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Le petit cheval – Georges Brassens

– Monsieur, Monsieur, page 6, Le petit cheval !

Tu as 8 ans. Tes héros se nomment Goldorak, Albator, Pirmin Zurbriggen. Tu raffoles des langues de chat au sucre et des grenouilles à cinq centimes que tu voles parfois avec tes amis à « La Source », le magasin du quartier. Et surtout, maman te prépare les tartines à ton retour de l’école.

L’école. Tu l’aimes plutôt, parce que c’est facile et que tu as de bonnes notes. Tu aimes surtout quand le Monsieur du chant vient avec sa guitare et ses sabots. Tu aimes moins quand il ouvre la fenêtre en plein hiver parce que selon lui c’est mieux pour chanter. Le manuel de chant, c’est le « Chanson vole » et il est bleu foncé avec un oiseau en papier violet sur la couverture. C’est un joyeux fourre-tout, il y a des chansons d’Emile Gardaz, l’hymne national suisse (que tu trouves déjà tarte), des canons à quatre voix, des chants de Noël, des chansons folkloriques tessinoise, finlandaise, israélienne, hongroise, ou russe. Il y a aussi plusieurs chansons avec des animaux. Tu ne comprends pas pourquoi elles finissent toutes mal. Il y a notamment « Alouette », le « Petit âne gris » de Hugues Aufray, « L’oiselet a quitté sa branche » de Nana Mouskouri. Et surtout, il y a le Petit Cheval. Tu harcèles à chaque fois le Monsieur du chant pour la chanter. Tu veux tout savoir sur cette chanson. Tu apprends que le poète Paul Fort a écrit les paroles et qu’un certain Georges Brassens a composé la musique et en est l’interprète. C’est la première fois que tu entends ce nom.

« Le petit cheval dans le mauvais temps
Qu’il avait donc du courage
C’était un petit cheval blanc
Tous derrière, tous derrière
C’était un petit cheval blanc
Tous derrière et lui devant »

A chaque fois, tu la chantes à pleins poumons. Tu as envie de trotter dans la salle de classe et de frapper des mains, tant la fougue du petit cheval te porte. Tu loues ses qualités. Toujours content, courageux, altruiste. Un vrai héros, comme Albator et consorts.

– Monsieur, pourquoi il meurt à la fin ?

Ton petit coeur se gonfle dans sa poitrine. Tu ne comprends vraiment pas. C’est pas logique. Embarrassé, le Monsieur du chant tente une explication. Qui ne te convainc pas. Comment un cheval si jeune et si vigoureux peut-il s’écrouler foudroyé ? C’est injuste. Goldorak, Albator et Pirmin ne meurent jamais, eux. Non, décidément, tu ne comprends pas. Tu trouves vraiment dommage cette fin. Pourtant, quelque chose t’attire irrémédiablement vers cette chanson. Et au cours suivant, tu insisteras pour que la classe la chante à nouveau.

Tu as 38 ans. Tu écoutes la chanson avec ta fille. Ça faisait un bail que tu ne l’avais plus entendue, même si Brassens a grimpé au sommet de ton panthéon depuis. La magie opère à nouveau. Ta fille galope dans l’appartement en faisant tournoyer sa poupée Dora. Tu es parcouru de frissons. Te reviennent les tartines de maman, les rires dans la cour de récré, Goldorak, l’insouciance. Tu n’arrives pas à croire que ton enfance se soit envolée si vite.

– Papa, pourquoi il meurt à la fin le cheval ?

Un voile d’inquiétude passe sur le regard adorable de ta fille. Tu balbuties quelques trucs aussi peu convaincants que le Monsieur du chant jadis. Tu crains de t’aventurer sur le terrain métaphysique. Tu souhaites préserver son innocence le plus longtemps possible. De toute façon, elle n’insiste pas et passe vite à autre chose. Heureusement, car tu ne comprends toujours pas. Tu comprends seulement la dimension allégorique du poème. Tu penses alors à tes amis tombés dans la fleur de l’âge. Ils sont si nombreux que tu en as le vertige.

La chanson est terminée. La petite est sortie du salon. Tu as encore quelques minutes avant d’aller préparer ses tartines. De manière presque naturelle, tu te lèves du fauteuil et tu appuies sur la touche « Repeat ». Parce que, tu le sais désormais, le petit cheval galopera toujours en toi.

