{"id":628,"date":"2014-10-10T07:15:37","date_gmt":"2014-10-10T06:15:37","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cousumouche.com\/plusbellechanson\/?p=628"},"modified":"2014-10-10T08:33:25","modified_gmt":"2014-10-10T07:33:25","slug":"the-weeping-song-nick-cave","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cousumouche.com\/plusbellechanson\/?p=628","title":{"rendered":"The Weeping Song &#8211; Nick Cave and the Bad Seeds"},"content":{"rendered":"<p>Mon premier contact avec Nick Cave date d\u2019une nuit de 1987. Avec mon acn\u00e9 adolescente, ma chemise noire achet\u00e9e chez Modia et mes baskets Migros n\u00e9gligemment d\u00e9tach\u00e9es, j\u2019allai ce soir-l\u00e0 au Prado de Bulle voir <em>Les Ailes du d\u00e9sir<\/em>, l\u2019un des films cultes de Wim Wenders. J\u2019en ressortis autre. Non pas tant parce que je fus boulevers\u00e9 par l\u2019histoire de ces anges n\u00e9vros\u00e9s qui hantent un Berlin si beau en noir et blanc. Non. Mon attention fut enti\u00e8rement focalis\u00e9e par l\u2019apparition de ce chanteur hirsute, malingre et vacillant dans sa chemise rouge d\u00e9boutonn\u00e9e. Sur la sc\u00e8ne d\u2019un de ces bouges enfum\u00e9s dont l\u2019existence m\u00eame m\u2019\u00e9tait encore inconnue, Nick Cave semblait poss\u00e9d\u00e9 par une force int\u00e9rieure qui guidait chacun de ses mouvements. Comme on manipule une marionnette, ses bras bougeaient, d\u00e9glingu\u00e9s. Son torse se brisait en deux, victime d\u2019un invisible exorcisme. Indocile et furieux, il invectivait le public \u2013 \u00abtell me why? why? why?\u00bb \u2013 dans une version ravag\u00e9e de<em> From Her To Eternity<\/em>. J\u2019en \u00e9tais abasourdi. Je me souviens, d\u00e8s ce choc initiatique, ne plus avoir rien compris \u00e0 la fin du film. Mais, le matin, je me r\u00e9veillai avec pour seul but de ressortir de chez Manudisc avec la cassette de la bande originale. La pauvre s\u2019entortilla dans mon walkman des ann\u00e9es plus tard.<\/p>\n<p>Trois ann\u00e9es d\u2019\u00e9tudes laborieuses et d\u2019initiations aux choses de la vie m\u2019ont fait rater la sortie de <em>Tender Pray<\/em>. Puis, en 1990, je suis retomb\u00e9 par hasard sur Nick Cave. Ou plut\u00f4t sur <em>The Weeping Song<\/em>. D\u2019abord cette m\u00e9lodie pernicieuse, au piano, puis au xylophone. Et la voix lancinante et profonde de ce \u00abp\u00e8re\u00bb prodigue:<\/p>\n<p><em>Go son, go down to the water<\/em><br \/>\n<em> And see the women weeping there<\/em><br \/>\n<em> Then go up into the mountains<\/em><br \/>\n<em> The men, they are all weeping too.<\/em><\/p>\n<p>Mes maigres notions d\u2019anglais m\u2019ont tout juste permis de traduire le sens de ce verbe servi \u00e0 tous les couplets, comme une lente litanie. \u00abAllez mon fils, descend \u00e0 la rivi\u00e8re \/ Et vois les femmes qui pleurent l\u00e0-bas \/ Puis monte dans les montagnes \/Les hommes pleurent tous aussi\u2026\u00bb<\/p>\n<p>J\u2019en restai sans voix. Sur mon tourne-disque, \u00e0 chaque fois que l\u2019aiguille terminait la face A de cet album <em>The Good Son<\/em>, je la repositionnais invariablement sur cette quatri\u00e8me plage. Sans vraiment prendre la peine d\u2019\u00e9couter les autres morsures venimeuses \u2013 <em>The Ship Song<\/em> ou <em>Sorrow\u2019s child<\/em> \u2013 qui ne se r\u00e9v\u00e9l\u00e8rent \u00e0 moi que bien des ann\u00e9es plus tard. J\u2019\u00e9tais investi de l\u2019envie vaine de comprendre l\u2019alchimie de cette chanson. De saisir pourquoi l\u2019intensit\u00e9 de cette complainte m\u2019atteignait directement dans l\u2019estomac. Pourquoi tant de pleurs? Ce soir-l\u00e0, au casque, je dus l\u2019\u00e9couter une trentaine de fois. Seul dans ma chambre.