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Fred Bocquet

La Porte

de Fred Bocquet
Une petite fille est morte, frappée à coups de couteau. Elle est tombée devant une porte, qui ne s’est pas ouverte. Autour d’elle, on se désole, on philosophe, on s’indiffère, on se souvient, on voudrait mourir, et on essaie de vivre.

Car c’est aussi une ode à la vie, à ce qu’elle pourrait – aurait pu – être que nous tisse Fred Bocquet, observatrice émue au chevet de l’irréparable.

Béjaune

On s’est rencontrés au feu de l’avenue Casaï. Moi et Ginette, on revenait d’une soirée chez Duduche, un marrant, ce Duduche, il connaît des tas de blagues, moi je peux pas je les oublie tout de suite. Enfin si, je m’en rappelle une, si vous voulez je vous la raconterai après.

On se côtoyait sur la double voie, tous les deux arrêtés au feu rouge : j’ai tourné la tête et je l’ai vu, à ma gauche. Un jeunot, genre 20-25 ans, au volant d’un p’tit bolide sans doute acheté par son papa.

La Ricarde

de Fred Bocquet
Portrait d’un antihéros qui doit se mettre sur la pointe des pieds pour vivre à hauteur d’espoir, description d’un camping de gauche où les aigreurs d’estomac voisinent avec les claques dans le dos, La Ricarde, c’est à la fois la caricature drolatique et la description clinique d’un petit monde à l’humour souvent truculent. Avec tendresse, mais sans pitié pour les personnages qu’elle croque, Fred Bocquet s’en donne à cœur joie dans son style où l’on retrouve un petit peu d’Audiard et de Jean‑Paul Dubois, une certaine cruauté féminine en plus.

Le grappin m’a choisi

Avant j’étais peinard. Lové au milieu de mes congénères atones, bien planqué sous cette masse de peluche bleue et rose, qui atténuait la musique rock déversée par des amplis colossaux à travers le parc d’attractions. Mais le grappin m’a choisi. Un jeune garçon a déboursé la somme de 23 euros 60 en pièces de vingt centimes pour, à force de mouvements d’abord saccadés et maladroits puis de plus en plus précis, parvenir à me saisir par le museau entre les trois griffes de la pince et me faire tomber dans le sas de l’appareil.

Télémarketing

Déjà trois appels cette semaine, et nous ne sommes que mardi. Le premier voulait me vendre un abonnement à un hebdomadaire richement illustré, qui allait analyser pour moi toute l’information de la semaine et m’en proposer, pour un prix dérisoire (70 CHF quand même), la substantifique moelle.

Divertissement

La pêche à la crotte de nez était l’une des spécialités de Robert, son divertissement favori. Enfermé dans son étroit bureau (étant donné son petit grade, on ne lui avait attribué qu’un module à une fenêtre), il se délassait de ses classeurs, dossiers, et autres intarissables correspondances, grâce à mille petites activités puériles et ludiques.

Hypocondrie

Merde. Je vais mourir.

Bon, vous pensez « Ben comme tout le monde », déjà distant, vous vous attendiez à un scoop, un truc sortant de l’ordinaire, et là il n’y a guère plus banal, en sorte. Vous vous trompez, parce je vais mourir bientôt. Je suis malade, et c’est pas bénin, si vous voyez ce que je veux dire.

Je suis romancier, d’habitude j’écris mes fictions à la troisième personne, mais là c’est plus délicat, et vous admettrez que commencer par « Merde. Il va mourir. » réduit nettement la portée dramatique.

Monsieur Quincampoix

Norbert décède malencontreusement dans la fleur de l’âge et un accident de salle de bains. Le hasard ou quelque chose d’approchant lui permet de réintégrer l’appartement cossu qu’il partageait avec sa femme… mais dans la peau d’un bouledogue français asthmatique. Pas facile de rester le mâle dominant quand l’épouse devient la maîtresse.

Pâtisserie

Bien que la culpabilité lui parût un sentiment trop mesquin pour abîmer son joli bonheur tout neuf, elle regrettait de n’avoir pas su éveiller chez M. Lenoir ce formidable élan de désir, et de le voir se priver de ces fêtes par ignorance, par principes, mais aussi, il faut le reconnaître, par un manque total de dispositions. Elle envisagea donc par quel moyen elle pourrait en quelque sorte compenser cette perte que subissait, sans le savoir, son époux, et elle imagina de le dédommager en lui offrant ce qu’elle savait pouvoir le combler : un festival de desserts. Ainsi, à chaque rencontre secrète à chacun de ses abandons adultères, elle le payait lui, en retour, d’une pâtisserie, d’un entremets, bref d’une friandise.