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Textes

Trois frères

Travaillez, prenez de la peine: C’est le fonds qui manque le moins… Les fils du laboureur écoutèrent la leçon que leur donnait …

Un projet

Une cour d’école, pendant une récréation. Les enfants jouent entre eux. Crient. Chantent. Se tirent les cheveux. Montent des plans machiavéliques. Se …

Les Mots du dictionnaire

La dame m’a dit d’écrire avec les mots du dictionnaire. Pas mes mots à moi. Parce que mes mots à moi, on les trouve pas dans le dictionnaire et les gens ne les comprennent pas. Moi je n’aime pas les mots du dictionnaire parce qu’ils ne disent pas ce que je veux dire. Mais personne ne les comprends, mes mots à moi.

La Rançon de la gloire

Je crois que je suis en train de faire une belle connerie. Je suis là, devant une gentille villa, dans un joli quartier résidentiel, juste parce que j’ai été invité par une ado, fan de la série « Teen Rescue Team ».

Bon, il faut que je vous explique depuis le début !

Je m’appelle Nicéphore O’Griobhtha (N’essayez pas de prononcer si vous n’êtes pas irlandais de souche !), né de mère française et de père irlandais, mais plus connu sous le pseudo de Ed Lockwood, acteur vedette de « Teen Rescue Team ». J’ai 28 ans, mais j’en parais dix de moins…

Samedi

Tout le monde est là. Ou presque, mais même les absents y pensent, ça revient au même.

Elle est là, aussi, bien sûr, puisque c’est elle qu’on entoure. La femme, la maman, la belle-mère, ma grand-mère. La nôtre, aux petits, qui sont, certains, devenus tellement grands qu’ils ont fait d’autres petits.

On était là hier, elle ne dormait pas encore. Elle a fait ses adieux, elle nous a remerciés, pour tout. Puis elle s’est endormie. Ils l’ont endormie. Elle va bien. Grand-maman Morphine fait quelques dernières brasses dans une brume que je lui espère colorée.

Ce ne sont que des pierres

– Ce ne sont que des pierres, des pierres à perte de vue. Il n’y a rien à faire ou à entendre, ici. Tu parles d’une île ! C’est le bord du monde ! Les fondations même de l’ennui !

– Au contraire, tout est là. On va enfin pouvoir opposer nos préoccupations, nos misères intellectuelles, à ce vide. Tu sais à quel point le vide est parfois révélateur ?

– Tu dis ça pour moi ?

Divine rencontre

C’est un soir de mai que j’ai rencontré Dieu. J’étais assis dans le métro, pas mécontent de rentrer après une longue journée de travail, quand il pénétra dans le wagon à l’arrêt Bourdonnette. Une apparition inoubliable.

C’était un petit homme râblé, à la barbe brune bifide et aux cheveux crasseux. Il portait un short en jean et un tee-shirt vert sans manche qui moulait sa bedaine. Deux types improbables l’encadraient : un binoclard malingre chargé d’un pack de Heineken et un autre au visage constellé de cicatrices.

Pendant l’orage

Bernard s’effondre sur sont lit et plonge instantanément dans un sommeil profond. Il est épuisé. En rentrant du travail il avait pris tout juste le temps d’avaler en vitesse un morceau de pain, s’était déshabillé avant de s’écrouler. La semaine avait été chargée.

Depuis l’accident, Bernard s’est jeté corps et âme dans son travail. Passant de quarante-deux heures à plus de soixante par semaine, il espérait ainsi étouffer son désarroi. Mais, malgré tout, il n’arrivait pas à faire le deuil de sa femme et de sa fille, toutes deux tuées dans un stupide accident de la route.

Les Immobiles

Dans son pays, il devait jouer aux échecs. Sur les terrasses protégées du soleil par des canisses usées, sur une île oubliée de l’Adriatique. Là-bas, ce devait être un roi. Ici, il n’est rien. Il ne parle pas le français, et ne bafouille péniblement qu’un peu d’anglais. Aux Bastions, autour des jeux d’échecs, on ne parle pas l’anglais. L’homme ne joue pas, même si le langage du jeu est universel.

Béjaune

On s’est rencontrés au feu de l’avenue Casaï. Moi et Ginette, on revenait d’une soirée chez Duduche, un marrant, ce Duduche, il connaît des tas de blagues, moi je peux pas je les oublie tout de suite. Enfin si, je m’en rappelle une, si vous voulez je vous la raconterai après.