Philippe Lamon

La Loi de Brenn – Galaad

Il y a vingt ans paraissait le meilleur album de rock jamais chanté en français: Vae Victis du groupe suisse Galaad, aujourd’hui disparu. Cette bande prévôtoise, menée par son barde fou, le poète à voix de feu Pierre-Yves Theurillat, mit tout le monde d’accord et aplatit , en onze titres-joyaux, toute comparaison possible, menant ainsi la vie dure au journaliste musical en mal de stéréotypes. Inventeur d’un genre nouveau, la « fusion progressive », le quintette jurassien se fait alchimiste. En mêlant des influences hétérogènes (Marillion, Peter Hammill, King Crimson, Ange, Malicorne, Faith No More, Dream Theater ou Pearl Jam), le produit fini ne ressemble à rien de connu. Une mer de contrastes s’offre alors à l’auditeur-navigateur, ébloui mais tourmenté: du rock progressif énervé  porté par une section rythmique martiale et énergique, des textes de toute beauté incarnés par un chant écorché à la limite de la rupture mais toujours incroyablement maîtrisé.

L’avant-dernier titre de cet album parfait, « La Loi de Brenn » offre, en douze minutes qui ne laissent aucun répit, la synthèse de toutes les qualités présentes en diffracté sur le reste du disque. La plage s’ouvre sur une phrase de guitare que l’on retrouvera dans le superbe solo de clôture. Le choeur latin impose alors le calme « Tibi se cor meum …. » avant que la voix possédée de Pyt (Pierre-Yves Theurillat) ne vienne hanter nos oreilles à coups de phrases assénées sans retenue ni complaisance. Et c’est parti pour plus de neuf minutes de folie furieuse. Puis, l’affaire se calme et , après un rappel plaintif du vocaliste, débarque sans crier gare un des plus beaux passages de six-cordes jamais gravés. Sébastien Froidevaux déploie son grand art: jamais démonstratif, son chorus mélodique rend hommage à Steve Hackett (Genesis), David Gilmour (Pink Floyd) et surtout Steve Rothery (Marillion), sans les citer, se contentant de payer son dû aux grands maîtres à planer. Après une telle somme, sonné, le mélomane n’aura de cesse de réclamer à grands cris le retour de Brenn car lui aussi il sait que Brenn reviendra ici-bas.

Et ce retour se fait imminent. Pyt sortira son nouvel album solo, Mon grand Amer, ce printemps. Une nouvelle pièce maîtresse à n’en point douter. Et, selon les dires du maître de cérémonie, un nouveau style assumé: le genre « punk symphonique à la Barbelivien » ! On préfère néanmoins rassurer le public déjà apeuré: les textes de qualité de l’auteur ont plus à voir avec ceux d’Étienne Roda-Gilles ou Jean Fauque (Alain Bashung) qu’avec les ritournelles sucrées du ridicule parolier de variétés. L’avenir risque donc d’être aussi avenant que l’avant. Vae Victis !

 Christophe Gigon

http://www.pyt.cn.com/

 

This Strange Engine – Marillion

Ce morceau-titre du neuvième album studio de Marillion, morceau-fleuve de près de vingt minutes, constitue, non seulement le moment de bravoure des Britanniques mais, et c’est bien cela qui nous importe, une pièce de musique parmi les  plus émouvantes du rock du XXe siècle, ni plus ni moins.

Ce long poème autobiographique en prose du chanteur Steve Hogarth (qui a remplacé l’Ecossais Fish en 1989, est-il besoin d’encore le rappeler ?), magnifiquement mis en musique par le Club des cinq, est structuré en plusieurs mouvements, qui suivent sinueusement les aspérités du texte. Certes, l’ensemble pourrait sembler cloner les bases d’un rock progressif honni par l’intelligentsia journalistique qui le croyait relégué dans l’antichambre des mauvais souvenirs issus des seventies. En fait, si certains passages feront immanquablement penser aux ténors du genre (Yes, Genesis et autres Pink Floyd), le tout forme un ensemble tellement cohérent, tenu en grande partie par la puissance évocatrice de la voix du chanteur, probablement l’une des plus belles du rock d’expression anglaise, comme le suggère lui-même le Dictionnaire du rock édité par Michka Assayas dans la collection Bouquins de Robert Laffont. Le guitariste Steve Rothery, impressionnant de retenue, semble faire pleurer son instrument lors de deux soli magistraux qui fonctionnent comme « ponts de ponctuation » liant les différentes séquences. Pour être clair, quitte à rebuter une grande frange du lectorat, jamais David Gilmour (Pink Floyd) ou Steve Hackett (Genesis) ne sont parvenus à ce point de sensibilité, tout en élégance et en mélodie accessible. Écouter, pour s’en convaincre, le passage instrumental démarrant aux alentours des onze minutes. Au casque, les yeux fermés, on quitte le monde. Pour n’y revenir qu’en toute fin de voyage, au moment où le vocaliste se risque à pousser un cri primal du plus étonnant effet.

This Strange Engine, cette étrange machine qu’est le cœur de nos émotions, le centre de réception de tous les sensibles. La messe est dite. D’ailleurs, depuis la parution de ce magnum opus, en 1997, la périphrase utilisée par les mélomanes pour parler du groupe reste « La machine à rêver ». Jetez-y quelques pièces et décollez.

