{"id":1346,"date":"2018-02-06T05:02:53","date_gmt":"2018-02-06T04:02:53","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cousumouche.com\/plusbellechanson\/?p=1346"},"modified":"2018-04-25T15:54:38","modified_gmt":"2018-04-25T14:54:38","slug":"une-noix-charles-trenet","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cousumouche.com\/plusbellechanson\/?p=1346","title":{"rendered":"Une noix &#8211; Charles Trenet"},"content":{"rendered":"<p><em>Une noix<\/em><\/p>\n<p><em>Qu\u2019y a-t-il \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019une noix<\/em><\/p>\n<p><em>Qu\u2019est-ce qu\u2019on y voit<\/em><\/p>\n<p><em>Quand elle est ferm\u00e9e<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Woodstock, les cheveux m\u2019en tombent. J\u2019avais 13-14 ans, c\u2019\u00e9tait Woodstock et je ne l\u2019ai su que deux ans plus tard. Moi, pendant que Jimi Hendrix bouffait sa guitare, j\u2019\u00e9coutais bien au chaud du Trenet, du Brassens pour ados, celui de <em>La chasse aux papillons<\/em> et de <em>Brave Margot<\/em>, du jazz cool et du blues aux dents blanches, h\u00e9ritier en tout cela des inclinations de mon p\u00e8re et de mes oncles.<\/p>\n<p>Charles Trenet. \u00abSans lui, nous serions tous des experts-comptables\u00bb, en a dit Brel. Trenet l\u2019allum\u00e9, le courant d\u2019air, le type par-dessus les toits avec des ailes dans le dos comme sur le dessin de Cocteau. A la fin des ann\u00e9es trente, mille neuf cent trente, \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 la chanson fran\u00e7aise est plut\u00f4t p\u00e2le \u2013 m\u00e9los et roucoulades \u2013 il balance une bombe qui s\u2019appelle <em>Y\u2019a d\u2019la joie<\/em>. Bonjour, bonjour les hirondelles, la tour Eiffel part en balade, elle saute la Seine \u00e0 pieds joints. Des envol\u00e9es surr\u00e9alistes, un swing d\u00e9coiff\u00e9, des tip et tip et tip top et tap, le cocktail explose et une succession de com\u00e8tes cr\u00e9pite dans le ciel des disquaires<em>. Je chante<\/em>, <em>Fleur bleue<\/em>, <em>J\u2019ai ta main<\/em>\u2026<\/p>\n<p>Et puis viennent des choses lunaires, des pirouettes, des extravagances, des calembours d\u00e9traqu\u00e9s, des gendarmes qui s\u2019endorment sous la pluie, des canards qui parlent anglais, des trains de nuit pleins de fant\u00f4mes, de fr\u00e9missantes chansons d\u2019amour accord\u00e9es au f\u00e9minin qui surprendront, plus tard, quand on apprendra que Trenet aimait plut\u00f4t les gar\u00e7ons, alors on se dira: \u00abTiens, cette Mam\u2019zelle Clio, ce n\u2019\u00e9tait donc qu\u2019un adorable mensonge?\u00bb Et Trenet r\u00e9pondra: \u00abSeuls les po\u00e8tes sont sinc\u00e8res, surtout lorsqu\u2019ils mentent\u00bb.<\/p>\n<p>Surdou\u00e9, papa pique, dans l\u2019art de faire sonner les vers et d\u2019y coudre des m\u00e9lodies, Charles Trenet est l\u2019auteur, dit-on, d\u2019un millier de chansons. Le vent en a emport\u00e9 la plupart, mais plusieurs sont rest\u00e9es accroch\u00e9es \u00e0 mon chapeau. Parmi elles, cette chanson testament de 1945, cette poignante <em>Folle complainte<\/em> o\u00f9 \u00abLes pantoufles de grand-m\u00e8re \/ Sont mortes avant la nuit\u00bb, o\u00f9 les petits gar\u00e7ons, \u00abDeux jours avant No\u00ebl \/ Et sans aucune m\u00e9fiance \/ Acceptent tout p\u00eale-m\u00eale \/ La vie la mort les squares \/ Et les trains \u00e9lectriques \/ Les larmes dans les gares \/ Guignol et les coups de trique\u00bb.<\/p>\n<p>Et puis, sur les accords tremblotants d\u2019une guitare amplifi\u00e9e, cette merveille: <em>Une noix<\/em>. Voil\u00e0 Trenet tout en entier. En quelques vers,\u00a0 cette chanson le situe dans son temps et dans son art, un art qui n\u2019est pas celui du t\u00e9moignage, de la d\u00e9nonciation, de la protestation ou du constat social, mais un art r\u00e9volu, ou en tout cas d\u00e9licieusement d\u00e9mod\u00e9, qui confie les pleins pouvoirs \u00e0 l\u2019imagination:<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>Une noix<\/em><\/p>\n<p><em>Qu\u2019y a-t-il \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019une noix<\/em><\/p>\n<p><em>Qu\u2019est-ce qu\u2019on y voit<\/em><\/p>\n<p><em>Quand elle est ferm\u00e9e<\/em><\/p>\n<p><em>On y voit la nuit en rond<\/em><\/p>\n<p><em>Et les plaines et les monts<\/em><\/p>\n<p><em>(\u2026)<\/em><\/p>\n<p><em>Des soldats bard\u00e9s de fer<\/em><\/p>\n<p><em>Qui joyeux partent pour la guerre<\/em><\/p>\n<p><em>En fuyant l\u2019orage des bois<\/em><\/p>\n<p><em>(\u2026)<\/em><\/p>\n<p><em>On y voit les \u00e9coliers<\/em><\/p>\n<p><em>Qui d\u00e9vorent leurs tabliers<\/em><\/p>\n<p><em>Des abb\u00e9s \u00e0 bicyclette<\/em><\/p>\n<p><em>Le quatorze juillet en f\u00eate<\/em><\/p>\n<p><em>(\u2026)<\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p><em>Une noix<\/em><\/p>\n<p><em>Qu\u2019y a-t-il \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019une noix<\/em><\/p>\n<p><em>Qu\u2019est-ce qu\u2019on y voit<\/em><\/p>\n<p><em>Quand elle est ouverte<\/em><\/p>\n<p><em>On n\u2019a pas le temps d\u2019y voir<\/em><\/p>\n<p><em>On la croque et puis bonsoir<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Pierre Savary, janvier 2018<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" title=\"Charles Trenet - Une noix\" width=\"604\" height=\"340\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/LFT1LyOwsdc?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share\" referrerpolicy=\"strict-origin-when-cross-origin\" allowfullscreen><\/iframe><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Une noix Qu\u2019y a-t-il \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019une noix Qu\u2019est-ce qu\u2019on y voit Quand elle est ferm\u00e9e &nbsp; Woodstock, les cheveux m\u2019en tombent. 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