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Marie Hayoz

Samedi

Tout le monde est là. Ou presque, mais même les absents y pensent, ça revient au même.

Elle est là, aussi, bien sûr, puisque c’est elle qu’on entoure. La femme, la maman, la belle-mère, ma grand-mère. La nôtre, aux petits, qui sont, certains, devenus tellement grands qu’ils ont fait d’autres petits.

On était là hier, elle ne dormait pas encore. Elle a fait ses adieux, elle nous a remerciés, pour tout. Puis elle s’est endormie. Ils l’ont endormie. Elle va bien. Grand-maman Morphine fait quelques dernières brasses dans une brume que je lui espère colorée.

Darwin, mon amour

de Marie D. Hayoz
Dix nouvelles fines, ciselées, aux atmosphères marquantes. Marie D. Hayoz sait happer son lecteur dès la première ligne. Bistrots paumés, appartements miteux ou autres sphères de la finance, les hommes ont tous quelques choses à cacher. Et Marie D. Hayoz débusque les failles avec finesse, un brin de cruauté et beaucoup de poésie. Le rythme est haletant, les termes percutants, les trouvailles verbales nombreuses. Une vraie révélation.

Somewhere

Samedi soir, bientôt dimanche matin. Les lumières tamisées d’un bar, à l’angle d’une rue, éclairent doucement le trottoir. Juste un endroit sans prétention, à peine un vieux boui-boui qui tente avec espoir de se faire passer pour un café-resto. Plats de pâtes trop cuites à un prix trop élevé, et chaises au vernis écaillé, entreposées soigneusement sur la terrasse, en rond autour des tables de jardin. Le genre de bar où même les vendeurs de roses ne s’aventurent plus. La porte est ouverte, l’été commence à peine, et la nuit est encore chaude.

Alcootest

Il est enfin cinq heures. En sortant du bureau, un vent d’automne s’engouffre sous ma veste. Il fait beau, il fait doux, les feuilles mortes crissent mollement sous mes pieds. Je presse le pas, Diane n’aime pas être seule à la maison ; depuis le déménagement, elle a constamment peur. Ça lui passera sans doute une fois qu’elle se sera un peu habituée, qu’on aura enfin fini de déballer tous les cartons.

Minuit, Diane s’endort, sa tête sur mes genoux et sa main contre mon ventre. J’ai toujours aimé sa façon de s’endormir avant la fin des films, me bombardant de questions une fois réveillée. J’attrape la vieille couverture de laine et enveloppe son joli corps d’adolescente. Aucune femme n’est aussi belle qu’elle lorsqu’elle dort et que ses longs cils cadenassent ses yeux.

Somnambule

Vraiment, les rues ne sont plus sûres de nos jours, marmonna Claire, jetant un regard réprobateur à l’arrêt de bus d’en face que jonchaient pêle-mêle mégots de cigarettes et canettes de bière bon marché.

La cinquantaine déjà passée et le brushing impeccable, Claire était assise le dos droit sur le banc d’un arrêt de bus. La froideur nocturne de novembre engourdissait ses membres et refroidissait du même coup son humeur déjà glaciale. Mais pourquoi diable fallait-il que les taxis fassent grève justement aujourd’hui ?