Christophe Gigon

Comme elle vient – Noir Désir

Et voilà du rock, du lourd, du qui tache et qui fait mal aux doigts à jouer à la guitare.
Une chanson faite pour être braillée en chœur, la voix cassée d’avoir fumé trop de cigarettes et bu du mauvais rhum. Un truc d’étudiants, en somme. Un poncif, mais qui a la vie dure, et tant mieux.

Sans cette chanson, il y a fort à parier que je serais aujourd’hui mariée à un ingénieur et mère de 1.99 enfant, avec la maison, le chien, la totale.

C’était sans compter que mon chemin tranquille d’étudiante studieuse croiserait celui d’une bande d’allumés. Avec en son centre, Olivier, toujours prêt à dégainer sa gratte en fin de soirée. Et moi, arrivée par hasard dans ce microcosme et qui ne jurais auparavant que par la musique anglophone, j’ai littéralement senti un monde s’ouvrir.

Un monde schizophrène, où le cynisme le plus dur se mariait sans fausse note avec des vies qu’on osait tout à coup rêver tout haut. Et sur les accords de Noir Désir, on arrivait à croire que l’on serait différents, qu’on échapperait à tout ça, le formatage, la moyenne, les normes.

Alors parce qu’en l’espace de ces quelques strophes, on se voyait vraiment changés en rois, qu’on a hurlé ensemble à la lune, et même si aujourd’hui les jeux sont faits, je ne laisserai personne dire que ce n’est pas une des plus belles chansons du monde.

Aude Nessi

Look What Love Has Done – Chris Whitley

Il y a des chansons qui, même si on ne les écoute plus, flottent encore dans un coin reculé de la mémoire, chantent doucement l’air précieux d’antan. Lueur infime dans la nuit des songes, trace subtile dans le timbre d’une oreille, courbe sinueuse marquée sur les mélodies qui viennent en gorge. À moins que ce ne soit là qu’images romantiques pour faire l’histoire belle, remplir de fantasmes le vide incertain laissé derrière soi: de ces contes qui servent à tenir debout au présent, et qui peuplent demain de repères. Peut-être la chanson n’est-elle pas plus importante que son auteur et toute l’affection qui lui fut portée. Quinze ans pour remonter à la source. Je me souviens, les casques sur les oreilles, un grand magasin de la ville, la stupeur – le monde condensé tout entier au milieu du crâne, dans cette expérience d’écoute, d’immersion, d’invasion. Les hameçons se fichaient un à un sur ma peau: les diaprures de blues posées sur chaque note de guitare, la tristesse délicate dans les yeux de ces fêlures vocales, la rage désespérée venue du fond d’un autre ventre. L’étrangeté organique de ces arrangements, et quelque chose d’une détermination radicale, d’une fougue adolescente mûrie au feu de l’expérience. Mais j’ai dû penser ça autrement, alors: « Aouch, ‘tain c’est beau… » Ou plutôt rien pensé du tout: regard dans le vide, silence réflexif, sidération. Regarde ce que l’amour fait.

Ces chansons rangées sur le rayon, inscrites quelque part dans le sillon d’une platine, qui ont creusé de profondes saillies dans les veines du vivant, elles emplissaient des journées entières. Elles sont encore là sans y être. Qu’en reste-t-il? Fred était sans doute avec moi au magasin. Je tenais un joyau. Il y avait toujours cette petite atmosphère de compétition. Chris Whitley, ce serait ma pépite. Fier: moi qui ai découvert, regarde, écoute. Nathalie, elle s’appelait, c’est sur elle – si j’ose dire – que notre amitié a posé sa première connivence. Collège, semaine une, il était assis à côté de moi dans le couloir, on se connaissait de vue mais on n’avait encore jamais discuté. Nathalie est passée… Silence (l’amitié et les silences). On se regarde (l’amitié et les regards). Mines déconfites, paupières désolées, mâchoires perplexes, premiers mots: on était d’accord (l’amitié et les filles). Mais j’étais quand même plus croché que lui. Grave. Trois ans sans oser un mot. Même pas durant les dix minutes du remonte-pentes 4 places où nous n’étions que les deux. Rien qui sort. Sidération. J’aurais aimé lui chanter: « Look what love has done »

