{"id":182,"date":"2014-07-28T07:00:23","date_gmt":"2014-07-28T06:00:23","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cousumouche.com\/plusbellechanson\/?p=182"},"modified":"2014-07-10T14:30:18","modified_gmt":"2014-07-10T13:30:18","slug":"sad-eyed-lady-of-the-lowlands-bob-dylan","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cousumouche.com\/plusbellechanson\/?p=182","title":{"rendered":"Sad Eyed Lady of the Lowlands &#8211; Bob Dylan"},"content":{"rendered":"<p>Cette chanson, je l\u2019ai \u00e9cout\u00e9e presque par hasard, parce que je n\u2019allais jamais au bout de l\u2019album, parce que <em>Visions of Johanna<\/em>, <em>I Want You<\/em>, ou encore <em>Absolutely Sweet Mary<\/em>, attiraient irr\u00e9sistiblement mon index sur la fonction <em>repeat<\/em>, que je me gorgeais de ces m\u00e9lodies qui me mettaient dans les cordes \u00e0 chaque fois; je n\u2019arrivais pas \u00e0 me convaincre qu\u2019un album puisse \u00eatre aussi beau. J\u2019\u00e9tais tomb\u00e9 raide dingue, un de ces coups de c\u0153urs artistiques qui n\u2019arrive que deux ou trois fois dans une vie.<\/p>\n<p>Je ne savais pas encore que <em>Blonde on Blonde<\/em> \u00e9tait l\u2019absolu de ma\u00eetre Bob, que <em>Sad Eyed Lady of the Lowlands<\/em> constituait l\u2019un des sujets pr\u00e9f\u00e9r\u00e9s des snobs et des ex\u00e9g\u00e8tes de l\u2019artiste avec un grand A; qu\u2019on \u00e9crirait sur le sujet un nombre incalculables d\u2019articles plus ou moins pompeux et trop p\u00e9tris d\u2019admiration oblig\u00e9e pour \u00eatre honn\u00eate. Non, je ne savais rien, sauf que ces chansons-l\u00e0 m\u2019arrivaient droit dans la gueule avec leur air rev\u00eache et leur m\u00e9lodie de guingois\u2026 Petit poisson dans les filets de mister Bob.<\/p>\n<p>Le nom de Dylan, je l\u2019avais entendu bien s\u00fbr, mais je ne lui associais pas grand-chose, sinon peut-\u00eatre <em>Blowin in the Wind<\/em>, que je consid\u00e9rais d\u00e9j\u00e0 comme une bluette boy-scout d\u00e9nu\u00e9e d\u2019int\u00e9r\u00eat. Mais j\u2019\u00e9tais vierge du pape de la folk, de sa l\u00e9gende et de ses contradictions, ce jeudi soir de 1990, alors que j\u2019allumais la t\u00e9l\u00e9.<\/p>\n<p>Car, messieurs-dames, j\u2019ai connu Bob Dylan gr\u00e2ce \u00e0 James Coburn, le plus grand acteur du monde, le plus charmeur, le plus classe, le plus fin, le plus talentueux, celui qui \u00e9tale Marlon Brando aussi s\u00fbr que Bernard Blier atomise Alain Delon, celui auquel je voue une juste passion depuis mes treize ans et le premier visionnement d\u2019<em>Il \u00e9tait une fois la R\u00e9volution<\/em>. Coburn passait donc \u00e0 la t\u00e9l\u00e9, dans un film intitul\u00e9 <em>Pat Garrett &amp; Billy the Kid<\/em>, que je comptais bien enregistrer sur le vieil appareil VHS familial.<\/p>\n<p>Impossible de programmer un enregistrement, ou alors je ne savais pas comment faire\u2026 Enfin bref, j\u2019avais interrompu mes r\u00e9visions de comptabilit\u00e9 sur le coup des 22\u00a0h\u00a030 pour enclencher ce fichu magn\u00e9to. Et l\u00e0, la claque\u2026 La premi\u00e8re sc\u00e8ne, cette guitare, ce son. Je suis rest\u00e9 l\u00e0, coll\u00e9 devant l\u2019\u00e9cran, autant pour la beaut\u00e9 des images de Peckinpah que pour cette musique qui me remuait l\u2019\u00e2me. Coburn, Kristofferson, Dylan r\u00e9unis pour une ronde cr\u00e9pusculaire qui doit constituer l\u2019un des trois plus beaux westerns de l\u2019histoire du cin\u00e9ma. Que les ineptes critiques qui ne s\u2019en sont pas encore rendu compte meurent les yeux grands ouverts, je ne peux rien pour eux\u00a0!<\/p>\n<p>Le film termin\u00e9, j\u2019ai rembobin\u00e9, regard\u00e9 \u00e0 nouveau. Cette nuit-l\u00e0, j\u2019ai d\u00e9couvert Bob Dylan, et je me suis pr\u00e9par\u00e9 un beau gadin en comptabilit\u00e9. L\u2019\u00e9preuve b\u00e2cl\u00e9e, j\u2019ai fonc\u00e9 m\u2019acheter le disque. La bande son de <em>Pat Garrett &amp; Billy the Kid<\/em> n\u2019\u00e9tait pas disponible, il n\u2019y avait qu\u2019un sordide <em>best of<\/em> (laissez-moi vomir sur cette invention immonde) et <em>Blonde on Blonde<\/em>. Je me suis donc saisi de ce disque qui allait devenir l\u2019un de mes plus fid\u00e8les compagnons.<\/p>\n<p>Je me dois de remercier le hasard, ou alors l\u2019indigence des rayons de Citydisc\u00a0: Parmi trente et quelques albums du ma\u00eetre, et un bon tiers de sombres \u00e9trons musicaux, j\u2019\u00e9tais tomb\u00e9 sur la plus belle perle (oui, avec <em>Blood on the Tracks<\/em>, <em>The Basement Tapes<\/em>, <em>Desire<\/em>, <em>Time Out of Mind<\/em>, Bob, merde, que de sommets pour un seul homme\u00a0!), une succession de morceaux invraisemblables, une overdose de vers d\u00e9finitifs, et tout au bout du disque, lorsque l\u2019oreille semblait d\u00e9finitivement repue\u2026 <em>Sad Eyed Lady of the Lowlands<\/em>.