Archives de catégorie : Chansons

La Fée – Nicolas Fraissinet

Deux ingrédients : un piano, un Nicolas. Et un texte qui retourne les tripes tant il sent le vécu, des mots qui m’ôtent les miens, peut-être parce que pour la première fois j’ai l’impression que tout est dit sans avoir à parler. Plus qu’une chanson, le sentiment d’être comprise lorsque je ne me comprends plus moi-même.

Moi aussi j’étais une fée… Je connais ces périodes de jeûne, puis les missions commando dans le frigo jusqu’à ce qu’il n’y reste rien. Le passage aux toilettes, pour tenter de rendre ce goût d’amertume qui colle désespérément aux dents et reste dans la bouche; l’envie d’être vue, puis l’envie d’être rangée dans un petit coin tranquille, s’allonger et prendre la poussière, l’envie d’être oubliée.

Ravaler ses larmes, sourire pour bétonner le tout et se construire une muraille. Pardon, c’est tout ce que j’ai trouvé. Je ne suis pas belle, je suis grosse. Ce n’est pas moi qui le dis mais le miroir, et il ne ment jamais; il ne me reste que lui. Parce qu’à trop baisser les yeux, j’ai loupé mon reflet dans ceux des gens qui m’aimaient.

Puis un soir une chanson. Une chanson qui éclaire et qui t’envoie la vérité en pleine face, pour finalement te faire bouffer ta propre stupidité. Une chanson qui guérit et qui, quelques années plus tard, permet d’en sourire, et même d’en écrire.

Lilou Rogès

Le Coup de soleil – Richard Cocciante

Bien sûr il y a les guerres d’Irlande,

Il y a ces amis, Joe, Jeff, et Gaston qui répond jamais quand je l’appelle, les copains d’abord mais aussi mon vieux, des inconnus parfois, le poinçonneur qui fait des trous et un burn-out, cet Italien qui cherchait des allumettes, l’arabe qui m’a porté sur son dos et l’Auvergnat qui m’a donné du pain; quelques filles également, Paulette et ses mollets d’acier, Roxane qu’éteint jamais la lumière, Mathilde, Madeleine et la Fanette, trois belles salopes, la p’tite mendigote qui fait fuir la peine, la femme qui est dans mon lit enfin pas dans le mien; quelques bestioles encore, le gorille évadé et la Mirza itou, le singe à qui on n’apprend pas à faire la grimace, et ce petit âne gris qui n’en finit pas de mourir au fond d’une étable, j’en pleurerais, d’ailleurs j’en ai pleuré,

Il y a des saisons, parfois il neige en avril et ça me pointille l’âme, un jour en juin et en anglais, l’automne qu’on ramasse à la pelle, et quand tout est ramassé maintenant que vais-je faire?

Il y a des endroits si ancrés en moi, le port d’Amsterdam qui sent la moule et la pisse, la mer du Nord qu’on a pas trop envie d’y aller mais quand même, Vierzon ça fait rêver alors que c’était pas gagné, des pays inconnus au bout de la terre avec des gonzesses à poil qui fleurent la vanille, New York où j’irai un jour, avec toi bien sûr, le p’tit village et son vieux clocher, et le banc où on pourra s’asseoir cinq minutes pour regarder la vie ou la plaine, oh ma plaine, la colline où elle m’a dit d’aller siffler, et nom de bleu la rue d’Carouge, qu’est-ce que c’est beau, et puis Montmartre et ses lilas, et Nantes où il pleut, j’en suis malade, Brest où il pleut aussi décidément alors que moi j’veux du soleil…

Eh bien, ça y est. Je l’ai attrapée, ma plus belle chanson du monde. Mon coup d’soleil. Que tu me joues au piano, chantant de ta douce petite voix toute juste et qui m’étreint le cœur alors je brame faux, par intermittences parce que je me rappelle jamais les paroles. Qu’on entonne en chœur et à tue-tête, ravies comme des midinettes quand elle passe à la radio, en se regardant (au feu rouge) avec plein de choses qu’on se dit avec des yeux brillants comme un ciel d’été.

Alors bien sûr, il y a un fameux trois mâts et un bateau craquant de la coque au pont, mais je préfère encore ce voilier, alors viens ma belle, la mer est calme on peut s’tirer.

Fred Bocquet