Oui, j’étais plus amoureux de Nathalie que lui. Disons que moi je l’étais vraiment, lui se rinçait les yeux: elle faisait pleurer. Elle avait la grâce délicate, angélique. Et j’étais plus dingue de Chris Whitley aussi. Fred jouait de la batterie, écoutait du jazz, délirait sur Elvin Jones. Moi je me glissais dans la peau du guitariste-chanteur, l’identité confusionnait. C’est de tous les disques, Living with the law, celui sur lequel j’ai le plus chanté – à des hectares de circonférence. Pourtant la guitare en open tuning, l’expertise de la main droite, le slide, tout ça me laissait sans repères, incapable d’apprendre les morceaux, à jamais tenu dans les zones d’un désir parfait: inassouvi et fleurissant. Le dobro aux crasseuses métalliques, les accords, ça ne ressemblaient à rien de ce que je connaissais, sinon quelques évocations des disques de mon père. (Je vois la fourre jaune d’un Big Billy Bronzy terreux et magnifique). Fred, c’est le meilleur ami qui m’a permis de franchir les années crasses, métalliques, désaccordées de l’intérieur, avec qui je pouvais parler de l’expertise de la main droite, de nos désirs inassouvis et fleurissants, des chansons qui nous restaient coincées dans la gorge devant ces filles trop belles. Nos regards leur glissaient dessus comme un slide sur des cordes, sauf qu’elles ne semblaient jamais entendre la belle musique de nos émois. Ça nous rendait tristes, quand même. Regarde ce que l’amour fait.

On avait eu droit à un traitement de faveur du prof de latin: un cours en privé, lui et nous – et c’est pas parce qu’on était particulièrement brillants, le traitement de faveur. On n’en menait pas large. On aurait dit César, vraiment. Un grand brun royal, une gueule imposante, la voix sévère, tenue altière, immense. César en personne nous enseignait le latin. C’était des séances de frayeur, chacun comptant sur l’autre pour se tirer de la panade, plongeant le nez sur le bureau, devinant les pieds de l’empereur juste là, à un mètre de nous, terrifiant. Son empire n’a rien pu pour sauver nos frégates en perdition: les déclinaisons déclinaient, on n’avait pas l’amour de la rosam… La scansion et nous, c’était comme essayer de joindre les beats d’Elvin à la diction de Chris: hors de portée. On avait des sanglots de rire en sortant de là, les paumes moites et les fesses fébriles. Parfois j’imagine cette période sans ce lien de confiance, sans le privilège de notre amitié, et je frissonne à la solitude écrasante qui se dessine. Sidération. Regarde ce que l’amour fait.

J’aimais les lancées aiguës proches du cri, les décrochages du larynx, le mélange de rugosité et de douceur. Il y avait une jouissance à l’écouter, Chris, et à chanter avec lui. Ça exultait quelque chose, c’était poétique et brutal, ça sentait la sueur, l’intimité, la tendresse, c’était à la fois complexe et direct, palpitant. It’s hard living with the law. C’est dur de vivre avec la loi. Mais c’est sans doute bien pire de vivre sans elle. Les lois de la camaraderie faisaient un pendant aux lois parentales, les lois scolaires donnaient l’occasion de rencontrer les lois des filles, et les lois de César resserraient celles de l’amitié! C’était une période de commerce intensif, légalement parlant. J’avais le respect de l’ordre bien imprimé dans les gestes. Les évasions musicales faisaient des respirations existentielles salvatrices. Pendant les cours, je jouais des solos dans ma tête: je voyais les doigts. Ivre dans le train vers Prague, Nathalie ayant quitté le collège et mon cœur depuis un moment, je chantais Chris Whitley pour les non initiés du couloir, Fred se marrait copieusement, et je ne sais pas trop a fortiori si mon généreux hommage au musicien lui fit vraiment honneur… C’était la fameuse semaine du voyage de maturité. Celle où j’ai vu mes premières étoiles contre les lèvres de Tizi: mon initiation à la vraie langueur d’un baiser, je l’avoue – « no one can disguise » – et à la vraie douleur d’en être aussitôt privé – « somebody always crying somewhere ». Regarde ce que l’amour fait.

On ne se rend pas toujours compte de l’importance vitale d’une présence. Un ami. Une chanson. Chris Whitley, peu le connaissaient, et je l’avais en source d’étonnement pour autrui, comme une étoffe à présenter. Je connaissais toutes les paroles par cœur, il y avait, dans l’estime que je tentais de me porter, ce faire-valoir, et l’aspiration à chanter un jour comme lui. C’est pas rien, comme forme donnée, structure d’intimité, fantasme identitaire. Chris est resté dans ma discothèque, le lien a changé, mais la passion renaît parfois de ses cendres quand j’écoute l’invraisemblable talent du songwriter décédé trop tôt, sans même que je ne le sache, 45 ans, cancer. Je me suis souvenu du tout premier interview que j’avais lu dans un Rock&Folk: il buvait des Coronas comme d’autres allument le prochain clope avec le précédent. J’ai ressenti comme un abandon de ma part: je ne l’avais pas suivi jusqu’au bout, et il était parti sans que je le voie venir – pour ainsi dire… Avec Fred aussi, le lien a changé. J’aurais aimé pouvoir user de ces registres vocaux où la parole échappe au contrôle, décrocher la colère rentrée, oser donner à la tendresse la vie de sa complexité, la rugosité de son vivant, évaser la panoplie de nos humeurs. Je ne pouvais pas. La proximité s’est trouvée parasitée de chants retenus, gangrénée de tumeurs symboliques au moment où nos vies prenaient la tangente. Elvin Jones, Chris Whitley, bifurcations. Désormais, il reste un profond respect, les allusions aux vieilles complicités, et tous les secrets échangés, le trésor des générosités reçues. Je me souviens d’une bouteille de champagne, vidée en douce derrière le collège pour fêter l’un de nos anniversaires: on savait se traiter. Ce jour-là, j’ai éprouvé toute la conscience du cadeau que constitue une amitié dans une vie. Je me demande si une chanson pourra jamais rivaliser – même la plus belle. Regarde ce que l’amour n’a pas su faire.

