{"id":1312,"date":"2017-12-27T23:01:40","date_gmt":"2017-12-27T22:01:40","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cousumouche.com\/plusbellechanson\/?p=1312"},"modified":"2018-02-19T17:25:48","modified_gmt":"2018-02-19T16:25:48","slug":"helvetiquement-votre-michel-buhler","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cousumouche.com\/plusbellechanson\/?p=1312","title":{"rendered":"Helv\u00e9tiquement v\u00f4tre &#8211; Michel B\u00fchler"},"content":{"rendered":"<p>C\u2019\u00e9tait au lendemain d\u2019une r\u00e9volution manqu\u00e9e. Paris s\u2019\u00e9tait tu, j\u2019avais vingt ans, la tignasse en bataille et, d\u00e9j\u00e0, des copains sans particules. Le travail nous tendait les bras, il ne tenait qu\u2019\u00e0 nous d\u2019entrer de plain-pied dans ce que ceux qui nous avaient pr\u00e9c\u00e9d\u00e9s appelaient \u00abla vie\u00bb. Et qui \u00e9tait \u00ableur vie\u00bb. On \u00e9coutait la Radio romande, celle de Kohler et de Gardaz, en se disant que ce coin de pays \u00e0 jamais \u00e9pargn\u00e9 par les turbulences avait somme toute bien de la chance. Et nous avec.<\/p>\n<p>Et puis B\u00fchler a chant\u00e9. Il devait s\u2019agir d\u2019une chanson qui, \u00e0 l\u2019\u00e9poque, allait faire un bien joli tapage et dans laquelle il \u00e9tait question de nos r\u00eaves et de ces envies que l\u2019on sentait sourdre en nous :<\/p>\n<p><em>J\u2019ai vingt et un ans, c\u2019est donc le moment<br \/>\nDe participer \u00e0 la vie du temps<br \/>\nMais comment le faire lorsque l\u2019on n\u2019est pas<br \/>\nRiche ou bien c\u00e9l\u00e8bre, et que l\u2019on n\u2019a pas<br \/>\nLe poids des ann\u00e9es qui, dans mon pays,<br \/>\nAvec de la chance m\u2019aurait permis<br \/>\nDe me faire entendre ? Mais \u00e9coutez-moi, Car, comme vous&#8230; <\/em><\/p>\n<p><em>J\u2019aime nos montagnes, nos Alpes de neige&#8230; <\/em><\/p>\n<p><em>Oh je sais d\u00e9j\u00e0 ce qu\u2019on va me dire :<br \/>\nTais-toi, tu ne sais pas ce que c\u2019est que souffrir !<br \/>\nComment oses-tu parler ? Tu n\u2019as pas<br \/>\nComme nous gagn\u00e9 la guerre, tu n\u2019as pas<br \/>\nLa force des ans, tu n\u2019es pas lieutenant,<br \/>\nTu n\u2019es pas comptable ni m\u00eame r\u00e9v\u00e9rend !<br \/>\nTu es encore jeune, tais-toi, \u00e7a passera, Contente-toi&#8230; <\/em><\/p>\n<p><em>D\u2019aimer nos montagnes, nos Alpes de neige&#8230; <\/em><\/p>\n<p>Je n\u2019ai jamais gagn\u00e9 la moindre guerre, j\u2019aurais fait un pi\u00e8tre comptable, et si un jour je m\u2019adresse \u00e0 Dieu, ce sera \u00e0 lui et \u00e0 lui seul, pas \u00e0 ceux que Brel appelait \u00ab les larbins du ciel \u00bb, mais j\u2019ai conserv\u00e9, grav\u00e9es dans ma m\u00e9moire, ces quelques rimes. Et avec elles une bonne partie de celles que, depuis, le chantre de l\u2019Auberson a bien voulu nous livrer.<\/p>\n<p>O\u00f9 que je sois, quoi que je fasse, j\u2019emporte toujours avec moi un peu de B\u00fchler. Un refrain, quelques mots. Il m\u2019arrive souvent de croiser le regard de <em>La Vieille Dame<\/em>, celle \u00ab qui sait les mots qui consolent un peu \u00bb, celui d\u2019un \u00e9tranger aux mains \u00ab comme des outils \u00bb, ou encore de poser un coude sur le zinc du Kabyle. Toutes les villes du monde ont leur \u00abRue de la Roquette\u00bb, tous les \u00abP\u00e9quenots\u00bb du monde et de par chez nous se posent aujourd\u2019hui la question de savoir ce que sera leur demain. Et, quand il me prend de \u00abpartir pour boire\u00bb, c\u2019est aussi non par d\u00e9sespoir, mais pour esp\u00e9rer. C\u2019est cela, en somme, la force de B\u00fchler: nous rappeler sans concession aucune notre quotidien et entretenir ce feu qui br\u00fble en nous et qu\u2019il appelle l\u2019espoir.