<\/p>\n<p>Je ne pouvais me d\u00e9tacher de la voix de Blixa Bargeld, ce guitariste brutal que je ne savais pas encore \u00eatre aussi le chanteur d\u2019Einst\u00fcrzende Neubauten. Ni des r\u00e9ponses de ce fils spirituel, en qu\u00eate d\u2019une r\u00e9demption incertaine. \u00abOh then I\u2019m so sorry, father \/ I never thought I hurt you so much.\u00bb (Dans ce cas, je suis d\u00e9sol\u00e9, papa \/ Je n\u2019ai jamais pens\u00e9 te faire autant mal.) Sur le coup, je ne saisissais pas bien le sens profond de la chanson, mais elle \u00e9pousa mon spleen adolescent comme deux pi\u00e8ces de puzzle se promettent fid\u00e9lit\u00e9.<\/p>\n<p>Je dus encore attendre une poign\u00e9e d\u2019ann\u00e9es avant de go\u00fbter au v\u00e9ritable envo\u00fbtement ang\u00e9lique des <em>Ailes du d\u00e9sir<\/em>. La d\u00e9floration eut lieu le 3 juin 1994, \u00e0 la Grande salle de Vennes, la fameuse halle de gymnastique lausannoise convertie en grand-messe gothique. Avec mon pote Jack, on but le calice jusqu\u2019\u00e0 la lie. Ce soir-l\u00e0, les Bad Seeds \u00e9taient le groupe le plus dangereux, le plus impr\u00e9visible, le plus rock\u2019n\u2019roll du monde. Je v\u00e9cus sans doute une forme d\u2019extase, comme ne peuvent en ressentir que des saintes ou des vierges.<\/p>\n<p>Depuis ce moment-l\u00e0, <em>The Weeping Song<\/em> est rest\u00e9e une compagne, une amie, une confidente. Elle m\u2019a suivi en vinyle, en compact disc, en mp3. Elle a m\u00eame surv\u00e9cu au jour o\u00f9 Blixa Bargeld a d\u00e9cid\u00e9 de quitter les Bad Seeds pour se consacrer pleinement \u00e0 son groupe. En concert, le xylophone a \u00e9t\u00e9 avantageusement remplac\u00e9 par la guitare rageuse de Mick Harvey. La voix du p\u00e8re s\u2019est mu\u00e9e en sanglots longs du violon de Warren Ellis. Elle n\u2019\u00e9tait plus tout \u00e0 fait la m\u00eame, mais elle restait ent\u00eatante, tout comme le souvenir de ce mal-\u00eatre d\u2019antan.<\/p>\n<p>Puis, un soir de 2013, dans l\u2019Australie natale de son g\u00e9niteur, la \u00abchanson des pleurs\u00bb connut une r\u00e9surrection. Nick Cave fit monter sur sc\u00e8ne Mark Lanegan \u2013 qui jouait alors en premi\u00e8re partie \u2013 pour reprendre le r\u00f4le du p\u00e8re. Moment divin, pr\u00e9cieusement partag\u00e9 sur les r\u00e9seaux sociaux. Mis \u00e0 part Leonard Cohen, je n\u2019imagine en effet personne d\u2019autre \u00e0 la mesure de cette chanson, une m\u00e9lop\u00e9e que je serais pr\u00eat \u00e0 entendre \u00e0 mon propre enterrement. Avec peut-\u00eatre cette \u00e9pitaphe: \u00abNo I won\u2019t be weeping long\u00bb (Non, je ne pleurerai pas longtemps.)<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">Christophe Dutoit<\/p>\n<p>https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=L1k6adfVT1A<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Mon premier contact avec Nick Cave date d\u2019une nuit de 1987. 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