour que d\u2019\u00eatre que tu vas zanfois trouver un p\u2019t\u2019\u00eat\u2019 ben de boulot\u00a0?<\/p>\n<p>Broselide avait traduit les \u00e9ructations postillonnantes de son ami \u00ab\u00a0la Fraise\u00a0\u00bb et se rappela soudainement \u00e0 sa mission du jour.<\/p>\n<p>\u2013\u00a0Nom de nom\u00a0! voil\u00e0 ce que j\u2019oubliais\u00a0! s\u2019\u00e9cria-t-il.<\/p>\n<p>Ils s\u2019attel\u00e8rent donc \u00e0 la lourde t\u00e2che qui consiste \u00e0 \u00e9plucher les petites annonces d\u2019emploi. Une telle entreprise r\u00e9clamait une certaine coh\u00e9sion. Aussi, c\u2019est dans ce pur esprit de camaraderie qu\u2019ils r\u00e9clam\u00e8rent \u00e0 cor et \u00e0 cri une bouteille enti\u00e8re de liqueur de cerises pour accompagner le dessert qui pr\u00e9c\u00e9derait cette t\u00e2che administrative ardue.<\/p>\n<p>Une fr\u00e9n\u00e9sie toute relative tentait vainement de contrecarrer la torpeur induite par la liqueur, si bien qu\u2019\u00e0 la tomb\u00e9e du jour, apr\u00e8s avoir compar\u00e9, analys\u00e9, dissert\u00e9 et bu presque autant qu\u2019un r\u00e9giment de Polonais en goguette, un choix de quatre annonces maladroitement d\u00e9coup\u00e9es par l\u2019opinel de \u00ab\u00a0la Fraise\u00a0\u00bb tr\u00f4nait au milieu de la table parmi les restes de cette exp\u00e9dition immobile au c\u0153ur de la d\u00e9gustation, de la cave et du r\u00f4tissoir.<\/p>\n<p>Si la pr\u00e9f\u00e9rence de Broselide allait directement \u00e0 cette belle opportunit\u00e9 qu\u2019\u00e9tait ce fanfaronnesque \u00ab\u00a0Responsable de la gestion bancaire des fonds \u00e9trangers dans les \u00e9tablissements Montreuil, Coussin &amp; Goder\u00a0\u00bb, sis \u00e0 la place des Balanciers-dor\u00e9s, ses comp\u00e8res ne tard\u00e8rent pas \u00e0 lui faire remarquer que ses pr\u00e9c\u00e9dentes tentatives d\u2019embauches dans la branche s\u2019\u00e9taient sold\u00e9es soit par une cuite m\u00e9morable pour oublier la face \u00e9carlate de son interlocuteur hurlant de rire \u00e0 la simple vue de son costume, soit par un \u00e9chec simple d\u00fb \u00e0 l\u2019heure trop matinale que ces \u00e9nergum\u00e8nes de banquiers s\u2019obstinaient \u00e0 lui infliger en guise d\u2019entretien d\u2019embauche.<\/p>\n<p>Beno\u00eet lui aurait plut\u00f4t trouv\u00e9 un bel habit de \u00ab\u00a0Responsable de cave\u00a0\u00bb dans un chais r\u00e9put\u00e9 de la campagne, un boulot taill\u00e9 sur mesure pour ce fin connaisseur pr\u00e9tendait-il, sit\u00f4t contrari\u00e9 par son fr\u00e8re pr\u00e9tendant que \u00ab\u00a0go\u00fbter\u00a0\u00bb n\u2019est pas \u00ab\u00a0finir\u00a0\u00bb et que Broselide ne faisait gu\u00e8re la diff\u00e9rence entre ces deux expressions, poussant souvent la d\u00e9gustation jusqu\u2019\u00e0 l\u00e9cher le goulot d\u2019un cadavre de verre pour en extraire encore la toute derni\u00e8re goutte afin de s\u2019assurer de la bonne teneur du produit.<\/p>\n<p>Beno\u00eet La Mite r\u00e9torqua s\u00e8chement \u00e0 son fr\u00e8re Roger que la position de \u00ab\u00a0Responsable charismatique des ressources humaines au c\u0153ur d\u2019une multinationale implant\u00e9e dans 134 pays\u00a0\u00bb ne correspondait que de tr\u00e8s loin aux possibilit\u00e9s de Broselide Volpurnet, malgr\u00e9 toute la bonne volont\u00e9 que ce dernier noyait dans les d\u00e9lices douce\u00e2tres des ap\u00e9ritifs, pr\u00e9parant le moment tant attendu du souper sur la terrasse du \u00ab\u00a0Bon g\u00e9sier de Cognac\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>La s\u00e9lection ayant \u00e9t\u00e9 en partie balay\u00e9e, il ne restait plus sur la table qu\u2019une annonce. Alors que Beno\u00eet La Mite, dans un acc\u00e8s de col\u00e8re, faisait manger la sienne \u00e0 son fr\u00e8re Roger, Broselide Volpurnet contemplait la derni\u00e8re annonce en se grattant maladroitement le nez\u00a0; ce petit bout de papier repr\u00e9sentait sans doute tout ce que sa m\u00e8re attendait de lui\u00a0: gloire, carri\u00e8re, r\u00e9ussite\u2026<\/p>\n<p>Sa main tremblait en s\u2019approchant de ce petit bout de journal d\u00e9coup\u00e9, son esprit vacillait\u00a0: \u00e9tait-il vraiment fait pour cette vie tr\u00e9pidante\u00a0? tenir les r\u00eanes d\u2019une entreprise mondiale\u00a0? assumer la gestion du personnel d\u2019une grande manufacture\u00a0? pourrait-il vraiment s\u2019enfermer dans ce r\u00f4le de d\u00e9cideur\u00a0? de conducteur de projets\u00a0?