Love Me Tender – Elvis Presley

Je n’avais jamais remarqué qu’Elvis avait une si jolie voix. Ça m’a frappé pas plus tard que l’autre jour, alors que je cherchais un bon pinard pas trop cher à Denner. Love Me Tender se faufilait entre les allées pour me caresser une oreille. Je me suis trouvé comme un con, ému, à me laisser porter par cette guitare toute simple et cette voix tendre pendant que ma fille me tirait sur la manche devant les pots de Nutella.

Et c’est de la vraie chanson d’amour ; la plus belle, sans aucun doute. Le gars Elvis n’est pas en train de draguer la minette en lui promettant l’éternité, et que je vais t’aimer comme on ne t’a jamais aimée. Ils sont déjà dans les bras l’un de l’autre, dans leur cocon, et il lui dit juste à quel point leur amour est beau et lui fait du bien, et qu’il va l’aimer toujours.

Même quand il sera devenu vieux, obèse, drogué, cette chanson lui accordera l’amour éternel.

Sébastien G. Couture

Suzanne – Leonard Cohen

C’est lui qui m’a fait découvrir cette chanson. Il en apprenait petit à petit des passages sur sa guitare douze cordes. Chaque jour, j’entendais quelques arpèges de plus. Je croyais qu’il les composait. Nous passions nos journées à encadrer les jeunes, et le soir venu, quand tous dormaient, il allait un moment dans sa chambre et j’entendais le scintillement, les perles mélancoliques, les roulis fluides. Un murmure aussi, le début d’une mélodie. Quand il revenait dans la salle de séjour où les moniteurs du camp étaient réunis, je n’osais pas lui demander. J’étais amoureuse déjà, je crois. Il me lançait des regards où se mélangeaient assurance et timidité. Nous nous entendions bien et faisions en sorte de nous occuper du même groupe pour les sorties. Les journées étaient merveilleuses, nous riions beaucoup.

Un soir, sa voix a doucement traversé la porte. Les mots en anglais étaient mystérieux pour celle qui ne les comprenait pas. La mélodie était triste, mais c’était une tristesse qui, alors, creusait un océan de profondeur dans mon bonheur naissant – dont un jour il ne resterait rien, qu’une brûlure. « Affreusement belle », ai-je d’ailleurs pensé. Une déchirure claire, une lente caresse de souffrance: déjà, cette ode me parlait de perte irrémédiable, de ciel brisé, d’une distance que rien ne réparera jamais.

J’ai osé: « Je t’ai entendu chanter, c’est toi qui l’as écrite? » Il m’a regardé avec de grands yeux affolés, surpris, pudiques: « Non ! Non! Si seulement… Tu connais Léonard Cohen? » – « Non. » – « C’est de lui… je te ferai écouter. Habituellement, je préfère jouer des trucs de blues, mais je suis tombé sur son disque récemment et j’avais envie d’apprendre ce morceau… On dirait une prière, un champ adressé à l’immensité, tu ne trouves pas? » – « Si, si, j’aime beaucoup. Je ne comprends pas les paroles, mais tu la chantes joliment… » Il a rougi, s’est perdu dans un silence confus. C’était la première fois qu’au lieu de courir à travers champs, l’attention tournée vers les superbes paysages, nous nous retrouvions juste les deux, au calme, échangeant ces impressions secrètes, intimes. J’avais deviné au premier regard que je lui plaisais, mais je commençais seulement à m’imaginer qu’il pouvait apprécier ma compagnie. Il ne parlait guère de lui. « C’est la chanson la plus tendre que je connaisse. On dirait la face cachée du blues, celle où les accords ne griffent pas, où les larmes, au lieu de rouler dans la poussière des visages, restent crochées aux cils, vacillantes, une croisée des routes où personne n’a vendu son âme au diable. C’est un blues sans violence, sans rudesse, un blues sans ces angles harmoniques aigus, ces solos qui te cassent les dents… Oui, un blues aux angles doux, aux voix de velours, aux guitares paisibles comme des chats qui ronronnent, un blues dont les mains ne savent que faire, et qui reste suspendu au milieu de la pensée… Je ne peux pas me l’expliquer, c’est comme une tristesse qui refuse le cri et te rentre dedans, reste coincée entre les murs de peau et te voyage dans le ventre, infiniment. J’ai la solitude qui s’engouffre par toutes les crevasses de l’âme quand je l’écoute. C’est bizarre, je ne devrais pas l’écouter alors, mais j’aime ça. J’aime l’opacité claire, la pénombre lumineuse où elle m’emporte, je me souviens de toutes les choses qui ont compté. Et parfois, elle m’aide à reconnaître celles qui comptent aujourd’hui. Tu vois? » – « Mh » – « Elle parle aussi de confiance, d’abandon. De pouvoir donner son cœur à quelqu’un sur une évidence… » Il me dira quelques semaines plus tard que c’était sa façon de m’avouer qu’il m’aimait, qu’il était tombé amoureux très vite et très fort, et que chacun de nos rires sous le grand ciel du jour ne faisait qu’aggraver son état, qu’il avait peur même s’il le cachait bien, et qu’il n’avait pas trouvé d’autre moyen d’épancher un peu ses sentiments.