<\/p>\n<p>B\u00fchler partage avec Brassens, Renaud et quelques autres privil\u00e9gi\u00e9s l\u2019art de faire de gros mots des mots jolis. Il dit bite et con, salauds et \u2013 pire ! \u2013 militaires, politiciens, banquiers, et tout cela fait des phrases qui sonnent clair et qui vous dessinent des paysages ouverts, infinis, joyeux.<\/p>\n<p>Il fait aussi, B\u00fchler, des rimes o\u00f9<\/p>\n<p><em>L\u2019espoir c\u2019est l\u2019\u00e9vidence belle<br \/>\nQue l\u2019on est l\u00e0 mille et cent mille<br \/>\nSans peur aucune, debout, rebelles<br \/>\nEt que \u00e7a n\u2019est pas inutile <\/em><\/p>\n<p>Et encore<\/p>\n<p><em>L\u2019espoir c\u2019est plus fort que la mort<br \/>\nLa fleur qui perce le goudron<br \/>\nLe soleil qui s\u2019l\u00e8v\u2019ra encore<br \/>\nSur les f\u00fbts rouill\u00e9s des canons <\/em><br \/>\n<em>C\u2019est cette flamme qui vacille<br \/>\nCe feu que je tiens dans ma main <\/em><br \/>\n<em>Fragile et fort comme ma vie<br \/>\nC\u2019est tout ce qui me fait humain<br \/>\nL\u2019espoir <\/em><\/p>\n<p>Tout cela, pourtant, ne ferait pas une \u0153uvre s\u2019il n\u2019y avait l\u00e0 tant et tant d\u2019obstination \u00e0 convaincre. C\u2019est aussi simple que cela: B\u00fchler est un laboureur. Il conna\u00eet la terre et trace son sillon pareil \u00e0 \u00ab ces dos courb\u00e9s \u00bb dont on nous dit qu\u2019ils sont d\u2019un autre temps et qui, pourtant, savent tout des saisons, du bruit du vent dans les feuillus, des autres. B\u00fchler a choisi d\u2019\u00e9crire pour ceux qui, comme Otto, son p\u00e8re, savent encore sortir un violon, rire, boire et chanter. Et recommencer cent fois, mille, parce que c\u2019est leur vie. La vie.<br \/>\nC\u2019est beaucoup et c\u2019est largement suffisant pour que les textes et les chansons de B\u00fchler soient d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0 assur\u00e9s de lui survivre et de continuer de tenailler les bonnes consciences de ce pays trop beau, trop riche, trop&#8230; petit. Et, quand il s\u2019agira pour lui et quelques-uns d\u2019entre nous de s\u2019en aller voir l\u00e0-haut s\u2019il y a des bistros o\u00f9 boire le gros rouge avec Dimey ou le Ch\u00e2teau Figeac avec Desproges, il s\u2019agira aussi de savoir que, aussi vrai que les linceuls n\u2019ont pas de poches, les po\u00e8tes, eux, ont l\u2019\u00e9l\u00e9gance de laisser leurs \u00e9crits derri\u00e8re eux.<\/p>\n<p>Roger Jaunin<\/p>\n<p>* Extrait de la pr\u00e9face de <em>On fait des chansons<\/em>\/Bernard Campiche \u00e9diteur\/2008<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" title=\"Michel Buhler \/ Helv\u00e9tiquement v\u00f4tre\" width=\"604\" height=\"453\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/B8vFfltOrHw?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share\" referrerpolicy=\"strict-origin-when-cross-origin\" allowfullscreen><\/iframe><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C\u2019\u00e9tait au lendemain d\u2019une r\u00e9volution manqu\u00e9e. 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