<\/p>\n<p>Le doute se faisait pesant. Un autre verre de Passe-tout-grain remis un peu d\u2019ordre dans ses id\u00e9es. Il lui semblait important de ne pas se pr\u00e9cipiter, de ne pas br\u00fbler les \u00e9tapes et consid\u00e9rer calmement cette annonce maintenant grasse d\u2019un jet de sauce \u00e0 salade malencontreusement \u00e9chapp\u00e9e du plat.<\/p>\n<p>Son destin \u00e9tait en train de se couvrir d\u2019un bout de rondelle de tomate, de rendre son encre en compagnie d\u2019un filet de sauce \u00e0 l\u2019\u00e9chalote sur la nappe plastifi\u00e9e, c\u2019\u00e9tait peut-\u00eatre un signe\u00a0: la pr\u00e9cipitation nuirait sans doute \u00e0 l\u2019\u00e9closion de son talent. Il fut d\u00e9cid\u00e9 de remettre la cruciale d\u00e9cision au lendemain, la nuit porte conseil, mais comme il n\u2019\u00e9tait que dix-neuf heures une petite collation s\u2019imposait, surtout que le cousin des fr\u00e8res La Mite, Jean Tournon, dit Coin-coin venait d\u2019apporter un peu de sa science infuse \u00e0 cette tabl\u00e9e d\u2019experts en beuglant un \u00ab\u00a0salut les artistes\u00a0!\u00a0\u00bb polyphoniquement d\u00e9raillant \u00e0 l\u2019attention de ses compagnons de tonneau depuis l\u2019arbuste bordant la terrasse ou son Solex venait de s\u2019arr\u00eater brutalement.<\/p>\n<p>D\u00e9finitivement, si toutefois leur ami Coin-coin arrivait \u00e0 s\u2019extraire de son arbuste, la soir\u00e9e s\u2019annon\u00e7ait philosophiquement garnie, comme l\u2019est la t\u00eate de veau vinaigrette qui allait leur apporter un peu de baume \u00e0 l\u2019estomac\u00a0: bruyant engloutissement ponctu\u00e9 de quelques bourdonnements in\u00e9vitables qui pr\u00e9c\u00e9derait, une fois de plus, un d\u00e9bat essentiel sur le monde et ce qui l\u2019entoure.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u2013 Volpurnet ? ! ? Mais ce n\u2019est pas un nom, c\u2019est un sobriquet ! ! ! gloussa en s\u2019\u00e9touffant le responsable du personnel entre deux sanglots de rire. Comment voulez-vous que je vous engage comme commis de guichet ? Imaginez vous un seul instant les fortun\u00e9s clients de notre ancestral \u00e9tablissement de renomm\u00e9e quasi internationale levant les yeux sur votre badge dor\u00e9, finement ouvrag\u00e9 aux armoiries de notre banque, avec ce loufoque \u00ab Broselide Pourpoulain-Mons-Volpurnet \u00bb en dessous ? Je ne vous engagerais m\u00eame pas comme clown \u00e0 la soir\u00e9e des enfants du personnel !<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":20,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4],"tags":[],"class_list":["post-485","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-textes","column","fourcol","has-thumbnail"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.cousumouche.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/485","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.cousumouche.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.cousumouche.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cousumouche.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cousumouche.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=485"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.cousumouche.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/485\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":487,"href":"https:\/\/www.cousumouche.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/485\/revisions\/487"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cousumouche.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/20"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.cousumouche.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=485"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cousumouche.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=485"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cousumouche.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=485"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}