Je n’ai jamais pu écouter Suzanne sans pleurer. Les images qui apparaissent, les souvenirs, l’humeur qui grandit d’un seul coup, comme une fleur émergeant du sol aux premières notes et s’épanouissant au bout de la dixième, tout me bouleverse. Quand je me suis retrouvée seule, abandonnée, toute confiance anéantie, j’ai eu besoin de comprendre les paroles. Ça ne m’a pas beaucoup avancée à vrai dire. Mais cette phrase me laisse dans un trouble qui ouvre à toutes les interrogations: « il a touché ton corps parfait de son esprit ». L’éther d’un corps et la carnation d’un esprit. Ce que, d’une façon, je suis devenue. Pourtant j’ai respiré, longtemps, assez longtemps pour aimer. Je n’ai de ma vie aimé qu’un seul homme, lui, et cette chanson est restée l’hymne d’une romance devenue vie de famille, tendre bonheur de vingt ans. Puis hymne d’une déchirure rassemblant toutes les déchirures, chant d’une tristesse qui n’a pas eu le temps de finir, de se résorber, d’éclore entourée de nouvelles confiances, de possibles abandons. Mon corps d’esprit a emporté ma pensée de chair, et je vibre désormais dans les ondes éternelles d’une chanson qui résonne aux quatre coins de la planète, au cœur des vivants.

J’aurais aimé écrire ce texte. Mais mon fils l’aura fait à ma place, et c’est peut-être ainsi que nous ne disparaissons pas totalement. Je me souviens de toutes les choses qui ont compté. Je ne crois pas qu’une chanson soit meilleure qu’une autre. Mais celle-ci, de toutes les fabrications musicales humaines, est souvent ma préférée, celle qui me fait vivre les émois les plus subtils et les plus violents; celle qui me rend le plus douloureusement heureuse, le plus délicatement triste; celle qui peut m’anéantir et me recomposer. Je ne sais plus ce que c’est que d’être vivante, mais j’ai rarement eu le sentiment de l’être autant qu’à ces quelques occasions: aimant mon homme, aimant mes enfants, et aimant cette chanson.

Boris Dunand

One – Harry Nilsson

À la base, j’ai toujours détesté la pop. J’entends par pop, le côté couplet-refrain, avec une guitare rythmique un peu fadasse, une ligne de basse qui s’endort sur le début de la mesure, une batterie qui ne change jamais sauf pour un faire un break « onnepeutplustéléphoné »…

Et pourtant, le morceau, qui pour moi est « la plus belle chanson du monde », est un exemple même de simplicité ! Oui, j’aurais pu parler d’un titre de Nine Inch Nails et de ses cinquante-neuf pistes enregistrées pendant quatre ans pour que le son soit parfait… mais je préfère partager cette mélodie tellement parfaite qui m’accompagne depuis tant d’années ! Après quoi : 200, 300, 400 écoutes ? … je n’arrive toujours pas comprendre comment une chanson pareille n’a pas eu un succès mondial ou n’est pas devenue l’hymne américain !

Alors oui, grâce à un petit coup de pouce de Lennon et McCartney, on en cause, on écoute… mais pourtant à part deux ou trois morceaux (Coconut, Everybody’s Talkin’) ce compositeur ne sera jamais « culte » ! Aimee Mann l’aura repris à a sauce (pas si mal d’ailleurs) dans le très beau film « Magnolia », de Paul Thomas Andersson.

Parlons de cette fameuse chanson maintenant :

D’abord il y a l’aînée… euh non désolé je m’égare car j’ai hésité à parler de Ces gens-là… bref, d’abord il y a ce clavier répétitif qui va rester en continu pendant les trois minutes, puis cette basse qui groove avec ce son si chaleureux, la douce voix arrive, les violons se baladent à la manière d’un Eleanor Rigby, puis le refrain accompagné par cette flûte (et c’est là peut être le seul indice qui peut nous faire dire la période de cette chanson doit plutôt se située dans les sixties… hormis cela, ce morceau est complètement intemporel… il pourrait être sorti l’année dernière, non ?).