On se côtoyait sur la double voie, tous les deux arrêtés au feu rouge : j’ai tourné la tête et je l’ai vu, à ma gauche. Un jeunot, genre 20-25 ans, au volant d’un p’tit bolide sans doute acheté par son papa.

L’Anguille

« …après le vol, presque toute la bande a été arrêtée grâce à un courageux témoin. Le chef, connu uniquement sous le surnom de “l’Anguille”, et le butin restent introuvables. Le juge devra décider demain, après comparution des malfrats si, malgré la gravité des faits, le jugement reste de la compétence du Tribunal des mineurs. En effet, aucun des comparses ne dépasse l’âge de dix-sept ans. Tout porte à croire que l’affaire des “Ados flingueurs” ne fait que commencer… »

L’inconvenance des murmures

– Mon père, pardonnez-moi car j’ai péché. Comme tous les dimanches, Marie Gouadec, une veuve à la quarantaine froissée, se confessait. Comment …

Le Ramasseur

Mon papa disait tout le temps : « Bois sec et beau, hiver au chaud ». Alors je ramasse du bois. C’est bien, parce que je peux le faire sécher dans la remise derrière ma cabane. Maman est aussi au ciel avec papa, mais elle m’a appris tout ce qu’il faut pour vivre tout seul dans la montagne. J’aime bien le poisson du lac et les baies que je vais chercher dans la forêt. Mais j’aime moins les racines que je dois manger en hiver.

Coup double

J’allais sortir quand elle est arrivée. Quoi ? − La mort. J’ai dû faire une drôle de gueule car elle m’a rassuré assez rapidement : « Tu ne sentiras rien. » Les guibolles en guimauve, j’ai quand même réussi à lui signaler qu’on n’avait pas gardé les vaches ensemble et que, par conséquent, ce tutoiement n’était pas de rigueur. « Mais ça fait longtemps que toi, tu me tutoies. »

Le grappin m’a choisi

Avant j’étais peinard. Lové au milieu de mes congénères atones, bien planqué sous cette masse de peluche bleue et rose, qui atténuait la musique rock déversée par des amplis colossaux à travers le parc d’attractions. Mais le grappin m’a choisi. Un jeune garçon a déboursé la somme de 23 euros 60 en pièces de vingt centimes pour, à force de mouvements d’abord saccadés et maladroits puis de plus en plus précis, parvenir à me saisir par le museau entre les trois griffes de la pince et me faire tomber dans le sas de l’appareil.

Patriote

– Combien y a-t-il de conseillers fédéraux ?

Jesús Márquez fut soulagé de connaître la réponse.

– Sept.

Il ne voulait pas étendre son savoir et risquer de tendre le bâton. Il préférait attendre la question suivante. Après tout, il avait répondu juste.

Chambre 206

Oscar jette sa sacoche sur le lit, se sert un cognac. Elle va arriver. Il est venu plus tôt, pour préparer minutieusement le décor. Il parcourt la chambre des yeux. Tout devrait être parfait, à l’identique. Mais les rideaux ont été changés, la couleur du dessus-de-lit aussi. Des détails divergent et ça le contrarie.

Télémarketing

Déjà trois appels cette semaine, et nous ne sommes que mardi. Le premier voulait me vendre un abonnement à un hebdomadaire richement illustré, qui allait analyser pour moi toute l’information de la semaine et m’en proposer, pour un prix dérisoire (70 CHF quand même), la substantifique moelle.

Le Propre du romantisme

Tout commença dans une boîte de nuit. Plus précisément au Rêve d’O, situé en plein centre-ville de Genève, sur la rive gauche du Rhône. Anatole Constant y était allé parce que son ami Youri Makarov voulait montrer qu’il était une sorte de tsar à sa nouvelle copine moscovite. Youri était grand, blond, solide, avec un regard d’acier planté dans un visage taillé à la serpe. Il se tenait bien droit et était persuadé qu’il allait bientôt devenir un grand de ce monde. Pour le moment, il travaillait dans une assurance. Il avait de l’argent, et Anatole en profitait un peu.

Divertissement

La pêche à la crotte de nez était l’une des spécialités de Robert, son divertissement favori. Enfermé dans son étroit bureau (étant donné son petit grade, on ne lui avait attribué qu’un module à une fenêtre), il se délassait de ses classeurs, dossiers, et autres intarissables correspondances, grâce à mille petites activités puériles et ludiques.