<\/p>\n<p>Je ne savais pas non plus qu\u2019il s\u2019agissait du premier double album de l\u2019histoire du rock, que cette invraisemblable ode amoureuse de pr\u00e8s de douze minutes s\u2019\u00e9tendait sur une face enti\u00e8re du vinyle. Mais, il ne fallait pas me la raconter, j\u2019avais d\u00e9j\u00e0 compris que Dylan n\u2019avait \u00e9t\u00e9 <em>protest singer<\/em> que pour la blague, que pour s\u00e9duire les filles \u00e0 Greenwich Village (le mot Viet Nam n\u2019est jamais prononc\u00e9 au fil de ses presque mille chansons), qu\u2019il \u00e9tait un amoureux du mot et de sa prononciation \u2013 car sa mani\u00e8re de cracher la phrase de ses petits poumons fl\u00e9tris, est \u00e0 nul autre pareil \u2013 et que tout l\u2019arc-en ciel des rapports humains mac\u00e9rait dans sa bouche malsaine comme nulle part ailleurs.<\/p>\n<p>Car Dylan, ce n\u2019est pas tant ce qu\u2019il dit (et pourtant\u2026) que comment il le dit, c\u2019est l\u2019ironie, la douceur, le cynisme, l\u2019\u00e9tonnement, la rage, tous ces sentiments qui passent et qui se m\u00ealent dans sa musique pour raconter l\u2019Am\u00e9rique de la solitude et de la d\u00e9sillusion, pour raconter l\u2019amour vache, l\u2019amour cru, l\u2019amour fou, jusqu\u2019\u00e0 ce portrait de la femme qu\u2019il aime et qu\u2019il pourrait d\u00e9cliner pendant des heures, \u00e0 fourbir et \u00e0 chanter des vers un peu trop beaux pour \u00eatre honn\u00eate\u2026 <em>Sad Eyed Lady<\/em>, je l\u2019ai mis cent fois avant de m\u2019endormir, et la sale voix du p\u00e8re Bob, \u00e0 peine enrou\u00e9e, \u00e9tait encore l\u00e0, dans le fond de mon cr\u00e2ne, pour me dire l\u2019amour au moment du r\u00e9veil\u2026<\/p>\n<p>Non, y\u2019a rien au-dessus.<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">Micha\u00ebl Perruchoud<\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" title=\"Sad-Eyed Lady of The Lowlands\" src=\"https:\/\/player.vimeo.com\/video\/37021142?dnt=1&amp;app_id=122963\" width=\"480\" height=\"320\" frameborder=\"0\" allow=\"autoplay; fullscreen; picture-in-picture; clipboard-write; encrypted-media\"><\/iframe><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Cette chanson, je l\u2019ai \u00e9cout\u00e9e presque par hasard, parce que je n\u2019allais jamais au bout de l\u2019album, parce que Visions of Johanna, I Want You, ou encore Absolutely Sweet Mary, attiraient irr\u00e9sistiblement mon index sur la fonction repeat, que je me gorgeais de ces m\u00e9lodies qui me mettaient dans les cordes \u00e0 chaque fois; je &hellip; <a href=\"https:\/\/www.cousumouche.com\/plusbellechanson\/?p=182\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">Sad Eyed Lady of the Lowlands &#8211; Bob Dylan<\/span> <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[29],"tags":[93,431,426,82,419,422,418,417,429,420,412,428,430,414,423,145,153,411,427,79,416,80,386,389,413,425,218,77,415,424,421],"class_list":["post-182","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-chansons","tag-album","tag-amerique","tag-arc-en-ciel","tag-dylan","tag-brando","tag-cinema","tag-coburn","tag-contradiction","tag-cynisme","tag-delon","tag-dingue","tag-douceur","tag-etonnement","tag-filet","tag-greenwich-village","tag-gueule","tag-guitare","tag-hasard","tag-ironie","tag-lady","tag-legende","tag-lowlands","tag-melodie","tag-perle","tag-poisson","tag-poumon","tag-rage","tag-sad","tag-vierge","tag-viet-nam","tag-western"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.cousumouche.com\/plusbellechanson\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/182","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.cousumouche.com\/plusbellechanson\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.cousumouche.com\/plusbellechanson\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cousumouche.com\/plusbellechanson\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cousumouche.com\/plusbellechanson\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=182"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.cousumouche.com\/plusbellechanson\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/182\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":190,"href":"https:\/\/www.cousumouche.com\/plusbellechanson\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/182\/revisions\/190"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.cousumouche.com\/plusbellechanson\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=182"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cousumouche.com\/plusbellechanson\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=182"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cousumouche.com\/plusbellechanson\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=182"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}