Et pour terminer ces deux minutes cinquante en beauté, cette monstrueuse montée de voix, limite a capela (ah non j’oubliais, ce fameux clavier et ses six accords qui restera jusqu’au bout et qui restera dans nos têtes).

Vous avez envie de la réécouter directement ? Oui c’est normal c’est la plus belle chanson du monde !

Sylvain Maradan

Heart of Gold – Neil Young

Je ne sais pas si ce sera le piano ou la guitare. Mais, un jour, j’apprendrai à jouer d’un instrument. Et, dès que je saurai aligner trois accords, et bien tant pis, je massacrerai maladroitement Heart of Gold, la chanson la plus connue de Neil Young. De toute manière, comme il s’agit de la plus belle du monde, je ne pourrai pas lui faire grand mal.

Avant même que je sache qui chantait cette rengaine, je frissonnais à chaque fois que j’entendais Heart of Gold sur le ReVox de mon papa. Car, à cette époque, le futé ne dépensait pas beaucoup d’argent pour acheter des disques. Il avait préféré investir dans un impressionnant magnétophone, du matériel de professionnel, d’une qualité sans concurrence. Fier comme un paon avec son A77, il enregistrait sur ses bandes magnétiques les tubes du moment : Butterfly de Danyel Gérard, Aline de Christophe, l’intégralité d’Abbey Road (personne dans la famille ne savait que c’était les Beatles et tout le monde adorait Something). Comme la bande durait des plombes, on attendait religieusement la fin et on rembobinait. Il devait même y avoir Capri, c’est fini. Mais là, je ne mettrais pas ma main au feu.

Je ne sais pas comment mon papa est tombé sur Heart of Gold. Il a sans doute dû trouver le 45 tours paru en 1971, juste avant ou juste après ma naissance. Car, s’il avait eu entre les mains l’album Harvest, publié quelques mois plus tard, il l’aurait certainement copié en entier. Or je ne me rappelle pas avoir été un jour bercé par Old Man, Alabama ou The Needle and the Damage Done. Je m’en souviendrais.

Depuis toujours, je défaille donc à chaque fois que j’entends cette version un peu kitsch, avec cette basse au premier-plan et la guitare pedal steel très country de Ben Keith. À chaque écoute, je respire à nouveau l’odeur caractéristique de notre ReVox bichonné à l’alcool médical par mon paternel.

Mais, durant une éternité, je ne savais pas qui était Neil Young. J’ai dû attendre Nirvana, Screaming Trees et Pearl Jam au début des années 90 pour découvrir de mon propre chef ce « parrain du grunge », accompagné de son vieux groupe, Crazy Horse. Et encore, il a fallu que Kurt Cobain cite cette trop fameuse phrase d’Hey Hey, My My dans sa lettre d’adieu: « It’s better to burn out than to fade away » (Mieux vaut partir en flammes que s’éteindre à petit feu).

Comme beaucoup, je suis remonté à la source du son de Seattle. J’ai découvert tour à tour la rage de Rust Never Sleeps (1979), le son agressif de Live Rust (1979), la fièvre de Ragged Glory (1990), la brutalité de Mirror Ball (1995). Dans le même élan, j’écoutais aussi bien Smell Like Teen Spirit que Cinnamon Girl, j’appréciais avec la même ferveur les albums « commerciaux » de Sonic Youth que les expérimentations bruitistes d’Arc-Weld. Avec sa dégaine de bûcheron canadien mal fagoté dans ses chemises à carreaux, Neil Young était devenu un grand frère.

Et comme tout grand frère, il m’a introduit à d’autres musiques. Par son biais, j’ai enfin écouté pêle-mêle Bob Dylan, Palace Brothers ou Vic Chesnutt. Et j’ai redécouvert Heart of Gold en 2007, lors de la sortie du Live at Massey Hall, daté de janvier 1971. Contraint de jouer assis à cause d’un violent mal de dos, Neil Young y teste des compositions inédites. Seul sur scène et guilleret avec le public, le Loner entonne au piano A Man Needs a Maid dans une version follement dépouillée. Sa voix de velours caresse chaque couplet. « My life is changing in so many ways / I don’t know who to trust anymore » (Ma vie change dans tant de direction / Que je ne sais plus en qui avoir encore confiance). Puis, surprise, il enchaîne sans transition avec Heart of Gold, toujours seul au piano, pour ce qui demeure sans doute sa plus belle interprétation.

