Le Long de la jetée – Jean-Patrick Capdevielle

Et tu reconnaîtras les tiennes

 

Je venais de l’Est avec le soleil dans les yeux

Je savais qu’il n’y aurait pas de fin tranquille

Nostalgie de ma jeunesse

Tristesse

En regardant ce passé

Esprit résigné

Masi il faut vivre

Quand même

Continuer à tourner les pages du grand livre

Essayer tant bien que mal

D’effacer les manques du temps

Sans grand espoir

Je replonge dans le noir

Je ramène le drap sur mes yeux

J’imagine quelque chose de mieux, de bleu

Quelque part où il n’y aurait rien à fuir

Et je n’arrive pas à oublier

Ce jour où je l’ai vue tomber

Désespoir

Au fond du couloir

De la haine

De la souffrance

À peine sortie de l’enfance

Elle cherchait quelque chose qui la foute en transe

Mais après les éclairs

La fée aux mains blanches

Ne laisse rien

Du vide, du vide, du vide

Et des regrets

Absurdité de la vie

Qui ne mène à rien

Où l’on n’est jamais bien

Où l’on s’imagine que notre jour viendra

Immense envie d’imploser

De tout arrêter

Le temps

De rester là, couché

D’oublier qu’on est là par hasard

De sentir le cuir de ta peau

Sur l’envers de ma peur

Sortir dans la rue

Défiler avec leurs colères

Partager leur violence

Retrouver le sens

Qui me lacère les chairs

Prendre des trains à travers la plaine

Quitter la haine

La trajectoire de la course

Au bord du Maroni

Un jour finir pêcheur

Mais là

Le trottoir bouge un peu sous mes pas

Et le ciel s’enflamme

Je les entends qui chantent

Je vois l’oriflamme

Et toujours ses yeux qui me hantent

Et je sais qu’il n’y a jamais de remède

Mais je veux croire encore

Plus ivre de cramer

Juste avant l’aurore

Le final intermède

Dans un dernier flash

Je l’ai revue

Je t’ai reconnue

En ce temps-là nos fleurs

Vendaient leur viande aux chiens

Et je m’en souviens

 

Rohan Sant

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *