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Chapitre VIII |
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Épisode 040 |
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Emporté par son élan, Hérard Stebouf s’écroula en avant dans la pièce. Il ne se releva pas, sentant la lame de Paupière lui caresser la nuque. - Lorsque tu espionnes des hommes de mer, jeune fripon, n’oublie pas qu’ils entendent au-delà du bruit des vagues ; le souffle que tu croyais retenir, je l’ai fort bien ouï. Et maintenant, tu vas nous raconter ce que tu faisais à ma porte. - Je venais vous annoncer que les voiles ont été descendues, capitaine, et que nous attendions vos ordres. La lueur de méchanceté qui brillait dans ses yeux démentait la déférence dans sa voix. Le Roulis sortit une dague de son habit, la présenta au nez de Stebouf. - S’il est deux races que j’exècre en ce monde, ce sont bien celles des espions et des menteurs. Et toi, gredin, tu cumules. - Vous vous méprenez capitaine. Le hasard seul me menait à votre porte. Je n’avais rien à y entendre. Hérard Stebouf ne tremblait pas, en homme qui a connu et retourné moult périlleuses situations. La lame lui piquait la nuque, la botte de paupière lui chatouillait les côtes, la dague de Le Roulis lui faisait de l’oil, mais il restait stoïque, attendant la faille qui ne saurait que venir. Le Roulis ricana. - Et moi, je te répète que tu nous espionnais. Je te donne minute pour nous avouer tes forfaits et implorer ma clémence. Minute passa sans que Hérard ne daigna mot dire. Son regard se teintait d’un infini mépris envers ses agresseurs. Mais Le Roulis n’en voulait rien voir. - Si tu ne veux pas me parler, tu iras te confesser aux poissons. Et il lui botta la tempe d’une bonne semelle, le laissant inconscient. Paupière le bâillonna, le ligota et le roula dans une couverture pour ne point qu’on le découvrît. Derrière lui, Le Roulis n’en finissait pas de fulminer. - Ah, je te retiens, toi et tes bonnes affaires ! - Qu’allons-nous faire de lui ? Le jeter à la mer ? - Il le mériterait. Mais les autres pourraient se retourner contre nous ou demander à regagner le port. Ils sont plus nombreux que nous et ne jouent sûrement pas les damoiselles l’épée à la main. Non, nous allons le porter en cale et le dissimuler tout au fond, derrière les caisses. Demain, nous jouerons les étourdis. Ils devront croire qu’il est passé par-dessus bord. Et si nos affaires tournent mal, nous pourrons nous servir de lui comme monnaie d’échange. Le Roulis jeta un oil hors de la cabine. - La nuit n’est pas encore bien tombée. Attendons qu’il fasse noir d’encre avant de nous aventurer sur le pont avec si dangereuse marchandise. Il faisait les cent pas dans la cabine nerveusement, en lançant de venimeux regards à son compère qui baissait la tête et se raclait la gorge pour faire passer le temps. - Ne reste pas là, va sur le pont et dis aux hommes de retourner en leur cabine et de dormir. Demain sera dur pour le corps et pour l’esprit. |
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| Le renard renifle à deux fois avant de se faire la poule. | ||||
© Cousu Mouche, 2006-2007, tous droits réservés |
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