Plus de quarante ans après la sortie d’Harvest, Neil Young est entré dans la légende du Paléo Festival en juillet 2013. Avec Crazy Horse, il prit un malin plaisir à défier les éléments tout au long de la soirée inaugurale. Il multiplia à tel point les références à Woodstock (et son célèbre « no rain, no rain ») qu’il provoqua le plus violent orage que connut la plaine de l’Asse. Quelques minutes avant la tempête, il joua une incroyable version d’Heart of Gold, debout, seul devant le public, comme aux plus belles heures de CSN & Y. Puis, il reprit Blowin’ in the Wind telle que Dylan la laissa en 1962. Comment un type si exalté et impétueux avec sa Les Paul noire peut-il être aussi tendre avec sa Martin-D45 acoustique? L’histoire gardera que, dès qu’il attaqua les premières notes de Like a Hurricane, des trombes d’eau s’abattirent sur la Côte.

Depuis 1971, Neil Young a pris de l’âge – « And I’m getting old », prédisait-il – mais il a toujours érigé les paroles de cette chanson en art de vivre. « I want to live, I want to give / I’ve been a miner for a heart of gold » (Je veux vivre, je veux donner / J’ai été un mineur à la recherche d’un cœur d’or).

Tout compte fait, je ne vais sans doute jamais apprendre à jouer du piano ni de la guitare. Ça m’évitera de massacrer Heart of Gold. Ce serait quand même dommage de lui causer pareil affront.

Christophe Dutoit

É doce morrer no mar – Paulo Flores

C’est une chanson qui a été écrite par le Brésilien Dorival Caymmi. C’est une chanson qui me bouleverse, et c’est en écoutant la version de l’Angolais Paulo Flores que je chavire totalement.

Il est doux de mourir en mer, dans les vagues vertes de la mer.

C’était une nuit de tristesse, cette nuit où il n’est pas revenu. Saveiro est rentré seul… Il est parti de nuit, à l’aube il n’est pas revenu… Saveiro est rentré seul. Le beau marin a été emporté par la sirène… Mon amour s’est noyé, il a fait son lit de fiancé au col de Iemanjà…

Il est doux de mourir en mer…

Iemanjà, cette déesse de la mer et des océans, mère créatrice, issue du mariage brésilien de religions africaines des anciens esclaves et du christianisme. C’est une façon d’atténuer la peine : il est parti, il ne reviendra plus, mais au moins il est avec la déesse et avec cette foutue sirène qui chante sûrement comme une casserole mal nettoyée. Dieu que c’est bon de se raconter des histoires! On en crèverait de tristesse si les déesses et les femmes-poisson n’étaient pas là pour nous bercer un peu.

Alors non, le sujet ce n’est pas l’amour. Le sujet c’est le peuple, le marin qui part pêcher pour vivre, pour survivre et qui y perd la vie. C’est celui qui a été emporté par les bateaux de la traite des esclaves, mais aussi ce pauvre marin issu du peuple qui s’est embarqué dans des expéditions maritimes avec la peur au ventre et qui, pour sa part, n’aura rien découvert d’autre que la souffrance et la mort. N’en déplaise aux empires de l’époque. Et c’est aujourd’hui la même histoire qui continue : des bateaux à la dérive, qui chavirent et tuent. Des bateaux qui portent l’espoir de la survie, ailleurs peut-être, et qui ne mènent qu’à l’horreur. Nous en sommes au même point. Il y a toujours quelqu’un sur une rive qui attend qu’un proche revienne.

Alors oui, cette chanson me prend aux tripes et je le dis bien haut bien fort : c’est LA plus belle chanson du MONDE!!! Mais ce qui fait le plus vibrer dans cette chanson, c’est le refrain qui surgit comme pour calmer la rage et la tristesse : il est doux de mourir en mer, dans les vagues vertes de la mer, il est doux de mourir en mer… et la mélodie s’attarde bien sur le mot « doux ».

C’est parce qu’elle est simple, intime, qu’elle raconte une histoire singulière que je la trouve universellement renversante. Elle me ramène à un sentiment essentiel d’humanité et c’est tout ce que je demande à une chanson, pas plus et pas moins.

Et la voix de Paulo Flores, son instrumentation qui laisse place à des cordes à la fois envoûtantes et dérangeantes. C’est le Brésil et l’Angola, si intimement liés, qui se répondent. C’est l’histoire qui dialogue avec elle-même. J’en fais trop? J’exagère? J’ai beau être presque marseillaise, je jure que dans le cas présent j’use de beaucoup de retenue.

Écoutez sans modération cette chanson, plongez dans l’univers de Paulo Flores, pensez aux paroles du refrain quand vous l’entendrez. Et vous tanguerez tout comme moi. Il apporte sa sensibilité de sa rive atlantique, avec sa guitare et une langue bantou au beau milieu qui vient enraciner un peu plus cette chanson (peut-être du kimbundu mais il y a beaucoup de langues en Angola).

J’aurais tellement voulu écrire cette chanson. Tellement.

Si vous ne connaissez pas Paulo Flores, sachez qu’il est doux de se noyer dans sa voix, dans sa guitare aussi.

Lizzie Levee