Hey Joe – Willy DeVille

T’as déjà voyagé ? Visité la Louisiane, poussé jusqu’au Mexique ? Laisse-toi entraîner, suis les violons et les guitares. Ça y est, t’as capté le rythme ? Tu galopes sur des terres arides, plantées de cactus. Vois comme l’air vibre à l’horizon. Tu sues sous ton chapeau. Un gars au bord du chemin observe ton passage. Un rai de regard noir, celui de la brute de Sergio Leone, filtre de sous ses paupières. Ne change pas d’allure, reste calme, gringo.

Une voix t’interpelle. Un peu nasillarde, un peu aigre, désabusée, surtout. Elle te raconte une histoire du quotidien, une histoire universelle, de tromperie et de revanche. L’interprète a le cheveu long, la moustache fine, la chemise ouverte. Étrange métissage de pirate, de torero et de crooner, il exsude une séduction un peu repoussante.

Mais ne te laisse pas distraire. Le tempo te reprend, martèle l’allure de ta monture, plante l’atmosphère. De mesure en mesure, la fatalité t’accable autant que la chaleur. Ça sent le drame et la passion, l’air se charge de promesses et de trahisons, comme dans un roman de Steinbeck. Le chanteur te parle de rêves anéantis, de relations qui dévastent, d’une Amérique rurale et cruelle.

Et les violons prennent le relais pour te laisser méditer sur le sens de cette putain de vie.

T’en connais beaucoup, des chansons qui en trois phrases et six accords ont posé le décor ? Ici pas de place pour les tergiversations, tu laves ton honneur dans le sang et tu rinces à la tequila. C’est l’essence même de l’existence : amour, désillusion et vengeance. Fais pas ta mauviette, laisse les sanglots aux trompettes.

Ayayayahahahaa… L’issue était inéluctable, le geste irrémédiable. Entre les cris et les exclamations, la cadence ne faiblit pas. Ton cœur bat au rythme des congas. Ne te retourne pas, cap sur le sud pour une fuite interminable. Galope, gringo, galope, avant qu’on ne te pende. Des gars te regardent passer, des enfants jouent, des femmes s’affairent. File vite vers la frontière dans une traînée de poussière.

Sur un dernier souffle des cuivres, la musique s’interrompt. Tu rouvres des yeux étonnés. Ton cheval, le désert se sont évanouis. Pas le moindre sombrero à l’horizon. Tu retrouves le calme de ton salon, par une maussade soirée de novembre. Tu frissonnes, tu raisonnes. Tu n’as pas commis de meurtre, personne n’est à tes trousses. Pire, tu n’es même pas un homme, bécasse !

Alors n’essaye pas de contester que Hey Joe façonWilly DeVilleça te transporte vraiment très loin…

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