Currently browsing

Page 3

Ce ne sont que des pierres

– Ce ne sont que des pierres, des pierres à perte de vue. Il n’y a rien à faire ou à entendre, ici. Tu parles d’une île ! C’est le bord du monde ! Les fondations même de l’ennui !

– Au contraire, tout est là. On va enfin pouvoir opposer nos préoccupations, nos misères intellectuelles, à ce vide. Tu sais à quel point le vide est parfois révélateur ?

– Tu dis ça pour moi ?

Comment j’ai vengé ma ville

de Philippe Lamon
Benjamin Mercey est un dilettante vaguement mélancolique qui laisse sa vie sombrer peu à peu, sans opposer grande résistance. Entre une vie intime tributaire des exploits tennistiques de Roger Federer, et un métier de correcteur dans un quotidien de boulevard, il ne s’imagine guère d’avenir.

Le garçon qui ne voulait pas sortir du bain

de Michaël Perruchoud
Pourquoi ce respectable père de famille est-il cueilli dans son jardin, un samedi après-midi par deux inspecteurs de police? Son passé est-il celui d’un coupable ou d’une victime? Ou se pourrait-il que les deux rôles se mélangent?

Divine rencontre

C’est un soir de mai que j’ai rencontré Dieu. J’étais assis dans le métro, pas mécontent de rentrer après une longue journée de travail, quand il pénétra dans le wagon à l’arrêt Bourdonnette. Une apparition inoubliable.

C’était un petit homme râblé, à la barbe brune bifide et aux cheveux crasseux. Il portait un short en jean et un tee-shirt vert sans manche qui moulait sa bedaine. Deux types improbables l’encadraient : un binoclard malingre chargé d’un pack de Heineken et un autre au visage constellé de cicatrices.

Pendant l’orage

Bernard s’effondre sur sont lit et plonge instantanément dans un sommeil profond. Il est épuisé. En rentrant du travail il avait pris tout juste le temps d’avaler en vitesse un morceau de pain, s’était déshabillé avant de s’écrouler. La semaine avait été chargée.

Depuis l’accident, Bernard s’est jeté corps et âme dans son travail. Passant de quarante-deux heures à plus de soixante par semaine, il espérait ainsi étouffer son désarroi. Mais, malgré tout, il n’arrivait pas à faire le deuil de sa femme et de sa fille, toutes deux tuées dans un stupide accident de la route.

Les Immobiles

Dans son pays, il devait jouer aux échecs. Sur les terrasses protégées du soleil par des canisses usées, sur une île oubliée de l’Adriatique. Là-bas, ce devait être un roi. Ici, il n’est rien. Il ne parle pas le français, et ne bafouille péniblement qu’un peu d’anglais. Aux Bastions, autour des jeux d’échecs, on ne parle pas l’anglais. L’homme ne joue pas, même si le langage du jeu est universel.

Béjaune

On s’est rencontrés au feu de l’avenue Casaï. Moi et Ginette, on revenait d’une soirée chez Duduche, un marrant, ce Duduche, il connaît des tas de blagues, moi je peux pas je les oublie tout de suite. Enfin si, je m’en rappelle une, si vous voulez je vous la raconterai après.

On se côtoyait sur la double voie, tous les deux arrêtés au feu rouge : j’ai tourné la tête et je l’ai vu, à ma gauche. Un jeunot, genre 20-25 ans, au volant d’un p’tit bolide sans doute acheté par son papa.

L’Anguille

« …après le vol, presque toute la bande a été arrêtée grâce à un courageux témoin. Le chef, connu uniquement sous le surnom de “l’Anguille”, et le butin restent introuvables. Le juge devra décider demain, après comparution des malfrats si, malgré la gravité des faits, le jugement reste de la compétence du Tribunal des mineurs. En effet, aucun des comparses ne dépasse l’âge de dix-sept ans. Tout porte à croire que l’affaire des “Ados flingueurs” ne fait que commencer… »

L’inconvenance des murmures

– Mon père, pardonnez-moi car j’ai péché. Comme tous les dimanches, Marie Gouadec, une veuve à la quarantaine froissée, se confessait. Comment …

La Ricarde

de Fred Bocquet
Portrait d’un antihéros qui doit se mettre sur la pointe des pieds pour vivre à hauteur d’espoir, description d’un camping de gauche où les aigreurs d’estomac voisinent avec les claques dans le dos, La Ricarde, c’est à la fois la caricature drolatique et la description clinique d’un petit monde à l’humour souvent truculent. Avec tendresse, mais sans pitié pour les personnages qu’elle croque, Fred Bocquet s’en donne à cœur joie dans son style où l’on retrouve un petit peu d’Audiard et de Jean‑Paul Dubois, une certaine cruauté féminine en plus.